Pratiquer une activité sportive pour le plaisir ou pour passer du temps avec leurs amis : le large consensus entre des milliers de jeunes de sept zones géographiques du monde est frappant. L’étude du think tank international Skema Publika, intitulée Le sport de demain, besoins et idées des jeunesses internationales à usage des décideurs porte sur 7,6 millions de tweets se rapportant au sport, émis par plus de 670 000 individus âgés de 18 à 24 ans sur sept espaces géographiques (Afrique du Sud, Brésil, Chine, États-Unis, France, Afrique francophone et Afrique anglophone), analysés entre octobre 2021 et janvier 2023, et sur des entretiens qualitatifs avec 95 étudiants de 18 nationalités issus de deux écoles.
Les jeunes interrogés mentionnent leur pratique comme étant un loisir, une passion, une source de plaisir et de grande motivation. Ils décrivent le sport comme un jeu et/ou un amusement avant tout. L’émotion et le divertissement semblent ainsi des facteurs essentiels de la pratique sportive. Un étudiant résume dans sa définition du sport la distinction entre « faire de l’exercice » – associé à la contrainte – et « faire du sport » – associé à la joie. Environ 40 % des tweets les plus engageants de chaque pays ou zone évoquent le bénéfice personnel du sport pour leur santé surtout mentale. Ils nous parlent également de ce que le sport leur a apporté en termes de confiance en eux-mêmes. La création de liens amicaux, le besoin de se mesurer aux autres et le plaisir de jouer constituent ainsi des motivations récurrentes des étudiants interrogés.
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Non-sportif par faute de temps ou de moyen ?
Le sport est cité comme créateur d’amitiés durables et vecteur de socialisation. Le collectif est une part essentielle de l’activité sportive. Evidemment mentionné dans les sports d’équipe, il l’est aussi par les pratiquants de sports individuels, qui ne s’entraînent, ne jouent ou ne combattent jamais seuls. Équipiers et adversaires font partie intégrante de l’expérience sportive, y compris dans son aspect compétitif. Source de découragement ou d’échec pour certains, il est une source de motivation pour d’autres : se mesurer à l’autre permet de mieux apprécier son niveau et sa valeur, mais aussi d’apprendre l’échec et la remise en question. Plus généralement, les étudiants rencontrés reconnaissent au sport des vertus éducatives complémentaires aux compétences acquises dans le milieu scolaire et transférables au milieu professionnel.
La petite moitié des jeunes que nous avons sondés en entretien ne fait pas naturellement du sport. Pourtant, lors des entretiens comme sur Twitter, l’aversion au sport reste un sentiment minoritaire et les non-sportifs disent l’être surtout par manque de temps, d’argent ou d’accompagnement. À la question, « Qu’est-ce qui pourrait éventuellement vous amener à faire du sport un jour ? », 29 % des répondants demandent une meilleure accessibilité et jugent les prix, les transports et le manque de temps comme des facteurs limitants à leur pratique. Seulement 7 % estiment que rien ne pourrait les y amener. Concrètement, si la famille apparaît souvent comme le premier soutien, la nécessité de développer des infrastructures sportives de proximité d’un coût abordable et de faciliter l’exercice du sport à l’école se dégage de façon récurrente, pour permettre une pratique facilitée pour tous, plus libre, plus spontanée et pourquoi pas auto-organisée.
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Du personnel au politique
L’accent mis sur l’expérience personnelle n’empêche pas ces jeunes de juger la portée politique du sport. A la question « le sport est-il en lui-même porteur ou instigateur de valeurs ? Ou bien les sociétés le choisissent-elles comme véhicule pour la promotion de valeurs et vertus qui leur sont chères ? », la réponse est que le sport est porteur de valeurs universelles et que les personnalités sportives jouent un rôle de modèle et d’inspiration auprès de tous. Ces demandes font porter une responsabilité importante sur les acteurs du système sportif. Quant à l’Olympisme, le terme n’est presque pas mentionné. Peut-être trop spécifique, il ne semble pas faire partie du vocabulaire des 18-24 ans, et cela même si ses valeurs semblent reconnues comme celles du sport. Enfin, même si l’identification nationale est présente, nos jeunes paraissent conscients des influences possibles et des stratégies des Etats pour instrumentaliser le sport.
Les conclusions de l’étude sont nombreuses et demandent d’autres travaux pour leur donner un caractère définitif. Cependant, l’importance accordée par les jeunes au plaisir et au développement personnel dans la pratique du sport apparait d’ores et déjà comme un angle mort à traiter par les politiques publiques. Les leviers d’action sont nombreux : augmenter les infrastructures sportives de proximité faciles et accessibles tout en accompagnant la pratique, insister sur les bienfaits en termes de santé et sur un environnement de jeu qui accepte tous les corps, et pourquoi pas susciter l’envie en valorisant le plaisir que peut procurer le sport ? Au final, une évidente maturité de jugement et des appels non équivoques.
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