Le Maroc nomme une ambassadrice en France, prémices d’un réchauffement des relations entre Paris et Rabat

Rarement le choix d’un ambassadeur marocain aura été aussi commenté. A l’issue d’un conseil des ministres, tenu jeudi 19 octobre au palais royal à Rabat, Mohammed VI a nommé Samira Sitail au poste d’ambassadrice du Maroc en France. Annoncée dans un communiqué, la décision du roi a aussitôt créé la surprise. L’ancienne journaliste, qui a effectué la majeure partie de sa carrière au sein de la deuxième chaîne de télévision publique du pays, où elle a dirigé l’information pendant plus de quinze ans, n’a jamais rempli de fonctions politique ou diplomatique.

« Son CV n’a rien à voir avec celui des habituels ministres ou diplomates de haut rang qui ont occupé le poste d’ambassadeur du Maroc en France, observe le journaliste et politologue Abdellah Tourabi. C’est donc une nomination inédite, mais qui répond sans doute à une certaine logique, car le Maroc a la volonté de mieux faire entendre sa voix en France. Elle connaît les médias, elle sait leur parler et elle dispose d’un réseau, dans la presse et la culture, qui dépasse la seule sphère politique. »

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Installée à Paris, où son époux occupe le poste d’ambassadeur du Maroc auprès de l’Unesco, Samira Sitail a fondé il y a quelques mois sa société de conseil en communication. Peu connue dans l’Hexagone, elle y a acquis récemment une petite notoriété suite à sa prise de parole sur BFM-TV, quelques jours après le séisme survenu le 8 septembre dans la région de Marrakech qui a fait près de 3 000 morts. Elle avait alors vigoureusement protesté contre la polémique suscitée par le choix du Maroc de ne pas autoriser l’envoi d’une aide de la France.

« C’est très grave de dire que le Maroc refuse l’aide d’un pays, c’est même un appel à la rébellion des populations marocaines », avait-elle déclaré, ajoutant que le royaume est un pays souverain. Un « coup de gueule » qui avait été salué dans la presse marocaine et sur les réseaux sociaux, en pleine période glaciaire entre Paris et Rabat.

« Des signaux très positifs à tous les niveaux »

La désignation de Samira Sitail annonce-t-elle le début du dégel entre la France et le Maroc, dont les relations traversent une crise profonde depuis plus de deux ans, en partie liée au scandale Pegasus, un logiciel de surveillance israélien dont le Maroc aurait fait usage pour espionner plusieurs responsables français, dont le président Emmanuel Macron ? Sa nomination met en tout cas un terme à une très longue vacance : le royaume n’avait plus d’ambassadeur à Paris depuis janvier 2023.

Elle intervient aussi deux semaines après que Christophe Lecourtier, ambassadeur de France au Maroc, a présenté le 4 octobre ses lettres de créance à Mohammed VI, près d’un an après sa nomination. Et fait suite au déplacement à Marrakech de Bruno Le Maire, organisé du 11 au 13 octobre dans le cadre des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, au cours duquel le ministre de l’économie s’est entretenu avec le chef du gouvernement marocain. « Nous sommes dans une nouvelle séquence, où se succèdent des signaux très positifs à tous les niveaux », décrypte un observateur marocain.

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Si le Maroc est représenté à Madrid par une ambassadrice, ce qui fut aussi le cas à Londres et à Washington, c’est la première fois qu’une femme prend la tête de son ambassade parisienne, considérée comme l’une des plus importantes de son réseau diplomatique. Mais la nouveauté réside surtout dans le parcours de Samira Sitail. Elle est née à Bourg-la-Reine, dans les Hauts-de-Seine, ses parents ayant rejoint la France dans les années 1950, et a fait toute sa scolarité en région parisienne. « Nommer une femme est un geste fort. Elle connaît le Maroc et la France et a toutes les cartes en main pour contribuer à l’apaisement entre les deux pays, d’autant plus qu’elle est franco-marocaine », souligne la journaliste Nadia Larguet, une proche de Mme Sitail.

La double nationalité de la nouvelle ambassadrice pourrait toutefois être un sujet de crispation au Maroc, où de nombreux dirigeants et responsables sont régulièrement critiqués parce qu’ils détiennent un passeport français, objet d’un « possible conflit d’allégeance ». Il y a trois ans, des députés des formations conservatrices de l’Istiqlal et du Parti de la justice et du développement, et même un ancien porte-parole du palais, avaient violemment attaqué Chakib Benmoussa, l’ambassadeur du Maroc en France jusqu’en 2021, en raison de sa prétendue binationalité, ce que l’intéressé a toujours démenti.

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