« L’éducation globale » vecteur de l’influence chinoise dans les pays du sud. – Informations et actualité Chine



Les programmes « d’éducation globale » qui portent à la fois l’apprentissage du mandarin, un enseignement technologique directement en prise avec les besoins du développement et des informations sur la gouvernance mondiale sont devenus des vecteurs appuyant la remise en cause de la prévalence de l’anglais et de domination occidentale dans le sud-global.

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Alors qu’en Occident fleurissent les critiques contre les « Instituts Confucius » accusés de se faire l’écho de la propagande de l’appareil communiste chinois, la britannique Pipa Ebel, diplômée d’Oxford et parlant couramment le Mandarin, investie dans plusieurs projets de coopération éducative entre des écoles chinoises et britanniques et dans la création de réseaux de promotion du marché chinois, a étudié la vaste influence des coopérations chinoises dans le secteur de l’éducation le long des Nouvelles routes de la soie.

Elle note qu’au moment même où en Occident les autorités tournent le dos aux Instituts Confucius, ces derniers se développent toujours le long des Nouvelles routes de la soie, essentiellement en Asie du Sud-est et en Afrique [1]. Les initiatives chinoises, concrètes, systématiques et déterminées s’inscrivent dans la durée des intentions stratégiques chinoises de subjuguer l’influence occidentale dans le « Sud-global. »

Elles comprennent des partenariats entre établissements d’éducation, l’octroi de bourses d’études, la formation d’enseignants et même la construction d’écoles.

Alors qu’après celles du « développement  » et la « sécurité », se dessine une nouvelle « Initiative Globale  », cette fois elle se déploie dans le domaine éducatif en direction du « Sud Global » courtisé par les stratèges chinois et russes, au moment où Pékin a déjà mis les bouchées doubles pour atténuer l’impact des critiques contre ses « Nouvelles routes de la soie ».

Fin 2021 QC faisait le bilan des corrections de trajectoire des « Nouvelles routes de la soie », en Afrique. Rédigé en plein confinement Covid-19, l’analyse ne manquait pas d’évoquer les problèmes sous-jacents passés sous silence par les effusions positives de la propagande. Lire : Huitième sommet Chine-Afrique. Vaccins et promesses d’une communauté de destin. Au-delà du rêve, les réalités.

Il reste que la prise de conscience est là et les rectifications aussi. Elles modifient l’image de la Chine en instillant celle d’une puissance proche des pays en développement. Conformément au discours de l’appareil elles placent désormais « l’intérêt porté aux hommes  » au centre de l’action de Pékin.

Après les premiers déboires d’un engagement univoque dans l’infrastructure (routes, voies ferrées, ponts et centrales électriques) centré sur des projets dévolus sans appels d’offres aux seuls groupes de construction chinois venus sur place avec leur propre main d’œuvre, créant au passage des déséquilibres budgétaires dans les finances des pays cibles, l’ajustement des « Nouvelles routes de la Soie » est déjà en cours en Afrique depuis 2018.

On y distingue notamment de nombreux projets de formation technique et professionnelle, y compris au niveau de la qualification d’ingénieurs, ainsi que des aides à la création d’entreprises industrielles ou commerciales.

En dépit d’un bilan de la relation Chine Afrique encore marqué par la prévalence des importations de matières premières et les engagements de la Chine dans le secteur de l’énergie [2], l’image des actions chinoises dans les pays du sud-global a changé. Pipa Ebel cite de nombreux exemples de coopérations éducatives lancées par des universités chinoises.

Massivement soutenues par des fonds publics, favorisant l’apprentissage du Mandarin, elles offrent des bourses d’études aux avantages pratiques très supérieurs à celles des institutions occidentales.

L’étude cite Farrukh Evin universitaire pakistanais, ingénieur chimiste à qui l’Institut des Nouvelles routes de la soie de l’Académie des Sciences sociales de Tianjin a offert une bourse d’une valeur de 500 000 yuans (71 000 dollars) sans commune mesure avec les offres de son gouvernement, pour obtenir un doctorat et financer des recherches en biotechnologie sur le recyclage des ordures.

Il n’est pas le seul. Des instituts de recherche similaires ont été créés dans de nombreuses universités chinoises de premier plan, notamment Beida et Qinghua à Pékin, et Fudan à Shanghai.

La seule académie des sciences à Pékin a investi 1,8 milliard de yuans (268 millions de dollars) dans des projets scientifiques et technologiques qui essaiment dans les pays cibles des « Nouvelles Routes de la soie », diffusant le mandarin, créant des connexions académiques et des liens personnels en Afrique, en Amérique latine, en Asie Centrale et du Sud-est dans des domaines comme l’astronomie, l’écologie, l’environnement, la pharmacologie, l’espace, et la biodiversité.

L’irrésistible attractivité chinoise dans le « sud-global ».



Publiée en 2019 par The Economist la photo montre des étudiants des pays du sud à Pékin. La majorité d’entre eux viennent des pays jalonnant les Nouvelles routes de la soie. En 2017, ils fréquentaient 935 établissements d’enseignement supérieur avec de très généreuses bourses offertes par le gouvernement chinois. Les cours dispensés enseignent le mandarin et offrent le choix d’un grand nombre de programmes d’enseignement technique jusqu’au niveau d’ingénieur.

En parallèle certains programmes donnent des aperçus sur la « gouvernance globale » dont l’arrière-plan vise à contester la prévalence occidentale dans les affaires du monde.

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On estime qu’avant l’épidémie de Covid-19, plus d’un demi-million d’étudiants étrangers étaient accueillis en Chine. En 2017, ils fréquentaient 935 établissements d’enseignement supérieur

Pour attirer autant de postulants possible, le gouvernement chinois alloue plus de 10 000 bourses à des postulants intéressés à poursuivre des études en Chine par le biais du programme de bourses des Nouvelles routes de la soie représentant 60% des bourses accordées par la Chine.

Au point qu’aujourd’hui, en Asie, la Chine est considérée comme la destination la plus populaire et la plus attractive pour les étudiants internationaux. La plupart d’entre eux viennent de Corée du Sud, de Thaïlande, du Pakistan, des États-Unis, de Russie et du Japon.

Une fois l’actuelle génération d’étudiants en Chine et dans les pays partenaires arrivée aux affaires, il est évident que les réseaux ainsi créés auront la capacité de faciliter la stratégie extérieure de Pékin. Cette réalité est déjà évidente dans certains pays d’Afrique, où un nombre croissant d’élites politiques sont sous l’influence directe du système éducatif chinois.

La situation contraste fortement avec celle des élites et dirigeants occidentaux dont l’expertise chinoise est plus limitée et dont l’engagement personnel en Chine déjà variable, est aujourd’hui remis en question par les tensions stratégiques avec l’Occident.

En Europe, depuis les années 1990, le nombre d’étudiants qui s’engagent dans des études chinoises a stagné. Compte tenu des défiances réciproques croissantes, il est peu probable que la situation change dans un avenir prévisible.

En même temps, l’investissement de Pékin dans l’éducation internationale s’inscrit dans une vision à long terme visant à approfondir son influence à l’étranger et à consolider les liens avec les pays du « sud global  » dont, en mars 2022, seize pays d’Afrique, douze pays d’Asie et du Moyen Orient et quatre pays d’Amérique latine n’avaient pas voté la condamnation de l’agression russe contre l’Ukraine [3].

Les projets portés par une large diffusion de mandarin, s’inscrivent directement dans la stratégie révisionniste de contestation de la prévalence de l’influence de Washington et de ses alliés occidentaux dont les coopérations académiques quand elles existent s’appuient en majorité sur l’anglais.

Note(s) :

[1] Alors qu’ils sont sur la sellette en Occident, les Instituts Confucius ont proliféré en Afrique et en Asie du sud-est. A ce jour il y en a 61 en Afrique établis entre 2005 et 2018. En avril dernier, Pékin en a ouvert un tout nouveau à Djibouti au sein d’une établissement scolaire en partenariat avec une « École normale » du Sichuan.

Dans cet ancien point d’appui français récemment militarisé en base navale par Pékin, 250 africains apprennent le Mandarin avec neuf professeurs dont 5 sont chinois (lire sur Djibouti : L’armée populaire de libération à Djibouti : une évolution notable des stratégies chinoises)

[2] Selon les données publiées par l’Administration générale des douanes chinoises en 2022, le commerce entre la Chine et les pays africains (282 milliards de dollars – 260 milliards d’euros) a augmenté de 11% par rapport à 2021, en partie grâce à la hausse des prix des matières premières.

Alors que la plupart des exportations de la Chine vers l’Afrique sont des produits finis (textiles et vêtements, machines, électronique, etc.), les exportations africaines vers la Chine sont à plus de 60% dominées par des matières premières (pétrole brut, le cuivre, le cobalt et le minerai de fer).

Il en résulte un déséquilibre commercial en faveur de la Chine de plus de 40 Mds de $ qu’au forum Chine – Afrique de Dakar de novembre 2021 Pékin a annoncé vouloir corriger en supprimant les droits de douane pour les pays les moins avancés (Bénin, Burkina Faso, Guinée-Bissau, Lesotho, Malawi, Ouganda, São Tomé et Príncipe, Tanzanie et Zambie.)

[3] L’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, l’Iran, le Bengladesh, le Pakistan et 29 autres.


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