Les Argentins aux urnes pour sélectionner les futurs candidats à la présidentielle

Les bureaux de vote, qui ont ouvert à 08 h 00 locales, accueilleront les Argentins jusqu’à 18 h 00, et les premiers résultats devraient être connus après 01 h 00 GMT. Qui veut vraiment diriger l’Argentine, troisième économie d’Amérique latine au spectaculaire potentiel agricole et de matières premières, mais malade longue durée du continent ? Enferrée dans une inflation à deux chiffres depuis 12 ans, (115 % sur an), un endettement massif auprès du FMI, une pauvreté à 40 %.

Vingt-deux tickets « président vice-président » se disputent cette charge. Il n’en restera qu’une demi-douzaine dimanche soir en vue du 22 octobre, dont deux blocs dominants, d’où devrait émerger le prochain président. Le sortant, Alberto Fernandez, très impopulaire, ne se représente pas.

Dans le camp gouvernemental (centre-gauche), Sergio Massa, ministre de l’Économie de 51 ans, est assuré d’emporter la primaire, malgré une candidature mineure sur sa gauche. Le centriste Massa a réussi à rallier le camp péroniste et à garder l’oreille du FMI. Cependant, le fait de gérer, depuis un an, une économie en soins intensifs joue contre lui.

Primaire serrée à droite

Dans l’opposition de droite, une vraie primaire, serrée, oppose le maire de Buenos Aires depuis 2015, Horacio Larreta, 57 ans, qui se dépeint en modéré et adepte de la concertation, à une ex-ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, 67 ans, qui promet des méthodes « choc », tant en économie qu’en sécurité. « C’est la grande inconnue, qui sera choisi entre Horacio Larreta et Patricia Bullrich. Cette élection-là est très ouverte, et ce résultat définira le nouveau paysage électoral », estime le politologue indépendant Carlos Fara.

Un intérêt majeur des PASO (Primaires ouvertes, simultanées et obligatoires) est de donner une tendance, un baromètre de l’état des forces, augurant parfois de l’élection présidentielle. C’était le cas en 2019, lorsque le score aux primaires d’Alberto Fernandez – seul pré-candidat du camp péroniste – avait préfiguré sa victoire à la présidentielle sur Mauricio Macri. Mais l’aspect « sondage grandeur nature » ne joue qu’en cas d’écart important, beaucoup de choses pouvant encore se passer en deux mois de campagne.

Mais d’ores et déjà, les PASO 2023 marquent une rupture, avec l’absence de deux figures dominantes de la vie politique argentine des dernières années : la péroniste Cristina Kirchner, 70 ans, ex-cheffe de l’État (2007-2015), et Mauricio Macri, 64 ans, le président libéral qui lui avait succédé en 2015, avant d’être défait par Alberto Fernandez en 2019.

Polarisation politique

Le retrait de ces deux grands rivaux, personnalités antagoniques, clivantes, pourrait-il annoncer un répit dans la polarisation aiguë de la politique argentine ? À moins qu’il ne signale une désillusion générale, après deux présidences très contrastées, l’une libérale, l’autre interventionniste, qui ont toutes deux amèrement déçu.

« Je veux un gouvernement qui redresse l’économie, mais je sais que ça prendra du temps, on a beaucoup de dettes, et qu’il ne sera pas facile de récupérer ce qui s’est perdu sous les autres. Je veux aussi un gouvernement qui écoute les jeunes ! », lançait à deux jours du scrutin Agustina Rossi, étudiante à Buenos Aires qui, à 16 ans, votera pour la première fois.

« Il y a une désaffection croissante de l’électorat, dans un pays qui avait des identités politiques marquées », diagnostique Juan Negri, politologue de l’Université Torcuato di Tella. Et des analystes prédisent une forte abstention, supérieure à 25 %, malgré le caractère obligatoire du vote.

À moins que ce désenchantement ne profite au « troisième homme », l’économiste ultralibéral-libertaire Javier Milei, au discours enflammé contre la « caste » politique, qui avait fait sensation aux législatives en 2021, son parti devenant 3e force sur Buenos Aires (17,3 %). Mais qui pourrait peiner à reproduire cet impact à l’échelle du pays.

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