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La Chine et le Bénin sont très actifs dans maints domaines de coopération depuis plus d’un demi-siècle. Le chantier politique était pourtant, jusque-là, moins privilégié entre ces deux partenaires. Depuis deux ans, les partis UP le Renouveau et le Bloc Républicain ont entamé une marche ensemble avec le Parti Communiste Chinois (PCC). Un rapprochement qui laisse présager des motivations d’un excellent renforcement des relations d’amitié et de coopération. Mais en réalité, en quoi le PCC peut faire école au Bénin ? Cette expérience permettra-t-elle au Bénin d’asseoir sa vision d’avenir prospère et de gouvernance démocratique ?
Les relations sino-béninoises se solidifient via les partis politiques afin de se trouver une trajectoire beaucoup plus productive dans les prochaines années. Cette dimension de coopération a été grandement facilitée suite à la visite en 2018 du président béninois Patrice Talon en Chine. Dès lors, les partis UP le Renouveau et le BR se réunissent avec le PCC pour s’échanger des expériences mutuelles, examiner les théories et pratiques du PCC, qui ont abouti au développement de la Chine. De ce resserrement des liens, naît la visite en Chine, du 24 au 03 mai dernier, des responsables de ces deux formations politiques béninoises. En retour, le 23 octobre, une délégation du PCC s’est déplacée au Bénin. Hormis ces visites de travail et de formation, l’empire du milieu fait un investissement important dans la vie de ces deux partis du Bénin à travers des dons de matériels informatiques et d’équipements de travail. Au finish, n’y a-t-il pas un intérêt, si le Bénin tient à construire cette coopération faisant de sa cible privilégiée le Parti Communiste ?. « C’est pour aller à l’Ecole du PCC par rapport à son organisation », justifie la directrice administrative de l’UP le Renouveau, Christelle Houndonougbo Alioza, avant d’ajouter le PCC a une forme d’organisation qui peut faire école sur trois aspects. « Le parti inculque la discipline, le travail et l’unité d’action », dit-elle. Le président Patrice Talon a été beaucoup plus loin le 05 mars 2023, en déclarant sur la chaîne LCI : « la Chine m’inspire beaucoup. Il faut constater qu’elle est une puissance incontournable ». Il poursuit en disant que le modèle chinois qui fait l’effort sur soi, la bonne gouvernance sont des éléments qui devraient inspirer tous les pays sous-développés puisque le développement est à la portée de tout le monde. De ce fait, sa récente visite à l’Ecole du Parti n’est donc plus qu’un simple déplacement diplomatique. Elle est le signe d’une reconnaissance du modèle de développement chinois dont l’Ecole est le pivot central.
Les prouesses de l’Ecole et du PCC
Ces dernières décennies, la Chine a connu une ascension fulgurante passant de nation ravagée par les guerres et famines pour devenir la 2è puissance économique mondiale. Un tel succès ne peut être attribué à la seule dynamique économique ou à des avancées technologiques. Il trouve ses racines profondes dans une institution qui demeure dans l’ombre, mais dont l’impact est monumental : l’Ecole du Parti. C’est-à-dire l’Ecole du Parti Communiste Chinois (PCC). Créée en 1933, soit 12 ans après la fondation du PCC, cette école a façonné des dirigeants qui ont été des figures de proue dans le développement spectaculaire de la Chine. Plus de 700 000 cadres sont formés par an. Elle joue le rôle de gardienne de l’essence même du Parti. Ses principes ont été enseignés par les grandes figures de son histoire, depuis Mao Tse Toung jusqu’à Xi Jinping. Aujourd’hui, le PCC a derrière lui plus de cent années de lutte et compte plus de 96 millions de membres dont le Secrétaire Général actuel est le président Xi Jinping. Au pouvoir depuis plus de 70ans, le parti est entièrement dévoué à la cause grandiose de la nation chinoise, à la noble cause de la paix et au développement de 1’humanité. Son histoire empreinte de nationalisme a conduit le pays vers la prospérité. Selon le rapport de son XX ème congrès, 832 districts pauvres et près de 100 millions de ruraux démunis sont sortis de la pauvreté. Le PIB chinois est passé de 54 000 milliards de yuans à 114 000 milliards de yuans, et représente 18,5 % de l’économie mondiale, soit une hausse de 7,2 points de pourcentage. Ce qui a permis à la Chine de préserver solidement sa deuxième place au monde. Le pays a fait des prouesses en matière de création d’emplois. Plus de 13 millions de nouveaux emplois ont été créés en moyenne par an dans les zones urbaines du pays. L’espérance de vie moyenne a atteint 78,2 ans alors qu’elle n’atteignait que 35 ans en 1949. La Chine a établi dans le monde les plus grands systèmes en protection sociale et dans les domaines éducatif, médical et sanitaire. Le taux de couverture de l’assurance maladie de base s’est stabilisé à 95 % et 1,04 milliard de personnes sont couvertes par l’assurance vieillesse de base. La cause du parti et de l’Etat a connu des succès et transformations historiques, ce qui a permis au parti de s’engager dans la nouvelle marche vers l’édification intégrale d’un pays socialiste moderne.
Un modèle pour le Bénin !
A l’occasion de la visite de la délégation du PCC au Bénin, le Chef de la délégation, Junwei Wang a précisé que cette première visite officielle d’une délégation de son parti en terre béninoise depuis l’établissement officiel des relations entre le Bénin et la République Populaire de Chine, est le signe de la vigueur de la coopération et des échanges entre les deux parties. Il n’a pas manqué de saluer les résultats obtenus par le Bénin depuis quelques années et rassuré à son tour du soutien du PCC et de la Chine à cette nouvelle vision de développement adaptée aux réalités nationales. Le président Xi Jinping avait également pris l’engagement de soutenir « le Bénin dans l’exploration indépendante d’une voie de développement adaptée à ses conditions réelles ». Plusieurs observateurs de la vie politique voient autant de recettes possibles dans ce modèle du PCC pour accélérer le développement des pays sous-développés. Pour eux, le rapprochement entre ces partis est une opportunité non seulement de partage d’expériences, mais représente un atout considérable pour révéler le Bénin vu le développement spectaculaire qu’a connu la Chine ces dernières années. « C’est une expérience de grandeur. Cette longévité a un secret qui mérité d’être suivi » fait savoir Dr Eugène Allossoukpo, qui trouve ce partenariat avantageux pour les partis du Bénin. Selon l’ancien Ambassadeur Jean-Pierre Edon, Spécialiste des questions internationales, la coopération avec le PCC permettra à ces jeunes partis du Bénin de profiter de larges expériences et de faire un bond en avant. « Le Benin, pays sans grands moyens a intérêt à s’inspirer du modèle de développement chinois qui devient une école pour beaucoup de nations », explique-t-il, avant de poursuivre : « par ces liens, le Benin pourra profiter de la réussite économique et politique de la Chine ». « De l’économie communiste pure pendant les premières années de sa création, ce parti a imprimé aujourd’hui à l’Etat l’économie socialiste du marché qui fonctionne bien. La preuve en est que la Chine est en train de discuter avec les États-Unis, la place de première puissance économique mondiale, une tendance qui paraît irréversible », note l’Ambassadeur Edon. Après cent années de lutte, le PCC est devenu plus déterminé et ses capacités en matière de direction politique, d’orientation idéologique, de mobilisation populaire et d’influence sociale se sont nettement renforcées. Le Sinologue Maurice Goutin, Enseignant-Chercheur à l’institut Confucius déplore qu’au Bénin, il y a des spontanéités pour diriger. « Chez nous, il n’existe pas des écoles de parti physique contrairement à ce qui se fait en Chine. Le PCC forme ses élites au sein de ses écoles, en politique, en relation internationale, en informatique et autres », a-t-il dit. Allant dans le même sens, Dr Eugène Allossoukpo fait remarquer que la gestion du pouvoir par les partis s’apprend. « Ce n’est pas par tâtonnement. Il faut nécessairement aller à l’école de ceux qui savent faire. C’est une bonne école pour les deux partis au Bénin. Ils vont pouvoir asseoir des bases claires, de gestion interne et de la gestion de la capacitation de ces partis à se maintenir au pourvoir dans la durée », soutient-il. Cependant, le Bénin est un pays démocratique. Pour le Sinologue Maurice Goutin, le fait que le PCC dirige ne signifie nullement absence de démocratie. Au contraire, de la naissance du PCC, la démocratie et la liberté font partie de ses objectifs à réaliser. Les chinois jouissent de la démocratie et participent pleinement au processus de décision par voie d’élection et de proposition. « La démocratie existe en Chine seulement qu’il n’y a pas des partis d’opposition. C’est le parti d’Etat qui gère le pouvoir mais il y a 8 autres partis de moins d’envergure associés et qui travaillent en symbiose avec le PCC. Le consensus est la priorité avant que les décisions ne sortent. Son concept de démocratie diffère de la démocratie à l’occidental que nous nous évertuons à copier en nous écartant de nos propres réalités », confie-t-il. Les personnes interrogées souhaitent cette expérience pour l’émergence du Bénin d’une part et d’autre part, pour la stabilité, la longévité et la promotion de la gouvernance au sein des partis. Selon ces experts la Chine poursuit une politique extérieure ayant pour but la préservation de la paix mondiale et la promotion du développement commun et s’engage dans la construction d’une communauté de destin pour l’humanité. Quoi qu’on dise, le régime de la rupture est séduit par cette réussite de la puissance asiatique et entend s’inspirer. « La Chine et le PCC restent une inspiration pour nous. L’UP le Renouveau a mis en place l’école du parti qui doit être l’élément fondamental de formation des militants. L’ambition est la construction d’un parti qui aspire à la gestion du pouvoir pendant des années. C’est cela qui porte le développement », souligne Christelle Houndonougbo Alioza.
Alban TCHALLA
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