Craignant pour leur sécurité, des familles israéliennes ont rejoint la France ces derniers jours, après les attaques du Hamas qui ont causé la mort de 1 400 personnes, le 7 octobre. Dominique Moïsi, membre fondateur de l’Institut français des relations internationales (Ifri), souligne la portée symbolique de ce phénomène.
Bien que le nombre de familles concernées reste difficile à quantifier, comment interpréter l’arrivée de ressortissants israéliens en France depuis les attaques du 7 octobre ?
DOMINIQUE MOÏSI. D’abord, il est important de préciser que ces familles sont franco-israéliennes, c’est-à-dire des Français, juifs, qui sont partis en Israël pour des raisons multiples : certains à cause de l’insécurité en France, d’autres pour une raison religieuse et l’idée qu’on ne peut vivre sa foi normalement qu’en Israël, voire, dans le cas des plus riches, pour des raisons économiques afin de payer moins d’impôts en France. Il y a donc tous les cas de figure, et, effectivement, il faut voir aussi combien de personnes cela représente. Bien entendu, les Israéliens n’en parlent pas, mais ce sont ces chiffres qui importent.
Est-ce un phénomène nouveau ?
Parmi les familles françaises parties faire leur alya (terme hébreu utilisé pour évoquer l’acte d’immigration en Israël pour une personne de confession juive), certaines sont rentrées, parce que la réalité sur place s’est révélée plus difficile qu’elles ne le pensaient sur le plan culturel, linguistique, économique, social, etc. J’ignore, là encore, quels sont les chiffres, mais il y a toujours un nombre significatif de Français qui, insatisfaits de ce qu’ils trouvent sur place, reviennent. Mais, cette fois, cela arrive bien entendu dans un contexte absolument différent.
En quoi cette question du retour a-t-elle une portée symbolique ?
Au fond, ces familles étaient venues chercher la sécurité en Israël et elles ont trouvé, depuis le 7 octobre, l’insécurité absolue. Sur ce plan, c’est effectivement un tournant symbolique et psychologique. Israël a été créé pour donner une garantie de sécurité aux juifs du monde entier, et le 7 octobre a été un choc existentiel. La question est intéressante, mais tant qu’on ne sait pas précisément combien de personnes sont revenues, et si elles reviennent seulement pour quelque temps pour se mettre à l’abri en espérant un retour à la normale, je crois qu’il est trop tôt pour tirer des leçons de ce qui s’est passé. S’agit-il de cas isolés, individuels, est-ce une vague de fond avec des gens qui s’estiment désespérés, en se disant que la création de l’État d’Israël n’a rien changé et qu’il reste difficile d’être juif dans le monde aujourd’hui ? Il y a plein de questions, mais cela nécessiterait des statistiques qui n’existent pas.
Comment envisager les conditions d’un retour en sécurité pour ces familles ?
C’est une question gigantesque, mais ce qui se passe à Gaza aujourd’hui est une forme de tentative de réponse. Il faut rétablir la crédibilité stratégique d’Israël, pour que ce qui s’est produit le 7 ne puisse plus jamais se produire. Mais comment faire, alors que plus de 200 otages sont encore aux mains du Hamas, et sans isoler dramatiquement Israël de la communauté internationale ? Mon conseil, c’est de rester très prudent, il faut se donner le temps pour savoir si ce retour des familles franco-israéliennes en France est un phénomène marginal ou quelque chose de plus profond.
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