Elle devient de plus en plus performante et ne semble pas connaître de limites dans sa progression : l’Intelligence artificielle (IA) effraie autant qu’elle fascine. Le journaliste indépendant Gilles Courtinat s’est emparé de ce sujet. En Gironde, les organisateurs du Printemps photographique de Pomerol, qui a pour thème « Quand l’IA rencontre la photographie », l’ont invité à s’exprimer samedi 23 mars à 16 h 30 heures. Auparavant, il était ce jeudi 21 mars à 18 h 30 invité, par le Club de la presse au Centre départemental Joséphine-Baker de Périgueux. Il livre ici sa vision sur l’enjeu crucial des « fausses » images circulant sur Internet.
Elle devient de plus en plus performante et ne semble pas connaître de limites dans sa progression : l’Intelligence artificielle (IA) effraie autant qu’elle fascine. Le journaliste indépendant Gilles Courtinat s’est emparé de ce sujet. En Gironde, les organisateurs du Printemps photographique de Pomerol, qui a pour thème « Quand l’IA rencontre la photographie », l’ont invité à s’exprimer samedi 23 mars à 16 h 30 heures. Auparavant, il était ce jeudi 21 mars à 18 h 30 invité, par le Club de la presse au Centre départemental Joséphine-Baker de Périgueux. Il livre ici sa vision sur l’enjeu crucial des « fausses » images circulant sur Internet.

Gilles Courtinat, journaliste indépendant.
G. C.
En matière de photo et d’images, qu’est-il déjà possible de faire avec l’IA ?
L’IA génératrice d’image permet en quelques secondes, gratuitement ou pour un coût extrêmement réduit, via une interface informatique type ordinateur, smartphone ou tablette où l’on saisit une série de mots, de générer une image avec un rendu photoréaliste extrêmement pointu. Et qui le sera de plus en plus.
Depuis quand existe cette IA génératrice d’images ?
Grosso modo, les premiers essais datent de 2015 et sont la suite de précédents développements concernant la reconnaissance d’images pour la traduire en texte. Cela sert dans la cybersurveillance, pour le contrôle des chaînes de production, dans les transports, par exemple les voitures autonomes pour qu’elles puissent lire les panneaux routiers… Des systèmes entraînés sur des quantités phénoménales d’images pour pouvoir les reconnaître et les transformer en données, et donc potentiellement en texte. Dans le même temps, des scientifiques de l’université de Toronto se sont dit qu’à partir du moment où on peut générer des données à partir d’images, pourquoi ne pas renverser la proposition et générer des images à partir de données, c’est-à-dire de textes.
On a la sensation que tout cela est devenu accessible récemment…
Dès le premier trimestre 2022, plusieurs sociétés y ont contribué. MidJourney met à la disposition du grand public sa solution génératrice d’images et là. Le succès est fulgurant grâce à une simplicité d’usage. L’utilisateur rentre une suite de mots bien choisis pour obtenir très rapidement des résultats. Ce succès phénoménal a complètement boosté le marché de cette technologie.
Quels sont les usages que permet cette IA génératrice d’images ?
C’est simple, c’est utile dans tous secteurs où on a besoin d’images. C’est énorme. Cela concerne la publicité, le cinéma, les réseaux sociaux, l’immobilier, l’architecture, la presse, l’illustration… Tout secteur où vous avez besoin d’une image, vous pouvez la générer par une IA. C’est techniquement possible.
« Bientôt, il sera extrêmement difficile de faire la différence entre une image générée par une IA et une photo »
Dès lors, quels sont les principaux dangers que cela induit ?
Il y en a trois principalement : le premier, c’est que ces systèmes d’IA sont entraînés sur des bases de données, des corpus de centaines de millions d’images puisées principalement sur Internet. Des images à l’origine réalisées par des humains, ce qui pose la problématique du respect du droit d’auteur. Le second souci, c’est la génération de stéréotypes. Car avant de servir à l’entraînement de l’IA, les bases de données d’images doivent être indexées en texte, un travail lourd fait par des humains, image par image. Ce qui induit des biais qui vont dépendre de la personne, de son âge, de sa religion éventuellement, de sa culture aussi… Par exemple, si vous tapez nurse en anglais, vous aurez essentiellement des images de femmes, blondes, souriantes, dans des environnements propres… qui peuvent être éloignés de la réalité. À l’inverse, avec CEO, qui veut dire PDG en anglais, vous êtes sûr à 90 % de tomber sur des hommes, d’une soixantaine d’années en costume cravate, et qui sont blancs bien évidemment.
Et le troisième danger, quel est-il ?
Nous avons un outil formidable pour la désinformation, ce qui est déjà pratiqué de manière pas forcément énormément massive. Relativement récemment, je suis tombé sur un lièvre levé par la BBC : des images de Donald Trump entouré d’Afro-américains, entièrement faites par l’IA dans le but de séduire l’électorat afro-américain. Un exemple parmi d’autres.
Y a-t-il des moyens de distinguer une image générée par une IA d’une vraie photo ?
C’est le vrai débat. Il y a encore quelque temps, dans des versions précédentes de la technologie, il y avait des aberrations graphiques. Les systèmes avaient par exemple du mal à représenter les mains des individus ou encore les choses écrites. Des problèmes qui, sur les dernières versions sorties, sont quasiment résolus. Bientôt, il sera extrêmement difficile de faire la différence entre une image générée par une IA et une photo telle qu’on pouvait les connaître jusqu’à présent.
Ça veut dire que d’autres choses vont entrer en ligne de compte pour pouvoir faire la différence : la signalisation par les diffuseurs que telle ou telle image est réalisée par une IA ou éventuellement des solutions technologiques qui sont encryptés dans les fichiers. Mais tout ça pose des problèmes vis-à-vis du grand public qui n’est pas forcément familier du décryptage de ces métadonnées.
Le métier de photographe peut-il disparaître à cause de l’IA ?
Pour certains d’entre eux, très certainement. Il y a déjà eu des cas de production de publicité. Je pense à celle faite par l’Office de tourisme de Chamonix. Plutôt que de faire appel à un photographe qu’il aurait fallu payer, avec un ou deux assistants, aller dans la nature, engager des modèles, une styliste, prendre une assurance, tomber un jour où la météo est propice… il a préféré réaliser ça avec une IA et il a obtenu exactement ce qu’il voulait. Ceux qui ont un véritable univers créatif, une véritable signature s’en sortiront peut-être mieux, les autres risquent de se retrouver dans une situation où le client fera la balance entre une dépense à 60 dollars et une dépense à 6 000 euros. Le danger sera surtout sur ce qui a déjà été beaucoup imagé et photographié. Les photographes de mariage ont moins de soucis à se faire selon moi…
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