Contrairement à l’attente du gouvernement et de nombreux acteurs haïtiens, la force multinationale que souhaite diriger le Kenya en Haïti ne prévoirait pas d’affrontements directs avec les gangs, selon des sources bien placées.
Lors des rencontres avec les officiels et experts haïtiens en sécurité, la mission d’évaluation du Kenya en Haïti a présenté un document stratégique intitule « Force de protection statique ». Dans ce plan stratégique, la mission du pays africain propose au gouvernement de de protéger les infrastructures gouvernementales les plus importantes, comme l’aéroport, les ports maritimes et les routes principales. C’est ce qu’a rapport le journal floridien Miami Herald citant une source diplomatique.
Toujours selon le Herald, un expert haïtien présent lors d’une rencontre avec la mission d’évaluation kenyane en à Port-au-Prince, a estimé que le plan stratégique proposé par le Kenya serait inefficace. Son point de vue est soutenu par une source diplomatique citée par le quotidien américain qui souligne que « la plupart des infrastructures citées sont entre les mains des gangs » et que par conséquent, pour pouvoir les protéger, il faut d’abord en reprendre le contrôle.
Certaines sources qui se sont confiées à Miami Herald sous couvert d’anonymat soulignent par ailleurs que l’offre kenyane est loin d’être ce que le gouvernement haïtien avait demandé. Toutefois, si la proposition kenyane venait à être acceptée par le gouvernement haïtien, les besoins opérationnels de la mission devraient obtenir l’approbation du gouvernement kenyan et du Conseil de sécurité des Nations-Unies.
Par ailleurs, selon les sources du Herald, les Kenyans n’ont pas pris l’engagement de suivre tel quel la demande du gouvernement haïtien, précisant que s’ils devaient accepter, ce serait en fonction de plusieurs paramètres, dont la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU ; et un minimum de 2 000 agents.
Durant de la mission d’évaluation du Kenya en Haïti, la délégation kenyane a rencontré les autorités haïtiennes dont le gouvernement haïtien, le haut conseil de transition, le haut état-major de la police nationale, le corps diplomatique et certains haïtiens en sécurité. La mission d’évaluation de la situation sécuritaire en Haïti et menée par le Kenya a duré trois jours.
2 400 décès en Haïti du 1er janvier au 15 août
Les activités criminelles des gangs armés ont engendré un bilan humain alarmant en Haïti, avec plus de 2 400 décès enregistrés entre le 1er janvier et le 15 août, d’après les données communiquées par les Nations Unies. Les bandes armées, qui maintiennent un climat de terreur dans le pays, ont été responsables de cette hausse.
Lors d’une séance d’information à Genève, la porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, Ravina Shamdasani, a fait part des chiffres déconcertants : « Au cours de cette année, entre le 1er janvier et le 15 août, au moins 2 439 personnes ont perdu la vie et 902 autres ont été blessées. »
La réponse à la persistance de la violence orchestrée par les gangs et à l’insécurité généralisée a été marquée par une augmentation des incidents de « justice populaire » ainsi que par la mobilisation de groupes d’autodéfense. Ravina Shamdasani a souligné que, depuis le 24 avril jusqu’à la mi-août, « plus de 350 individus ont été victimes de lynchages perpétrés par la population et des groupes d’autodéfense. Parmi les personnes décédées, on compte 310 membres présumés de gangs, 46 membres du public et un policier. »
Face à la recrudescence des violences, en particulier entre le 11 et le 15 août, Volker Türk, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a exhorté à la prise immédiate de mesures. Il a fait écho à l’appel du Secrétaire général de l’ONU en faveur d’une force multinationale indépendante pour soutenir les forces de police haïtiennes et faire face à cette situation critique.
Volker Türk a insisté sur la nécessité de préserver les droits fondamentaux du peuple haïtien et d’atténuer ses souffrances. Lui-même s’était rendu dans le pays en février dernier. Haïti se trouve plongé depuis plusieurs années dans une crise profonde, touchant les domaines économique, sécuritaire et politique, ce qui a renforcé le pouvoir des gangs. Ces organisations armées exercent leur contrôle sur environ 80% de la capitale haïtienne, où les actes de violence sont devenus monnaie courante.
« Les droits humains du peuple haïtien doivent être protégés et ses souffrances atténuées », a souligné Volker Türk.
Allwitch Joly et Ravensley Boisrond
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