« Au niveau de la douane, nous sommes très loin des prévisions qui avaient été établies. C’est pourquoi nous allons prendre des mesures administratives », a confié en conférence de presse le ministre de l’Économie et des Finances, Michel Patrick Boivert, le 27 avril dernier. « Nous n’allons pas nous attaquer aux positions tarifaires. Ce sont des mesures administratives qui doivent être prises. C’est le contrôle qui doit être renforcé. S’il y a des gens qui sont en poste depuis trop longtemps, nous pensons qu’il y aura des changements à ces niveaux qui sont supposés être fructueux », a fait savoir le grand argentier de la république, qui annonce également la coopération avec des instances internationales pour avoir des informations. « Nous avons besoin d’informations. Nous travaillons avec des instances internationales pour que des informations soient à notre disposition de manière à ce que la douane arrive à faire un meilleur rapprochement entre les importations réalisées effectivement et les déclarations produites au niveau de la douane », a expliqué le ministre de l’Économie et des Finances, Michel Patrick Boivert.
« Nous sommes en train de travailler très sérieusement avec les autorités dominicaines de manière à ce qu’il y ait échange d’informations entre la douane dominicaine et la douane haïtienne de manière à ce que nous puissions avoir un meilleur contrôle sur les importations qui arrivent par la frontière terrestre avec la république dominicaine. Ce faisant, nous ferons diminuer la contrebande », a affirmé le ministre de l’Économie et des Finances.
Le Nouvelliste a appris de plusieurs sources que pour lutter contre la contrebande au niveau de la frontière terrestre avec la République dominicaine, les autorités envisagent la possibilité de mobiliser la Polifront aux côtés des douaniers dont l’armement est limité. Cependant, nos sources ont souligné que cette lutte pour capter quelque 600 millions de dollars l’an au profit du Trésor public, de la population, ne devrait pas concerner que la frontière. « Environ 90 % des recettes de l’AGD viennent de la douane du port de Port-au-Prince », a indiqué notre source, qui souligne que le gouvernement est au carrefour de choix difficiles. « Soit il continue de subventionner les produits pétroliers, augmenter son financement monétaire et par conséquent prolonger le cycle de la décote de la gourde et de l’inflation, soit il va chercher ces centaines de millions de dollars des griffes des contrebandiers, de cette puissante mafia », a confié cette source, soulignant que les attaques de gangs contre l’APN de Port-au-Prince ne sont jamais anodines.
Le journal avait appris que dans le cadre de cette lutte contre la contrebande, plusieurs entités de la communauté internationale devraient appuyer Haïti comme la CNUCED, une agence des Nations Unies qui s’occupe, entre autres, de la lutte contre les produits illicites. Cette agence doit avoir des représentants en Haïti. Elle pourra nous aider à recueillir des informations sur le commerce. Cela nous permettra d’avoir des données sur les volumes entrant par container et les valeurs en douane », avaient indiqué nos sources. « Nos partenaires viennent nous aider à contrôler également le passage des armes et des munitions, les produits contrefaits », avait-elle poursuivi.
Interrogée sur la participation des Etats-Unis dans cet effort pour stopper cette hémorragie et permettre à Haïti de collecter ces ressources à la douane, une institution captée par une nébuleuse mafieuse, arrimée à des fonctionnaires, des politiques et des gens du milieu des affaires, cette source avait soutenu que les Américains aideraient dans cette lutte contre la contrebande et le trafic illicite d’armes et de munitions.
Au début du mois de mars, l’immigration, les douanes et le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis ont officiellement ouvert un bureau permanent de Home Security Investigation (HSI), à l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince, en Haïti, avait révélé un communiqué, 2 mars 2022.
HSI Port-au-Prince développera et favorisera des relations avec les partenaires des institutions haïtiennes chargées de l’application de la loi du gouvernement hôte pour échanger des informations, coordonner et soutenir les enquêtes, et faciliter les actions d’application de la loi et les poursuites pour dissuader les organisations criminelles transnationales, les gangs, la contrebande, lit-on dans ce communiqué. HSI Port-au-Prince travaillera avec ses homologues en Haïti pour identifier et cibler les sources d’approvisionnement et lutter contre la contrebande.
Quelque temps après l’ouverture de cette antenne, dans le budget des Etats-Unis pour l’exercice en cours, l’administration Biden veut des actions en Haïti contre des contrebandiers, des corrompus. Peu avant son départ d’Haïti, le chargé d’affaires de l’ambassade des Etats-Unis en Haïti, Kenneth H Merten, interrogé par Le Nouvelliste sur l’application de cette loi, avait indiqué que l’ambassade prend très au sérieux les instructions du président Biden. « Je ne peux pas évoquer au grand public tout ce que nous faisons pour faire avancer cet agenda. Mais nous prenons ce qui est dit dans cette loi très au sérieux. Nous faisons le travail mais je n’ai pas le droit de partager tout ce que nous avons fait ou sommes en train de faire », avait répondu Merten.
Interrogé mercredi 4 mai 2022 par Le Nouvelliste sur la volonté annoncée par le Premier ministre Ariel Henry dans la lettre de cadrage du « budget » 2021-2022 (non encore présenté au public) de lutter contre la contrebande, le vice-président de la Banque mondiale pour l’Amérique latine et les Caraïbes, Carlos Felipe Jaramillo, dit appuyer ces objectifs. « Je souscris à ces objectifs du Premier ministre. Il est très important pour n’importe quel pays d’avoir un gouvernement qui dispose de ressources pour le financement de services de base. J’espère que le gouvernement aura du succès. A côté des besoins de la population, il me semble qu’il y a un besoin de ressources pour la sécurité », a-t-il poursuivi.
Selon Carlos Felipe Jaramillo, la signature d’un Staff Monitored Program (SMP) avec le FMI « sera très positif » pour Haïti. Ce sera un pas important qui enverra un signal positif à la population, aux investisseurs, aux donateurs qu’il y a une volonté de bonne gestion macro-économique. « Malheureusement, Haïti a un grand problème d’insécurité que la population connaît bien, que j’ai pu voir à Port-au-Prince. En dépit des bénéfices d’un accord avec le FMI, cela ne résoudra pas le problème de sécurité qui affecte les investissements et la création de nouveaux emplois et freine la fuite des cerveaux, spécialement ces deux à trois dernières années », a dit Carlos Felipe Jaramillo, qui appelle à une solution au problème politique et au problème sécuritaire par le gouvernement et les partenaires de développement et d’autres partenaires d’Haïti.
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