Pierre Raymond Dumas, co-invité d’honneur à la 28e édition de Livres en folie, vit pour écrire. L’auteur de « Retour sur les communications en Haïti » se détache sur le fond du paysage médiatique comme un professionnel de la plume qui se shoote à l’écriture. Que de livres semés sur son parcours ! La démocratie sous tutelle: chronique d’une élection présidentielle contestée (2010-2011); Une police dans la tourmente: vingt ans de survie ; Diplomatie haïtienne : un grand chantier ; Bibliographie chronologique des écrits de Pierre-Raymond Dumas: (1983-2006) ; Frédéric Marcelin, économiste, ou, Les riches dépouilles d’un ministre des Finances (essai) ; François Denys Légitime : un réformiste résolu (1841-1935) ; De la culture haïtienne : (éloge et décadence); Littérature et oraliture fragmentaires d’Haïti: essai de bibliographie critique et apologétique 2006.
Décidément, cet écrivain-journaliste, professeur de lettres et de sciences sociales, est une grosse machine qui embrasse politique, économie, histoire, cinéma, peinture, littérature à travers une variété de genres pour entraîner le lecteur dans une Haïti où fourmille toute une faune d’hommes et de femmes qui nous racontent les moments de notre histoire. À ce titre, PRD est un historien de l’instant, pour reprendre la belle formule d’Albert Camus.
Prolifique Dumas
Boulimique, ce chercheur, qui débusque les faits marquants de son temps, n’a jamais arrêté de produire. Dumas, ça carbure à l’écriture. Il faut mettre du temps pour arpenter les périodiques dans les colonnes desquelles il a semé tant et tant d’articles. De mémoire de lecteur, on citera : la revue Conjonction, Le Matin, Haïti Libérée, Clarté Magazine, Le Courrier du Nord-Ouest, Le Rouleau, L’Information, Prima info…
Pendant des années, au Nouvelliste, il a alimenté de réflexions sa chronique célèbre : «Cette transition qui n’en finit pas». Un lecteur assidu, lorsqu’il fait un panorama de cette rubrique qui avait la particularité d’être régulière, verra que les tranches d’actualité saisies par le chroniqueur sont dignes de mémoire. Étudiants, chercheurs, historiens exploiteront ce filon d’évènements du passé pour alimenter nos pages d’histoire.
Curieux de tout, les yeux grands ouverts, le cœur à l’ouvrage, son univers s’élargit : Panorama de la littérature haïtienne de la diaspora ; Best of Anthony Phelps ; Syto Cavé ou l’âme sœur, Yanick Lahens De l’occupation américaine au parti des Démunis ; Kettly Mars et ses Bredjenn; Lyonel Trouillot, Et si la vie était une œuvre ; Margaret Papillon, La douce et marginale.
Où ce témoin du temps qui passe trouve-t-il autant d’énergie pour écrire ? Tout à fait dans ce qu’il entreprend. Sa vie, ses actions, ses rencontres. Ouvert, des idées à en revendre, constamment en chemin, Dumas s’est frotté à plusieurs personnages et personnalités du pays. Quand il écrit, son verbe s’ancre dans le terreau des expériences qu’il a connues au sein des institutions, qu’elles soient privées ou publiques. Une manière de dire, que PRD a enfilé plusieurs chapeaux.
Le socle des expériences
Ce chroniqueur du Nouvelliste, gardien de la mémoire de la presse haïtienne, détrompez-vous, n’est pas confiné dans les livres, comme voudraient le décrire ses fidèles lecteurs. Dumas a l’étoffe d’un pragmatique. En plusieurs occasions, il a eu l’honneur de briguer différentes fonctions au sein de l’administration publique : ministre de la Culture et de la Communication du gouvernement de Garry Conille (2011 – 2012), président de la Commission de réorientation de Radio nationale d’Haïti et de Télévision nationale d’Haïti (2006 – 2008 ), conseiller en communication et culture du premier ministre Jacques Édouard Alexis (2008) ; directeur de l’information de radio et de télévision nationale d’Haïti en 1987, directeur adjoint du quotidien d’État Haïti libérée (1987), directeur général de Radio Nationale d’Haïti (1989), directeur de la culture et des arts au ministère de l’Information, de la Culture et de la Coordination (1990 – 1991), directeur de l’unité de communication de relations publiques et de presse de la Primature (2006 – 2008 ), directeur de Primat info, une publication du gouvernement haïtien (2006 – 2008 ).
Sur le socle de ses expériences, il a commis, en 2016, « Retour sur les communications en Haïti », un essai qui met l’emphase sur une panoplie de difficultés auxquelles font face nos médias tout en nous éclairant sur l’envers du décor du métier de journaliste. Il met le doigt sur les médias sociaux qui ont explosé sur le marché et le déclin de la presse écrite en Haïti. Ces pages remuent dans notre mémoire une bouffée de nostalgie. Les anciens se souviendront du nombre de quotidiens, de revues, de magazines qui étaient à la portée du public. Désormais, les gens se contentent d’une lecture fastfood sur la Toile. Vite consommée, vite oubliée au temps du zapping, de la vitesse, du tourbillon d’informations qui mêle l’info et l’infox, le bon grain et l’ivraie.
Pour Fritz F. Joasssain, le préfacier de cet ouvrage, « Retour sur les communications en Haïti répond aux questionnements sur l’histoire des techniques de communication, leur parcours évolutif en fonction de la politique et du marché. L’ouvrage amène le lecteur à découvrir les renseignements précieux de ce domaine pointu marchant de pair avec la démocratie, les manœuvres politiciennes et les faiblesses de recherche qu’exigent l’utilisation ou l’application de ces techniques ».
En suivant le parcours de cet homme que le public rencontrera au Karibe, à la grande messe du livre, ce jeudi 16 juin, on comprendra que sa vie n’a pas été un fleuve tranquille. Il a aussi connu des déboires dans l’administration publique. Et comme l’écriture démange toujours le creux de la main de Dumas, il trouvera dans ses déboires, matière pour en faire un livre. Il les relate dans ses mémoires. Son ouvrage, « Que c’est triste d’être ministre sous Martelly! » paru en 2011, souligne son passage éclair au ministère de la Culture et de la Communication (12 décembre 2011 – 16 mai 2012). Dans les pages de ses mémoires, Dumas a montré qu’il n’avait pas sa langue dans sa poche. Il a réglé ses comptes avec l’administration Martelly. Sous sa plume on retient : « L’ensemble formait une nomenklatura hétéroclite à laquelle manquaient une vision collective du pouvoir, une doctrine de gouvernement et une mystique du changement social. »
Contre vents et marées PRD continue son oeuvre : La démocratie sous tutelle : chronique d’une élection présidentielle contestée (2010-2011), La transition d’Haïti vers la démocratie : partie 1. Aristide III ou trois ans de « kidnapping » (7 février 2001-29 février 2004); Portraits politiques et hommages divers; La transition d’Haïti vers la démocratie: essais sur la dérive despotico-libérale 1997… Autant de textes qui cristallisent des faits de notre vie de peuple.
Le livre au cœur de la démarche du travailleur intellectuel
Dumas, cet enfant du sérail de Le Nouvelliste, écrit à grande vitesse pour le journal. Mais il y a quelque chose qu’il a vite compris au moment de faire ses premières armes dans le journalisme, une nouvelle chasse l’autre. Pour quelqu’un qui veut quelque chose de solide comme le métal, la pierre, le livre sera le moteur de la démarche pour laquelle il carbure pour le futur.
À l’époque où il dirigeait la section Culture au quotidien Le Nouvelliste, le centenaire de la rue du Centre, il n’arrêtait jamais de nous dire : messieurs, vous pouvez écrire un livre. Choisissez un thème, traitez-le par angle, et vous verrez, au fil des mois, voire des années, vous récolterez des textes qui formeront un corps autour d’un sujet. Avec une telle méthode pratique, vous obtiendrez un livre.
Pour le carnaval national des Cayes organisé du 19 au 21 février 2012, quand il était ministre de la Culture, il nous avait offert un bel exemple. Il avait dit qu’il allait réaliser un livre en un temps record : ce sera le premier document écrit destiné au grand public sur cette grande réjouissance populaire en Haïti. Comment allait-il procéder ? Un ouvrage collectif. À chacun, Dumas avait distribué une tâche. Je m’en souviens très bien, Claude Gilles, Philippe Dodard étaient ses lieutenants lancés dans ce grand plaisir qui nécessitait beaucoup de travail. À moi, outre mes textes et mes photographies, il avait confié la tâche de légender les illustrations qui resplendissaient les pages.
En un temps record, l’idée se matérialise dans un beau volume de pages « Carnaval des Cayes, pari gagné » (intitulé du titre d’un article de Valérie Daudier) est sorti sous les presses d’Imprimeur II. Textes et photographies composaient ce livre auquel ont pris part toute une équipe conquise à la cause du ministre de la Culture.
Cet homme que nous allons rencontrer à Livres en folie, Pierre Raymond Dumas, est un gardien de la mémoire. Son nom est venu à vous. Il n’est pas fait d’encre et de papier. Allons voir cet auteur qui a pris de la hauteur à force d’idées et de travail sur les idées.
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