Le saviez-vous ? Quand dame Garonne se donnait des airs de Mississipi

Depuis la plus haute Antiquité, fleuves et rivières ont été utilisés pour la navigation : c’étaient des voies toutes faites, où la propulsion, dans le sens du courant, ne nécessitait guère d’efforts. Au fil des âges, diverses embarcations, à rames ou à voiles, gabares, sapines et pinasses voguant au fil de l’eau, faisaient partie du paysage familier des riverains.

En sens inverse du courant, la propulsion s’avérait autrement difficile, et longtemps…

Depuis la plus haute Antiquité, fleuves et rivières ont été utilisés pour la navigation : c’étaient des voies toutes faites, où la propulsion, dans le sens du courant, ne nécessitait guère d’efforts. Au fil des âges, diverses embarcations, à rames ou à voiles, gabares, sapines et pinasses voguant au fil de l’eau, faisaient partie du paysage familier des riverains.

En sens inverse du courant, la propulsion s’avérait autrement difficile, et longtemps, ce furent des hommes de peine qui tirèrent à la corde les lourdes embarcations, pauvres galériens suant et soufflant, sur des chemins de halage périlleux. Des chevaux et des mules les remplacèrent par la suite, mais pour les bateaux venant de l’actuel Lot-et-Garonne, ces retours à contre-courant s’avéraient tellement problématiques qu’il était moins onéreux de les laisser à Bordeaux où ils étaient vendus et démantelés pour du bois de chauffage.

L’invention de Fulton

C’est ainsi que l’Américain Fulton s’intéressa au problème et imagina de propulser les bateaux grâce à une chaudière à vapeur actionnant des roues à aubes latérales. Il proposa le système à la France, mais Napoléon Bonaparte, alors Premier consul, ne donna pas suite, arguant qu’il s’agissait de « charlatans et imposteurs qui n’avaient d’autre but que d’attraper de l’argent ». Dépité, Fulton rentra en Amérique, où son système fut adopté, et dès 1806, ces bateaux de conception révolutionnaire commencèrent à voguer sur le Mississipi.

En 1817, un jeune français de 28 ans, Charles Joseph Brannens, fils d’un négociant bordelais, voyageant pour affaires en Amérique, contemple l’arrivée d’un de ces « steamboats », chargés de balles de coton, sur les quais de la Nouvelle-Orléans. De retour en France l’année suivante, il décide de se lancer dans l’exploitation commerciale de ces machines « crachant le feu comme un démon et soufflant de la fumée comme une forge ». Financé par la haute bourgeoisie bordelaise (notamment les Balguerie, originaires de Clairac), exécuté par les chantiers Chaigneau, de Lormont, le bateau à vapeur nommé « Garonne » prend son départ en 1818, sur l’estuaire de la Gironde, devant une foule immense et enthousiaste.

Protestations des mariniers

Cependant, la Garonne n’est pas un long fleuve tranquille, et en divers endroits, particulièrement à Tonneins, des rochers y rendent la navigation difficile pour ces gros engins de 40 mètres de long. Il faudra se résoudre à de plus modestes proportions si l’on veut sillonner le cours sans trop d’encombres, et c’est finalement le « Henri IV » qui, avec ses 26 mètres de long, pourra enfin remonter la Garonne jusqu’à Agen.

Une nouvelle ère de la navigation apparaissait en Lot-et-Garonne. Mais elle n’alla pas sans contestations : les mariniers ne virent pas d’un bon œil ces nouveaux engins, qui devaient réduire un grand nombre d’entre eux au chômage. Si bien que lorsque le « Henri IV » brûla accidentellement, ils furent accusés de l’avoir incendié. Accusation fausse, sans doute, car les accidents de ce type ne furent pas rares : la surchauffe de la chaudière pouvait la faire exploser.

Le 4 novembre 1852, entre Saint-Hilaire-de-Lusignan et Colayrac-Saint-Cirq, le bateau nommé « Lot-et-Garonne » connut ce désagrément qui fit deux morts et de nombreux blessés. Mais on n’arrête pas le progrès, et ceux qu’on nomma désormais des « coches d’eau » assurèrent leur service, tant pour les passagers que pour les marchandises, jusqu’en 1930.

Prestigieux passagers

En 1838, un touriste grincheux et rondouillard, Stendhal, visitant le Sud de la France, emprunta le bateau à vapeur à Bordeaux pour remonter la Garonne jusqu’à Agen. Sauf qu’arrivé à Aiguillon, à l’embouchure du Lot, le bateau à vapeur s’empêtra sur un banc de grave laissé par une inondation récente. La chaudière surchauffa, début d’incendie à bord, que l’on parvint à maîtriser après une grosse frayeur. Mais le romancier, contrarié par l’incident, demanda à être débarqué, et poursuivit sa route jusqu’à Agen par la voie terrestre.

Quelques années plus tôt, en 1828, Aurore Dupin (qui n’était pas encore George Sand) venait de se marier avec un gentilhomme de Pompiey, en Albret, nommé Casimir Dudevant. Comme elle s’ennuyait ferme en sa compagnie, son époux bienveillant lui proposa un petit voyage à Bordeaux, où ils se rendirent en prenant « le coche d’eau ». Imprudent Casimir ! Aurore en profita pour aller rejoindre un charmant jeune avocat, Aurélien de Sèze, pour qui elle avait le béguin. Ce fut son premier coup de canif dans le contrat de mariage. La faute à Fulton !

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