« Les critiques font partie du job ». Le gardien de l’AS Monaco Philipp Köhn se dévoile

Arrivé cet été en provenance de Salzbourg, avec qui il a découvert l’exigence de la Ligue des Champions, Philipp Köhn fait petit à petit sa place à Monaco, un club qui doit lui permettre de passer un nouveau cap dans une carrière construite patiemment et au gré de choix forts.

Rencontré à La Turbie, le gardien international suisse de 25 ans, né en Allemagne, a pris le temps de se confier sur sa saison, sa vision du poste et le parcours qui l’a mené jusqu’au Rocher, sans oublier cette faute de main à Clermont, dont il s’est relevé avec beaucoup de caractère.

Philipp, qu’avez-vous fait pendant la trêve?

Je me suis reposé. J’ai passé quelques jours en Allemagne où j’ai célébré samedi l’anniversaire de ma copine. J’ai pu passer du temps avec mes proches. J’ai bien sûr couru pour rester en forme. Je suis prêt pour ce week-end.

Votre bon match à Reims vous a-t-il rassuré?

C’est toujours sympa de vivre un tel match mais le plus important était surtout de l’emporter. Je donne toujours le meilleur de moi-même sur le terrain et parfois tu as un brin de chance. Je suis heureux de ma performance mais je vais continuer à travailler.

L’arrêt de la main gauche face à Nakamura a marqué les esprits.

C’était un face-à-face et c’est l’une de mes forces. J’aime ces situations, j’ai essayé de prendre le plus de place possible dans le but. C’est un bel arrêt. Il y avait 0-0, c’était très important. Pour l’instant, c’est mon plus beau avec Monaco (sourire). J’espère qu’il y en aura encore plein.

Comment expliquez-vous le bon début de saison de l’ASM, en dépit des blessures?

On travaille vraiment bien sur le plan collectif. Ce n’était pas facile. Les recrues sont arrivées tardivement. J’ai été le premier à signer et le coach débarquait aussi. On a eu besoin d’un peu de temps mais la préparation s’est bien passée et on a très bien démarré la saison. On a eu des blessures mais les gars qui jouaient peu ont pris la relève. Je pense à Izo (Jakobs) ou Kevin (Volland, avant son transfert). Il y a une très bonne alchimie dans le groupe. Quand vous êtes en haut du classement, il faut être confiants parce qu’on a mérité d’être là et on veut y rester pour un long moment. Mais il ne faut pas trop de confiance, sinon vous devenez arrogants et ce n’est pas bon.

Que saviez-vous de Monaco avant de signer?

J’avais suivi le club en Ligue des champions. Son histoire est couronnée de succès. J’ai été en contact avec Diego Benaglio qui a joué ici (2017-2020). Il m’a parlé de son expérience ici, qu’il en était très heureux. Il m’a dit que c’était un très bel endroit pour vivre et travailler. C’est marrant mais quand je jouais à Leipzig, le club avait affronté Monaco en C1 (en 2017-2018). Je n’imaginais pas que je rejoindrais un jour l’ASM. Cela me rend encore plus heureux.

Nouvelle culture, nouveau championnat et nouveau pays. Comment gérez-vous tous ces changements?

Ça n’a pas été facile. On a commencé avec un stage en Angleterre et je n’ai pas eu le temps de m’installer. Puis on est rentrés et j’ai retrouvé ma famille. Et dès que vos proches sont autour de vous, cela devient plus simple. Au bout de quelques semaines, je me suis senti plus à l’aise. Maintenant, j’ai mon cocon avec ma copine et notre chien. J’ai été bien accueilli et je suis heureux de faire partie de cette équipe. Quand ma signature a été officialisée, Breel (Embolo) m’a envoyé directement un message pour me dire qu’il était là si j’avais besoin de quelque chose. C’est sympa.

Quand avez-vous su que vous vouliez devenir gardien?

J’étais très jeune. J’ai commencé le football à six ou sept ans. On n’avait pas de poste défini, même si j’étais plus attaquant ou milieu que défenseur. Un jour, mon entraîneur cherchait un gardien pour dépanner. J’ai essayé, j’ai adoré et je n’ai plus jamais changé.

Qu’est ce qui vous a tant plu à ce poste?

C’est difficile à dire. J’ai tout de suite eu un bon feeling. C’est une belle sensation de faire un arrêt. C’était un peu moins amusant pour ma mère qui devait nettoyer mes habits pleins de terre (rires). Mais quand je joue avec mes amis pendant les vacances, je ne vais jamais aux cages. Je préfère être attaquant. J’adore marquer des buts.

« Neuer a révolutionné le poste »

Beaucoup de gardiens admettent qu’il faut être un peu fou pour jouer à ce poste. Qu’en pensez-vous?

Fou, non. Spécial, sans doute. Bon, Oliver Kahn était un peu fou, c’est vrai (rires) et il faisait des choses incroyables. Mais chaque gardien est différent. Manuel Neuer a un jeu atypique mais dans la vie, c’est quelqu’un de très normal. C’est un peu la même chose pour moi. Je suis un gars simple qui veut juste avoir du succès dans son travail.

Quel serait votre portrait-robot du meilleur gardien du monde?

Pour la lecture du jeu, Manuel Neuer évidemment. Pour les arrêts, Jan Oblak. Pour le jeu au pied, je prendrais Ter Stegen. Je n’ai pas vraiment de modèle mais je regarde beaucoup de matchs à la télé et notamment ce que font les gardiens. Je prends ici et là ce qui pourrait me servir pour mon jeu.

Quand vous étiez petit, aviez-vous quand même des gardiens qui vous inspiraient?

J’ai bien sûr admiré Oliver Kahn et Jens Lehmann. Et puis Manuel Neuer est arrivé, et il a révolutionné le poste. Si je dois en citer un qui a été important pour moi, c’est lui.

Comment décririez-vous votre style?

Je pense être un gardien moderne. De plus en plus et ici en particulier, vous devez être bon au pied, évoluer haut sur le terrain tout en étant toujours prêt à faire l’arrêt qu’il faut, savoir lire le jeu et anticiper. Je pense avoir ces qualités.

Quel est selon vous le plus bel arrêt de votre carrière?

(Il hésite). C’est difficile de n’en choisir qu’un parce que cela dépend surtout du contexte du match. Il est toujours plus beau quand le scénario est indécis. J’avais fait quelques arrêts en Ligue des Champions contre Chelsea mais à la fin, on avait perdu (2-1). Je pense à un match contre l’AS Roma en Ligue Europa la saison dernière. Je sors un arrêt en fin de match qui nous permet de gagner 1-0. Il est difficile à décrire tant mon geste est instinctif. Ce n’est pas quelque chose que tu travailles à l’entraînement. Le ballon vient d’un centre et retombe sur un adversaire qui n’est qu’à 2 mètres de moi. Je m’attends à une frappe puissante qui ne l’est pas finalement, et je parviens depuis ma ligne à la dévier sur la barre. Ce soir-là, j’ai eu droit aux compliments de Mourinho.

Quelle relation entretenez-vous avec l’entraîneur des gardiens Frederic de Boever?

Je ne le connaissais pas mais on a eu un très bon feeling dès notre première rencontre. J’aime beaucoup la manière dont on travaille, même si c’est dur parfois (sourire). Mais on en a besoin. Ça marche très bien pour moi. Je sens que je suis en train de passer un cap, surtout physiquement. On fait des exercices différents de ce que je connaissais.

De quel type?

Je travaille davantage le cardio. C’est bien. On pourrait penser qu’un gardien n’en a pas besoin puisqu’il ne court évidemment pas autant qu’un joueur de champ mais ça aide à rester concentré sur 90 minutes. Contre Reims, j’ai dû faire un arrêt dans le temps additionnel. Il y avait 3-1, et la fin de match aurait pu devenir plus difficile.

Philipp Köhn est très heureux à Monaco. Photo Jean-François Ottonello.

Comment travaillez-vous l’aspect mental et la grande capacité de concentration que requiert votre poste?

On apprend avec les erreurs. Ça a été mon cas lors du premier match contre Clermont (sourire). Heureusement à la fin, on a gagné. Il ne pouvait pas m’arriver pire que de me rater au bout de sept minutes lors de mon premier match dans un nouveau club et un nouveau championnat. C’est aussi une force d’avoir su garder la tête hors de l’eau. J’ai montré à mes coéquipiers qu’ils pouvaient me faire confiance. En tant que gardien, vous devez être capable de vous sortir des pires situations.

Une erreur, ça s’oublie facilement?

Effacer ce qu’il s’est passé est impossible. Mais il faut être capable de se dire que ça arrive, que c’est une seconde d’inattention et qu’il faudra être parfait sur la situation d’après. Il ne faut pas cogiter, penser action après action. Le pire serait de penser que le match est fini et que c’est irrattrapable.

Comment avez-vous vécu les critiques?

Parfois, ce n’est pas une mauvaise chose de ne pas comprendre la langue (rires). C’est normal d’être critiqué quand vous faites une erreur lors de votre tout premier match. ça fait partie du boulot. J’ai reçu des compliments après le match contre Reims. J’ai été mis dans l’équipe type du week-end de L1. Parfois tu es en haut et parfois en bas. Il faut vivre avec.

Parlons de votre parcours.

J’ai commencé à jouer à Dinslaken, mon village d’enfance. Puis j’ai continué à Duisbourg pendant deux ans. J’ai enchaîné à Schalke pendant cinq années, où j’allais à l’école le matin, je m’entraînais et je rentrais dormir chez moi le soir. C’est à 15 ans que j’ai quitté la maison quand j’ai rejoint l’Academy de Stuttgart. ça a été une grande étape pour moi.

Comment l’avez-vous vécu?

En quittant le domicile familial, on trouve une seconde maison, des gars qui ont les mêmes problèmes que toi. Certains sont des amis avec lesquels je suis resté en contact. Bien sûr, la famille te manque mais tu fais d’autres activités. Tu joues au billard, au ping-pong, tu passes du temps au cinéma etc.. Tu dois penser à toi et te débrouiller. Est-ce à Stuttgart que je suis devenu un homme? Non, pour le devenir, il y a un peu plus à faire que quitter sa famille (rire). Même si ça m’a mis sur la bonne voie.

Étiez-vous un bon élève?

Pas toujours (sourire). Je n’étais pas mauvais en anglais. Les maths, par contre, ce n’était pas ma tasse de thé. J’ai bouclé ma scolarité avec l’Abitur (l’équivalent du bac en Allemagne) dans le management du sport. C’était important pour moi d’avoir un diplôme car on ne sait jamais ce qui peut arriver.

Vous avez joué à Duisbourg, Schalke, Stuttgart ou Leipzig avant de passer pro. Pourquoi autant de clubs?

La pire période que j’ai connue, c’était à Leipzig. Le plan était que j’évolue avec la réserve mais ils ont stoppé l’équipe et je n’ai pas joué pendant un an, à part quelques matchs avec les moins de 20 ans de la Suisse. J’ai dû faire des choix en fonction des situations que j’ai rencontrées dans chaque club. Ces décisions m’ont permis de construire ma personnalité en dehors du terrain. Je suis à Monaco désormais. C’était donc le bon chemin.

C’est à Salzbourg que vous vous révélez, mais tout n’a pas été facile.

C’est Ralf Rangnick (alors directeur sportif de Leipzig) qui m’a envoyé là-bas. J’ai dû être patient et attendre ma chance. J’ai joué en réserve, vécu depuis le banc des matchs de Ligue des Champions où j’ai pu m’imprégner de tous les grands joueurs que j’ai vus de près. J’avais besoin de temps de jeu et je suis parti en prêt au FC Wil (D2 suisse). Et puis il y a eu des changements à Salzbourg, où les deux premiers gardiens sont partis. Le coach (Matthias Jaissle) m’a titularisé dès le deuxième match de championnat, j’ai été bon et je n’ai plus quitté l’équipe.

Qu’est ce qui vous a convaincu de partir cet été?

À Salzbourg, c’est toujours difficile. Tu commences la saison avec une équipe et la saison suivante, ton groupe est totalement différent. Pour avoir du succès, il faut construire les choses. J’aurais pu prolonger mon contrat mais ça n’aurait pas été la meilleure décision. Je voulais jouer à un plus haut niveau. Je vis une super expérience à Monaco.

Vous êtes né et avez grandi en Allemagne. Pourquoi avez-vous choisi de jouer pour la Suisse?

J’ai passé toute ma jeunesse en Allemagne mais ma mère est suisse. C’est un pays que j’ai appris à connaître. Dans mon cœur, c’est du 50-50. Je me sens aussi un peu Autrichien parce que j’ai passé cinq années à Salzbourg.

Comment voyez-vous votre avenir dans cinq ans?

C’est difficile à dire car il y a cinq ans, je n’aurais jamais imaginé en être là. Cela va tellement vite dans le foot. Je pense que j’en suis un bon exemple. J’ai commencé ma carrière à Leipzig où j’ai vécu la pire expérience pour un jeune joueur. J’étais très frustré. Aujourd’hui, j’ai un contrat de cinq ans à Monaco et j’en suis très heureux.

Il y a un championnat en particulier que vous appréciez?

À la télé, je regarde surtout des matchs de Bundesliga parce qu’il y a mes anciens clubs et des gars avec lesquels j’ai joué. Mais j’ai été très surpris par la qualité de la L1.

Quel conseil vous a-t-on donné que vous aimeriez transmettre?

Je dirais qu’il faut rester serein et concentré même quand les choses ne tournent pas en votre faveur, surtout pour les gardiens qui doivent être encore un peu plus patients que les autres. Pour atteindre le succès, il faut un peu de talent mais il faut surtout travailler dur. Et si ça ne marche pas dans un club, il faut parfois avoir le courage de changer.

Philipp Köhn a découvert la Ligue des Champions avec Salzbourg. Photo Jean-François Ottonello.

Regardez-vous du sport à la télé?

J’adore. Je regarde du foot mais pas seulement. Avant je trouvais le golf profondément ennuyeux mais j’y ai pris goût depuis que j’ai commencé à jouer lors du Mondial au Qatar. Ca m’arrive aussi de regarder du football américain, du basket et bien sûr la F1. Chez moi, j’ai les chaussures de Sebastian Vettel. J’attends avec impatience le Grand Prix de Monaco, moins les embouteillages que ça va créer (rires).

Vous avez rencontré Charles Leclerc?

Non, mais Nico Hülkenberg avec qui j’ai célébré l’anniversaire de Kevin (Volland). C’est un super mec.

Qui est le GOAT pour vous dans n’importe quel autre sport que le football?

Au golf, Tiger Woods évidemment. Au tennis, Roger Federer. En Formule 1, Sebastian Vettel. Au basket, Stephen Curry.

À quoi ressemble votre vie ici?

Je passe du temps avec mon chien Sam (un golden retriever), avec ma copine quand elle est ici. J’aime me promener le long du port de Monaco, admirer les yachts. Je joue un peu au golf. C’est différent de l’Autriche ici. Vous pouvez jouer toute l’année. Il n’y a pas de neige (rires). Il m’est arrivé de louer un bateau. J’aimerais un jour passer mon permis mais je dois attendre ma carte de résident.

Votre chien semble très important pour vous.

Ce matin, quelqu’un l’a gardé pendant que j’étais au travail et va le ramener chez moi. Je sais déjà qu’il va célébrer mon retour comme si on ne s’était pas vu depuis une semaine (sourire). Je vis tout seul et il me tient compagnie. Je ne suis pas quelqu’un qui sort énormément, j’aime être à la maison. C’est un ami qui ne parle pas mais écoute beaucoup (sourire). Il aime nager, et par n’importe quel temps, donc on est souvent au bord de la mer. On se fait de belles balades. Quand j’étais enfant, ma grand-mère avait un chien. J’ai toujours rêvé d’en avoir un à moi. Ça n’a pas toujours été de tout repos (rires) mais maintenant ça va mieux.

Avez-vous un rituel particulier avant les matchs?

J’ai une routine d’échauffement mais je ne suis pas du genre à lacer toujours ma chaussure gauche avant la droite par superstition. Rafael Nadal est impressionnant de ce côté-là. (Il l’imite avant un service). Ce serait fou pour moi d’être comme ça. Je connais des gardiens qui ne prêtent jamais leurs gants. Moi, ça ne me dérange pas.

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