Le Premier ministre haïtien a pris cet engagement lors du sommet de la Communauté des Caraïbes, qui s’est achevé ce mercredi. Haïti, gangréné par la violence des gangs qui contrôlent la majorité de la capitale Port-au-Prince, n’a pas connu d’élections depuis 2016. Ariel Henri dirige le pays en tant que Premier ministre depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, il y a un peu moins de trois ans.
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À la Caricom, les discussions ont été longues, mais fructueuses selon le Premier ministre des Bahamas, Philip Davis : « Des concessions ont été faites pour faire avancer le processus politique, y compris organiser des élections générales pour restaurer le gouvernement en accord avec la Constitution, pas plus tard que le 21 août 2025 ». Une mission doit être envoyée dans le pays pour évaluer les besoins, mission « dirigée par la Caricom et les Nations Unies avec le soutien de partenaires – le Canada, les États-Unis et l’Organisation des États Américains ». L’équipe doit rendre son rapport d’ici le 31 mars, dans un peu plus d’un mois.
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Mais il faut aussi que le Premier ministre haïtien et l’opposition se mettent d’accord pour organiser ces élections générales, alors que depuis des années le personnel politique du pays n’arrive à se mettre d’accord sur rien. La Caricom prévoit d’inviter les responsables haïtiens à une rencontre, pour sortir de cette impasse politique. Mais chacun devra faire preuve de bonne volonté, a prévenu le président du Guyana Irfaan Ali. « Nous insistons pour que chaque partie prenante reconnaisse qu’elle n’obtiendra pas tout ce qu’elle veut, mais qu’Haïti doit obtenir ce dont elle a besoin. Par conséquent, chaque partie prenante en Haïti doit également donner pour qu’Haïti obtienne ce dont elle a besoin », a-t-il déclaré.
Une nouvelle promesse
Mais ce n’est pas la première fois qu’Ariel Henry fait cette promesse. En 2022, il s’était mis d’accord avec certains partis politiques pour organiser des élections et quitter le pouvoir au début de ce mois, le 7 février. Cela n’a pas été le cas : « il n’a pas pu créer un environnement sécuritaire propice à toute campagne électorale, ou à rendre le scrutin crédible », explique Jacques Nesi, politologue, chercheur associé au Laboratoire caribéen de Sciences sociales. « Il devait aussi s’engager à avoir un compromis politique le plus large possible », mais n’a réussi à créer, à travers « des accords sans lendemain » que « des alliances de bric et de broc ». La Caricom elle-même a tenté d’aider à trouver un accord politique, sans succès. Pas d’élections donc, pas de départ d’Ariel Henry le 7 février, et des milliers d’Haïtiens dans les rues au début du mois pour exiger qu’il quitte son poste. Pour Jacques Nesi, si Ariel Henry s’est engagé devant la Caricom à organiser des élections, c’est « sans doute pour essayer de se raccrocher au pouvoir. Son objectif principal est de garder le pouvoir sans donner un cap précis au pays et aux populations aux abois ».
Un an et demi pour organiser les élections
En tout cas, pour organiser des élections, un an et demi ne sera pas de trop estime le politologue. Déjà, en Haïti, c’est une entité administrative indépendante qui organise les scrutins : le Conseil électoral provisoire, formé de neuf membres issus de différentes forces politiques et sociales. Et pour trouver un compromis entre ces différentes forces, il faudra au moins six mois, estime Jacques Nesi. Il faut ensuite organiser le scrutin, c’est-à-dire l’inscription des électeurs, sachant, souligne le spécialiste, que la carte électorale actuelle « fait l’objet de discordes au sein de la classe politique, et sans doute faudrait-il envisager une nouvelle carte ».
Enfin, il faut que la population ait confiance dans le gouvernement qui organiserait ce scrutin. « C’est tout le problème d’Ariel Henry, souligne Jacques Nesi. Inspirer confiance non seulement aux populations, mais également aux acteurs politiques ». Quant à la présence d’une force internationale, estime le politologue, « elle reste incontournable comme solution pour garantir l’organisation d’un scrutin sérieux et honnête en Haïti ».
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