Finalement, ce n’était pas un cactus, mais une euphorbe. Celle-ci porte des épines au sommet de ses longues excroissances, ce qui est trompeur. Il eût suffi de regarder ce qui l’entoure, comme ces majestueux dragonniers qui s’élèvent en bouquets vers le ciel lavande pour avoir un indice. Serions-nous donc aux Canaries, dont cet arbre est un emblème, et non pas au milieu d’un désert mexicain ?
C’est qu’il n’y a nulle étiquette, ici, qui permette aux yeux non avertis d’identifier les espèces. Au jardin des Méditerranées, qui occupe 7 hectares du Domaine du Rayol (Rayol-Canadel-sur-Mer, Var), le visiteur doit abandonner toute velléité de taxonomie et se laisser embarquer. « C’est un jardin de paysages, inutile de s’y faire polluer par des étiquetages botaniques, il a été conçu pour se perdre, comme en pleine nature », s’amuse Tao Ramsa, chef jardinier du domaine. Ce n’est que le début. Dans quelques mètres, un immense arbousier, typique du maquis de cette corniche des Maures qui domine la mer, prodiguera son ombre bénéfique sur le sentier. Encore quelques pas et le regard embrassera un espace plus dégagé, ponctué de yuccas et de Romneya coulteri, ce pavot des arbres aux fleurs blanches : bienvenue en Californie !
Il n’a fallu que quelques minutes pour franchir les fuseaux horaires qui séparent naturellement ces végétaux si divers. Tous ces exotiques se sentent ici comme chez eux. C’est qu’ils poussent sous le même climat, marqué par des étés chauds, des hivers doux et de rares gelées. De telles conditions se retrouvent sur le pourtour méditerranéen, mais aussi en Australie du Sud, sur les côtes californiennes ou en Afrique du Sud. Voyager à travers cinq continents sous un même climat dans un seul jardin, en voilà une idée !
Il y a plus de trente ans, quand le Conservatoire du littoral a racheté ce domaine historique de la côte varoise de 20 hectares, promis à la bétonnisation par des promoteurs, ce fut l’intuition du paysagiste Gilles Clément. Il y a créé dix paysages de climat méditerranéen, du maquis provençal au fynbos d’Afrique australe, du matorral du Chili au chaparral de Californie, qui se succèdent en dévalant vers la Grande Bleue. Un « jardin planétaire », ainsi qu’il le nomme, à la biodiversité foisonnante.
En cette fin avril, les stars du moment viennent du Chili d’altitude et du bush sud-africain. Sur les hauteurs du jardin, comme sur les contreforts de la cordillère des Andes, les touffes en rosette de la lande à puyas, une espèce épineuse de la famille des ananas, sont garnies de leur spectaculaire hampe florale, piquée de clochettes bleu métallisé que butinent goulûment les abeilles de sortie. En franchissant le petit ruisseau qui traverse le domaine, on tombe nez à nez avec la flamboyance de l’arbre corail. Comme dans le Transvaal, dans le nord-est de l’Afrique du Sud, ses fleurs rouge orangé explosent en grappes sur les branches de bois sombre.
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