L’enchantement Molière, le spectacle musical – RFI Musique





A la fois comédie, drame et romance, le spectacle, « Molière, le spectacle musical » est à l’affiche au Palais des sports de Paris.

© NathalieRobin

Fort d’un magnifique esprit de troupe, d’individualités exemplaires et d’un rythme frénétique, le nouveau spectacle de Dove Attia actuellement au Palais des Sports redonne de vives couleurs à la comédie musicale hexagonale. Une emballante surprise.

Dove Attia. Le nom s’impose presque comme une marque commerciale de la comédie musicale à la française. Cet homme-là, juré d’origine de Nouvelle Star, a offert un premier spot retentissant à Yael Naim, Christophe Maé et Emmanuel Moire. Pour elle, Les Dix Commandements. Pour les garçons, Le Roi Soleil. Deux des triomphes populaires – Mozart, l’opéra rock complétant le podium – de ce producteur élastique, capable aussi bien d’écrire le livret de ses spectacles que de contribuer à l’élaboration de musiques et textes.  Sept ans d’absence depuis une Légende du roi Arthur accueillie de façon plus timorée, au point de s’imaginer que le sexagénaire avait fini par raccrocher les crampons. Faux départ donc pour revenir brillamment aux affaires. Parce que ce Molière, le spectacle musical, initialement appelé l’opéra urbain, fait preuve d’une inventivité formelle tourbillonnante qui reste toujours au service du récit. Tout est vivant, malin, pédagogique, jubilatoire, expressif. Et suscite une insoupçonnable adhésion immédiate.

Du slam au service de la folle destinée de Jean-Baptiste Poquelin

Ce qui frappe, c’est sa manière de récupérer une autre grammaire gymnique, dans le sillage notamment de la comédie musicale phénomène Hamilton. La formule ronronnante chansons-dialogues, inhérente au genre et souvent révélatrice d’un jeu d’acteur aléatoire doublée de baisses de rythme, vole ainsi en éclats pour bifurquer vers des parties narratives slamées. Ça file sans temps-mort et sans ennui. Un tour de force. Le spectacle, déjà joué une première fois dans l’après-midi au moment où les spectateurs prennent place dans la salle, s’ouvre sur un dilemme auquel son héros est confronté : hériter, par son père, de la charge de tapissier du roi ou suivre par passion amoureuse la comédienne Madeleine Béjart. Ne pas s’attendre à une biographie exhaustive, et encore moins à l’exégèse de ses œuvres (des clins d’œil sont parcimonieusement distillés dans le texte). Prime ici la folle destinée de Jean-Baptiste Poquelin (1622-1673) traversée d’errances, de galères, d’un emprisonnement, de recherche d’un protecteur pour sa troupe, d’idylles scandaleuses, de gloire, de chute et de retour en grâce.

L’artiste québécois PETiTom dans le rôle de Molière

Que faut-il saluer en premier ? La fluidité et l’ingéniosité de la mise en scène de Ladislas Chollat (Résiste, Olivier Twist…) ? Les décors flamboyants, dont une imposante structure en bois et des passerelles mouvantes, d’Emmanuelle Favre ? Les costumes élégants de Jean-Daniel Vuillermoz ? La dextérité et l’attraction des chorégraphies de Romain R.B ? La densité d’une écriture inspirée de la poésie orale et qui inclut verlan ou anachronisme délicieux (« Ce sont des féministes, elles ont quatre siècles d’avance ») ? Les morceaux pop d’une efficacité entêtante (Rêver, j’en ai l’habitude, en tête). La diversité de profils d’un casting réussi et qui a beaucoup pioché dans le vivier de The Voice ? S’y démarque encore davantage Ali Bernadoth, lauréat de l’émission il y a quatre ans et sublime Prince de Conti (l’homme qui va tout faire pour torpiller l’ascension de Molière). Du charisme, des nuances dans l’interprétation et deux solos impeccablement exécutés (Regardez-moi, C’est la vie qui m’a fait). Difficile aussi de résister à la sensualité féline de Shaïna Pronzola dans le rôle de la Marquise. Ou au talent multifacette du québécois PETiTom (il est également circassien), qui campe un Molière franchement convaincant. Rarement une comédie musicale française aura aussi habilement célébré le mariage heureux de l’Histoire et de la modernité au profit du divertissement.

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