« L’équation est insoluble », dans les Landes, une boulangerie attend toujours son salarié, bloqué en Guinée

Anne-Cécile Barbier a lâché l’affaire dans laquelle elle avait mis toutes ses « tripes » il y a peu. Sa boulangerie de Cauneille a été cédée à quelqu’un qui partage « ses valeurs ». Elle compte aujourd’hui une quinzaine d’employés, dont un « fantôme », bloqué en Guinée depuis le début de l’hiver dernier, « plus présent que les autres par son absence ». L’équipe compense. Bella Elhadj Barry attend.

Anne-Cécile Barbier a lâché l’affaire dans laquelle elle avait mis toutes ses « tripes » il y a peu. Sa boulangerie de Cauneille a été cédée à quelqu’un qui partage « ses valeurs ». Elle compte aujourd’hui une quinzaine d’employés, dont un « fantôme », bloqué en Guinée depuis le début de l’hiver dernier, « plus présent que les autres par son absence ». L’équipe compense. Bella Elhadj Barry attend.

En 2018, ce boulanger de 22 ans quitte Pita, dans la Moyenne Guinée, pour rejoindre illégalement le territoire français et « tenter sa chance ». Son chemin le mènera jusqu’à l’entreprise d’Anne-Cécile, puis, en 2020, l’obtention d’une carte de séjour et la signature d’un contrat à durée indéterminée de 39 heures par semaine.

« Ma boulangerie était bio, tout à la main, avec une pâte très souple, aux antipodes de ce qui se fait en Guinée, mais Barry s’est très vite adapté. Tout en conservant sa débrouillardise africaine, ce qui lui a permis de nous sauver la mise les fois où on avait oublié le sel ou la levure dans la pâte. »


Bella Elhadj Barru en compagnie du MOF Amandio Pimenta.

DR

« Amateur de course à pied », toujours prompt à « aider le Comité des fêtes de Cauneille », le boulanger guinéen a trouvé sa place, fort de « sa droiture, sa foi chevillée au corps et son professionnalisme irréprochable ».  « Des boulangers qui veulent faire des horaires de nuit, ça ne court pas les rues. Il était amené à devenir chef, parce que c’est un super pédagogue avec les apprentis. »

Long comme un jour…

En octobre 2022, Bella part pour trois semaines de repos au pays. Les vacances guinéennes terminées, « au moment de reprendre l’avion, il n’a pas passé la douane ». Les jours passent et la réédition du passeport de Bella, qui arrive à expiration en décembre, est retardée par une pénurie importante de papier en Guinée.

Loin de la préfecture de Mont-de-Marsan, sa carte de séjour expire elle aussi. En mars, la pièce d’identité est fin prête, la demande de visa est faite en avril, mais le 22, sonne les six mois du départ du territoire français. « Il a fallu tout refaire, décrit Anne-Cécile Barbier. On a appris en juin qu’il fallait remplir un nouveau Cerfa – la couleur, on ne l’avait pas celle-là – d’introduction de main-d’œuvre étrangère. Je sais bien qu’il ne faut pas s’arrêter aux termes administratifs, mais Bella, qui est contribuable français parce qu’il paie des impôts, qui est inséré, aujourd’hui, c’est de la vulgaire main-d’œuvre étrangère. »

Sur le même sujet

Immigration : Macron entrouvre la porte à un référendum

Immigration : Macron entrouvre la porte à un référendum

Dans une lettre aux chefs de partis, Emmanuel Macron s’engage à leur faire une proposition sur le référendum. À le lire, il semble prêt à toucher à la Constitution pour interroger les Français sur davantage de sujets, dont l’immigration

Le 1er septembre, le consulat de France à Conakry a signifié à Bella Elhadj Barry que sa demande de visa « salarié » avait été refusée. En cause, la non-validité de sa carte de séjour française. Celle-ci, pour être renouvelée, requiert la présence physique de l’intéressé lors des démarches à la préfecture des Landes.

Un nœud administratif, « gordien même », rit jaune Anne-Cécile Barbier.  « L’équation est insoluble, déplore-t-elle. On est dans la lettre de la loi, tant mieux, mais où est l’esprit ? Je ne suis pas dans une action militante, je veux juste faire revenir mon ami. »

Dans sa quête, l’ancienne boulangère sollicite l’aide parlementaire. « Le député Boris Vallaud doit me recevoir le 29 septembre, et Lionel Causse a répondu à ma prise de contact mercredi 6 septembre. Il va essayer d’appuyer le dossier. » Contactée, la préfecture des Landes communique, textuellement, qu’à ce stade « M. Barry peut former un recours gracieux auprès du consul de France à Conakry, ou déposer un recours contre la décision négative de nos autorités consulaires, devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France, dans le délai de trente jours à compter de la notification du refus de visa. »

Crédit: Lien source

Les commentaires sont fermés.