Le Tchad sera-t-il le prochain allié de la France à tomber en Afrique ?

Devant la base militaire française d’Abéché, une ville poussiéreuse de l’est du Tchad, Mohamed Adam attend ses deux bambins. Ils avaient des taches partout sur le visage, alors il les a emmenés à la base française, dit-il. “Si vous êtes malade, parfois, ils vous aident.”

M. Adam, chauffeur de taxi, est reconnaissant. Mais même lui s’interroge sur le rôle de la France au Tchad. “Nous ne sommes pas totalement indépendants, dit-il. C’est 50 % pour nous, 50 % pour la France.”

Beaucoup d’autres, à Abéché, sont plus hostiles. L’année dernière, des manifestants ont tenté de pénétrer par effraction dans la base et ont arraché le drapeau français pour le remplacer par celui du Tchad.

Le sentiment antifrançais grandit au Sahel, longue bande aride au sud du Sahara, après l’échec des opérations militaires successives menées par la France pour enrayer les violences des groupes djihadistes au Mali, au Niger et au Burkina Faso.

Depuis 2020, les coups d’État s’enchaînent dans la région, au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Partout les putschistes assurent que leurs actions sont indispensables pour rétablir la sécurité, et tous désignent la France comme bouc émissaire pour mieux rallier les populations à leur cause.

“C’est une poudrière, et elle va exploser”

Le quartier général des opérations françaises dans ces pays se trouve aujourd’hui au Tchad, proche allié de la France – et de longue date – dans la région, sur une base militaire permanente dans la capitale, N’Djamena. Ces temps-ci, le retrait des troupes françaises du Niger [qui a commencé en octobre 2023] amène d’imposants convois dans la ville.

Mais beaucoup redoutent maintenant que la France ne soit bientôt invitée à quitter le Tchad aussi. Les derniers sondages montrent que le soutien à la France est en chute libre, tandis que la cote de la Russie monte, constate un responsable occidental.

L’autre crainte est que les tensions politiques, conjuguées aux menaces aux frontières tchadiennes, ne débouchent sur une guerre civile. “C’est une poudrière, et elle va exploser”, lâche Cameron Hudson, du Centre for Strategic and International Studies, un groupe de réflexion de Washington.

Et ce scénario est un vrai cauchemar géopolitique, car le Tchad joue un rôle de pare-feu face à plusieurs conflits dans cette région du monde : guerre civile et génocide au Soudan, violences djihadistes au Sahel, conflits en République centrafricaine (RCA) et en Libye, deux pays où sont déployés les mercenaires russes du Groupe Wagner.

Un coup d’État constitutionnel

Le Tchad est dirigé par Mahamat Idriss Déby depuis avril 2021, quand est mort son père Idriss Déby, tué lors de combats avec des rebelles. Le père avait pris le pouvoir à la faveur d’une insurrection armée en 1990. Il était contraire à la Constitution que son fils lui succède, mais la France n’a pas trouvé à y redire. [Selon la Constitution du 4 mai 2018, en cas de vacance du pouvoir, le président du Sénat devait assurer l’intérim le temps d’élire un nouveau président de la République. Or, au lendemain de la mort de son père, le 20 avril 2021, Mahamat Idriss Déby a pris la tête d’un Conseil militaire de

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