Le gouvernement revoit le projet du centre commercial à Fontvieille, les élus nationaux furieux à Monaco

Choquée », « perplexe », « stupéfaite », « abasourdi », « une injustice », « Une catastrophe »… Hier dans l’Hémicycle du Conseil national, lors de la deuxième séance publique dédiée au budget rectificatif 2023, les élus ont tour à tour livré leur ressenti après avoir appris que le dossier de démolition-reconstruction du centre commercial de Fontvieille ne serait pas identique à celui initialement présenté par la société Socri Reim.

À savoir, un projet à 300 millions d’euros destiné à remplacer un bâti vieillissant inauguré en 1992: création d’un parc de 2 hectares, de 30000m² de surface commerciale, d’un cinéma multiplex de 4 salles, d’un immeuble de 40 logements domaniaux et, enfin, une capacité de parking revue à la hausse.

« Optimisation, efficacité et prudence budgétaire »

Tout est parti d’une déclaration de Marco Piccinini, nouveau conseiller de gouvernement-ministre des Finances et de l’Économie, interrogé par les élus sur le calendrier d’un chantier qui s’annonce éminemment complexe. « La réflexion est en cours au plus haut niveau sur la mise en adéquation du projet par rapport aux possibilités de l’État qui ne sont pas infinies. Il y aura, certainement, un [remodelage] de ce projet, pas nécessairement pour le pire mais pour une formule plus adaptée à l’époque. Le monde commercial a changé, il me semble responsable d’en tirer quelques conséquences. » Et le membre du gouvernement princier de prôner un triptyque: « optimisation, efficacité et prudence budgétaire ».

« Vous nous parlez d’une rénovation. On va faire à l’économie? »

Une intervention vague qui a laissé libre cours à toutes les interprétations. « Apparemment, on va tout laisser tomber? », a lâché, très surprise, Brigitte Boccone-Pagès, la présidente du Conseil national. « Vous nous parlez d’une rénovation. On va faire à l’économie? Nous ne comprenons plus rien », a pesté Corinne Bertani, dont les interventions sur ce dossier en séance publique sont récurrentes.

Certains parlementaires ont laissé entendre que le cinéma multiplexe de dernière génération ne serait plus d’actualité. D’autres ont demandé des éclaircissements à l’exécutif princier, craignant qu’un projet revu à la baisse ne parvienne pas à rivaliser sérieusement avec les concurrents commerciaux des Alpes-Maritimes (Cap 3000, Polygone, Nice Lingostière, Auchan) et nuise, de fait, à l’attractivité de la Principauté. « Ce centre commercial est en retard sur l’évolution de la société, du commerce. Il n’est plus digne de l’image de Monaco », estime Nicolas Croesi. Franck Lobono embraye: « Est-ce que ce gouvernement est sérieux? On atteint les limites de l’acceptable. Si vous voulez que les Monégasques aillent acheter et faire les courses ailleurs, vous ne vous y prendriez pas autrement… »

« Il n’est pas question de ne plus être ambitieux »

Face à cette déferlante de récriminations, le ministre d’État a tenu à tempérer et apporter un début de clarification. « Il n’est pas question d’abandonner le projet, ni de ne plus être ambitieux, car celui-ci doit incontestablement contribuer à l’attractivité de la Principauté et répond d’ores et déjà à des besoins de la population monégasque. Ce projet a connu une évaluation budgétaire différente de ce qui était prévu (…) Il a pris du retard et, au regard d’études fournies par la société chargée de sa mise en place, nous sommes obligés d’évaluer un certain nombre de propositions. C’est pourquoi nous allons réviser le projet, le réévaluer. »

Le chef du gouvernement princier a proposé aux élus d’approfondir ce dossier, désormais brûlant, en amont du vote du budget primitif 2024, courant novembre, lors d’une commission plénière d’études dédiée aux grands travaux. « On vous présentera les difficultés auxquelles nous nous sommes heurtés et nous vous ferons part des choix possibles pour que ce projet puisse continuer avec une dimension, une nature différente ».

Début octobre, avant d’amorcer les débats budgétaires jeudi dernier, le gouvernement princier souhaitait évoquer les nouvelles orientations budgétaires de l’État et recueillir les suggestions du Conseil national lors d’une réunion, y compris sur le centre commercial de Fontvieille. « Je regrette que vous n’ayez pas donné suite à ma demande, Madame la Présidente », avait déclaré le ministre d’État, jeudi dernier lors de sa réponse au rapport.

« Des réponses qui paraissent inacceptables »

Pour symboliquement montrer leur mécontentement sur le sujet, les conseillers nationaux ont mis à exécution la menace brandie par certains durant leurs interventions: tous ont levé la main pour rejeter en bloc le chapitre I « Grands travaux » de la section VII « Équipements et investissements ». « C’est le message du Conseil national face aux réponses qui viennent d’être apportées et qui paraissent inacceptables, notamment sur le logement et le centre commercial de Fontvieille », a conclu Brigitte Boccone-Pagès. Ambiance.

La phrase

« Je suis stupéfaite par cette annonce. Quelle perte de temps! Je me souviens encore des heures perdues en CPE, en commission où l’on parlait même du coût du lavage des vitres du centre commercial. Je me mets à la place des commerçants. J’espère que vous avez communiqué sur cette situation en amont. Ils sont en train de l’apprendre. Je n’ose imaginer leur situation. », de l’élue Marine Grisoul.

Le chiffre

300

C’est le coût, en millions d’euros, du projet de démolition-reconstruction du centre commercial de Fontvieille tel qu’il avait été présenté à Monaco-Matin, fin 2019, par le groupe Socri Reim.

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