Le Sass’Café, institution des nuits monégasques, dans un procès pour proxénétisme

La prostitution est légale à Monaco, mais pas le proxénétisme. Dit autrement : aucun intermédiaire ne doit passer entre une travailleuse du sexe et son client, quand bien même il ne s’agirait « que » de logistique, comme un service de chauffeurs, ou la mise à disposition d’une chambre dédiée à un service tarifé. Le Sass’Café en a fait les frais : cet établissement de l’avenue princesse Grace, véritable institution des nuits monégasques, particulièrement fréquenté par une multitude de célébrités et de prostituées, a été placé au cœur d’un procès au tribunal correctionnel de Monaco.

Preuve du sérieux de cette affaire : des peines de prison ferme ont été requises par le ministère public le 4 avril 2024 contre d’anciens salariés, mais aussi contre son propriétaire, Samuel T., dit « Samy » (1). Ils sont toujours présumés innocents, dans l’attente de la délibération finale des juges, le 14 mai 2024. Selon les informations de Monaco-Matin, ce dernier risque une condamnation à douze mois de prison ferme, tout comme son bras droit Pascal C., soupçonné d’avoir joué un rôle de décisionnaire dans l’organisation de rapports tarifés. Deux agents de sécurité risquent, quant à eux, douze et neuf mois ferme. Une hôtesse d’accueil risque également quatre mois de prison ferme. Ces trois derniers sont suspectés d’avoir tiré un profit personnel de la présence de prostituées dans l’établissement.

Lors du procès, une partie des débats a en effet mis en avant l’existence d’un logiciel de réservation et d’attribution de tables avec la lettre « T », pour identifier les « travailleuses » du sexe. Il aurait aussi été question de pourboires, tantôt versés au pot commun pour le service en salle, tantôt individualisés, notamment à destination des portiers, comme un droit d’entrée. D’autres personnes ont également été entendues pendant ce procès. Selon les informations de Monaco-Matin, une gérante russe de sociétés immobilières de 54 ans est poursuivie pour avoir loué, sans bail et en espèces, deux de ses appartements situés aux Flots d’Or, à Beausoleil, pour des prostituées qui fréquentaient le Sass’ Café’ et d’autres établissements. Elle est aussi accusée d’avoir blanchi cet argent liquide, dont 43 000 euros dans une grande enseigne de luxe. La substitut du procureur, Valérie Sagné, a requis deux ans de prison ferme, avec mandat d’arrêt à son encontre et 80 000 euros d’amende.

Un Italien de 34 ans, considéré comme l’homme à tout faire d’un important client du Sass’Café est également suspecté de lui avoir mis à disposition des femmes, et de les avoir véhiculées et payées, parfois pour son compte. Le ministère public a requis six mois de prison, dont trois assortis du sursis, et 1 000 euros d’amende. Enfin, un Brésilien de 36 ans est poursuivi pour proxénétisme et trafic de stupéfiant. Il est suspecté d’avoir été le principal revendeur de stupéfiants pour le réseau de prostitution brésilien de Monaco. Il a reconnu les faits et il risque une peine d’emprisonnement ferme de quatre ans, avec mandat d’arrêt et 20 000 euros d’amende.

Le ministère public a aussi requis 200 000 euros d’amende à l’encontre de la SARL Sass’Café, mais il a exclu la perspective d’une fermeture administrative de six mois comme peine complémentaire. Depuis la médiatisation de ce procès, les prostituées ne sont, officiellement, plus autorisées au sein de cet établissement.

1) Toutes les personnes citées dans cet article sont présumées innocentes, jusqu’à un jugement définitif.

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