Le Canada aurait-il dû soutenir le Mexique et d’autres pays en boycottant également le Sommet des Amériques? – News 24

La chose la plus remarquable que l’on puisse dire au sujet de la présence du premier ministre Justin Trudeau au Sommet des Amériques est qu’au moins il s’est présenté.

Tout le monde ne l’a pas fait. Le président mexicain Andrés Manuel López Obrador a boycotté la réunion d’une semaine, tout comme les dirigeants du Guatemala, du Honduras et du Salvador.

Les quatre dirigeants dissidents protestaient contre la décision de Washington d’exclure Cuba, le Nicaragua et le Venezuela du sommet au motif qu’ils ne sont pas assez démocrates.

Le président américain Joe Biden avait organisé le sommet sud-américain comme un contre-pouvoir idéologique à la Chine dans la région. Mais il a constaté que de nombreux pays se méfiaient davantage de l’Amérique que de la Chine.

Le président mexicain a accusé Biden de jouer « la politique d’autrefois, de l’interventionnisme, d’un manque de respect pour les nations et leurs peuples ». C’est pourquoi Trudeau a rendu service à Biden simplement en se présentant.

Le Canada n’avait pas à jouer de cette façon. Trudeau aurait pu soutenir le Mexique en boycottant également le sommet. En fait, une telle décision aurait peut-être mieux servi les intérêts canadiens. Cela aurait démontré que le Canada demeure un acteur indépendant dans la région, malgré ses liens étroits avec les États-Unis

Cette indépendance n’est pas toujours évidente. Le Canada n’a jamais adopté la ligne dure et anticommuniste des États-Unis à l’égard de Cuba. Mais il a été au premier rang de l’opposition à Nicolás Maduro, la bête noire de Washington au Venezuela. En effet, le Canada ne reconnaît même pas Maduro comme président légitime du Venezuela, une position qui le met en porte-à-faux avec d’importants pays d’Amérique latine, notamment le Mexique.

En fin de compte, le Canada sera toujours du côté des États-Unis. Tout le monde le comprend. Mais pour aller au bout, le Canada dispose d’une marge de manœuvre qu’il peut utiliser s’il le souhaite.

C’était donc cette semaine. Le Canada a eu l’occasion de prendre une pose indépendante, de démontrer qu’il n’est pas toujours un outil américain, d’être solidaire — même brièvement — avec les anti-impérialistes d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale.

Le Canada aurait pu s’opposer à l’exclusion de Cuba. Le gouvernement canadien aurait pu se rappeler que l’unanimité n’est pas toujours nécessaire pour faire quelque chose. L’ONU en est un exemple. Le Commonwealth en est un autre. Il en va de même pour le gouvernement minoritaire. Le Canada aurait même pu s’y opposer alors qu’il assistait encore au sommet.

Mais le Canada a refusé de profiter de cette occasion. Au lieu de cela, il a joué son rôle habituel. Il a soutenu les Américains. C’était poli. Il n’a même pas essayé de protester contre l’exclusion de Cuba, une nation avec laquelle le Canada entretient depuis longtemps des relations amicales.

Et pour cette loyauté, le Canada sera récompensé — un peu. On nous a accordé une rencontre avec Gavin Newsom, le gouverneur de Californie. On nous accordera une rencontre avec Biden.

Nous serons loués pour notre aide, même lors d’un sommet qui ne produira probablement pas grand-chose.

Et c’est très bien, tant que nous restons clairs sur ce que nous abandonnons pour gagner ces félicitations. Nous renonçons à notre capacité à forger toute sorte de politique étrangère sérieuse et indépendante, même lorsqu’une telle politique ne nous coûte pas cher.


Crédit: Lien source

Les commentaires sont fermés.