le Cameroun enregistre 115 millions $ de pertes à la suite des exportations frauduleuses vers le Nigeria

Au titre de la campagne cacaoyère 2022-2023, le volume des exportations frauduleuses, principalement à destination du Nigeria, a atteint des niveaux inédits, entre 10 et 20% de la production nationale de cacao.

Alors qu’on s’achemine vers la fin de la campagne cacaoyère 2022-2023, qui s’étend théoriquement du 1er août 2022 au 15 juillet 2023, le Cameroun estime à environ 70 milliards FCFA (116,7 millions $) les pertes enregistrées du fait des exportations frauduleuses de sa production vers le Nigeria, à partir de la région du Sud-Ouest, important bassin de production du pays. Le chiffre est révélé dans une lettre circulaire du ministre du Commerce sur « les mesures urgentes de sauvegarde à mettre en œuvre, en vue de l’éradication du phénomène préjudiciable des exportations massives et frauduleuses » du cacao camerounais vers le Nigeria. Le document a été élaboré au sortir d’une réunion de crise, organisée le 13 juin 2023 à Yaoundé, entre les opérateurs de la filière cacao, les forces de maintien de l’ordre et les responsables du ministre du Commerce et de la direction générale des douanes.  

« […] Constat a été fait qu’au titre de la campagne cacaoyère 2022-2023, le volume des exportations frauduleuses, principalement à destination du Nigeria, a atteint des niveaux inédits, compris entre 30 000 et 60 000 tonnes, soit 10 à 20% de la production nationale de cacao, représentant un manque à gagner pour le Trésor public de près de 10 milliards FCFA, en termes de droits de sortie et de redevance à l’exportation, et une perte sèche, au titre du rapatriement des devises, d’environ 60 milliards FCFA », énumère Luc Magloire Mbarga Atangana, dans la lettre circulaire adressée aux « autorités administratives des zones cacaoyères ».

Afin de pouvoir stopper cette saignée, à un mois de la fin de la campagne, le membre du gouvernement a pris trois principales mesures. Il s’agit d’abord de la suspension, à titre conservatoire et jusqu’à nouvel avis, des exportations du cacao camerounais vers le Nigeria. Cette décision, souligne le ministre, se fonde sur « l’article 10, alinéa 2 de la loi [] du 18 avril 2016 régissant le commerce extérieur au Cameroun, qui dispose que “l’autorité compétente peut limiter ou interdire l’exportation d’un produit lorsque les besoins d’approvisionnement national l’exigent”. C’est bien ce qui concerne le cacao, étant rappelé que les industries locales de transformation n’arrivent plus à s’approvisionner en fèves sur le marché national, du fait, en particulier, des sorties massives, frauduleuses et incontrôlées vers le Nigeria voisin ».

Crise anglophone

En plus de l’interdiction des exportations, Luc Magloire Mbarga Atangana prescrit aux autorités administratives des zones cacaoyères le recensement de tous les points de sortie du cacao, puis la mise en place de check-points, « sous la forme de task-forces regroupant l’ensemble des administrations et structures intervenant dans le processus de commercialisation du cacao », rapporte Investir au Cameroun.

Pour rappel, le siphonnage de la production cacaoyère du Cameroun par le Nigeria remonte à des décennies. « Depuis 30 ans, nous constatons une absence de la volonté du gouvernement à résoudre ce problème. Les Nigérians viennent jusqu’à Kumba, Mamfe. Ils utilisent des Camerounais. L’État ne peut pas nous dire qu’il n’a pas de moyens pour lutter contre ce phénomène », dénonçait déjà Kate Fotso en 2017. La DG de Telcar Cocoa, négociant local de l’Américain Cargill et première exportatrice de fèves au Cameroun, s’exprimait ainsi lors d’une réunion de crise relative au même sujet.

Mais, selon les opérateurs de la filière cacao, le phénomène s’est aggravé depuis le déclenchement des revendications séparatistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun (crise anglophone), fin 2016. De sources variées, la porosité des frontières entre le Cameroun et le Nigeria, puis les prix compétitifs pratiqués par les acheteurs nigérians contribuent également à entretenir le siphonnage de la production camerounaise.

Brice R. Mbodiam

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