Le Sénégal montre l’exemple

Le lundi 3 juillet, le chef de l’État sénégalais Macky Sall a pris de court la majorité des observateurs comme ses plus proches collaborateurs en annonçant qu’il ne briguerait pas ce troisième mandat contesté par ses adversaires. Il se retirera donc en avril prochain et évite ainsi à son pays de dangereuses tensions politiques et sociales. Depuis plus de deux ans, alors que l’opposition avait consacré toute son énergie à dénoncer l’illégitimité de cette supposée candidature et alors que son propre camp se perdait en conjectures, le président s’était évertué à éluder la question. CQFD, pour beaucoup : qui ne dit mot consent, il allait obligatoirement se représenter. Raté, c’est exactement l’inverse qui s’est passé et c’est une heureuse surprise.

Que va-t-il se passer désormais ?

Pour la première fois dans l’histoire du Sénégal, une élection se déroulera sans le président sortant. Un tournant politique majeur, mais ô combien incertain. À six mois du scrutin, difficile de prédire qui, en dehors d’

Idrissa Seck, l’ancien Premier ministre et ex-président du Conseil économique, social et environnemental (Cese), et de quelques seconds rôles, sera (ou pourra être) candidat. Au sein du pouvoir comme de l’opposition.
La refonte du code électoral issue des conclusions d’un dialogue national organisé ces derniers mois devrait permettre aux opposants Khalifa Sall et

Karim Wade d’en finir avec l’inéligibilité qui les frappe depuis 2019 et donc de concourir. Quant au système des parrainages citoyens, ce filtre draconien qui avait écarté une vingtaine de prétendants lors de la présidentielle précédente, il a été considérablement assoupli.

La compétition s’annonce donc particulièrement ouverte ?

C’est une excellente nouvelle pour la démocratie sénégalaise et, en outre, un exemple pour toute la région, où la tendance ces derniers temps était plutôt aux coups d’Etat militaires. Sauf pour 

Ousmane Sonko, opposant numéro un et enfant terrible de la classe politique locale, dont le sort judiciaire et l’inéligibilité semblent, sauf coup de théâtre, scellés.

Dans le camp du chef de l’État, reste à savoir qui enfilera le costume de dauphin. Ce qui, malgré un consensus de façade, sera tout sauf une sinécure. Incarner la succession d’un chef aussi omnipotent que Macky Sall, douze années de pouvoir au compteur, est une gageure, a fortiori dans un laps de temps aussi court, personne ne s’étant préparé à prendre la relève. Autre écueil, et non des moindres : il s’agira pour le prétendant d’incarner la continuité et d’assumer l’héritage politique de Macky Sall tout en promettant le changement.

Qui fait figure de successeur potentiel dans le camp présidentiel ?

Quatre prétendants se détachent : Amadou Ba, 

le Premier ministre ; Abdoulaye Daouda Diallo, le président du Conseil économique; Aly Ngouille Ndiaye, le ministre de l’Agriculture, et Mahammed Boun Abdallah Dionne, qui fut chef du gouvernement pendant cinq ans (un record sous Macky).

Quels sont les enjeux de cette élection ? Quel qu’il soit, l’heureux élu au début du mois d’avril 2024 héritera d’une lourde responsabilité. Prendre la suite d’un chef d’État au bilan conséquent (même ses adversaires le reconnaissent), reconnu sur la scène internationale, dont le choix de ne pas solliciter un troisième mandat a considérablement redorer l’image et qui n’aura jamais été battu dans les urnes, s’annonce pour le moins délicat. D’autant que ce futur président aura la charge de diriger un « nouveau » Sénégal, dont le potentiel de développement pourrait être décuplé par les premiers revenus du pétrole et du gaz, dès l’année prochaine. Et donc d’éviter, si cette manne était mal gérée, qu’il soit frappé du syndrome hollandais, le sort hélas réservé à tant d’autres pays producteurs du continent africain. Le choix de Macky Sall a sans nul doute rehaussé le prestige de la démocratie sénégalaise. Par les temps qui courent en Afrique de l’Ouest, où la mode est plutôt aux transitions militaires dirigées par d’obscurs colonels en battle dress, c’est enfin une bonne nouvelle !


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