Monaco au cœur d’un scandale. Depuis deux ans maintenant, la principauté, habituellement connue pour sa tranquillité et sécurité, est dans la tourmente. En cause ? Des proches amis du prince Albert, ainsi que plusieurs personnalités des hautes sphères du Rocher. Entre piratage, soupçons de trafic d’influence, opérations immobilières ou encore divulgation de documents confidentiels, Monaco est au cœur d’une affaire politico-financière, surnommée « Les Dossiers du Rocher ».
Pour comprendre l’affaire, il faut remonter à l’automne 2021. En cette journée du 29 octobre, les Monégasques et Niçois reçoivent un étrange mail, d’un correspondant anonyme. « La corruption à Monaco enfin exposée », indique l’objet du message. À l’intérieur de ce courrier électronique se trouve un lien avec un site internet et un texte : « Nous savons qu’un petit club s’est construit depuis une dizaine d’années dans notre petit État, avec pour simple but de manipuler et influencer les institutions dans leurs propres intérêts », pouvait-on lire. Ce site internet, c’est « Les dossiers du Rocher », crée anonymement et hébergé par une société écran. À l’intérieur, on y trouve de nombreux documents authentifiés privés et des échanges de mails entre les proches collaborateurs du prince Albert, par la suite surnommé le « G4 » : Didier Linotte, président du Tribunal Suprême, Claude Palmero, comptable et administrateurs des biens du prince, Laurent Anselmi, chef du cabinet du prince, et Thierry Lacoste, avocat et proche d’Albert de Monaco. Tous sont accusés d’avoir détourné des milliards d’euros des fond publics.
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Des moyens colossaux
Ce n’est pas tout. Plusieurs autres sites internet vont ensuite être créés et de multiples SMS seront envoyés aux habitants de la Côte d’Azur. Des comptes Twitter, Facebook, YouTube et Instagram vont également voir le jour afin d’augmenter au maximum la visibilité de ces documents. Une campagne gigantesque qui est estimée entre cinq à dix millions d’euros. Ces sites et réseaux sociaux dévoilent des projets immobiliers, des échanges de mails, des relevés de comptes et des factures. Plusieurs vidéos seront également postées. La source anonyme accuse les quatre hommes d’escroquerie, de manipulateurs et d’être corrompus. Le corbeau à l’origine de cette initiative décrit alors le prince comme « un pion accordant une confiance aveugle en ses proches ».
Sur le Rocher c’est l’agitation. Qui se cache derrière cette débâcle ? Rapidement, la police monégasque s’empare de l’affaire. Aucun doute pour eux, il s’agit d’un professionnel qui possède de lourds moyens. Cependant, le corbeau se présente comme un journaliste, souhaitant mettre en lumière les activités illicites des hauts placés à Monaco. Mais la réponse du prince Albert et du « G4 » ne se fait pas tarder. Ils portent plainte pour diffamation et accusent le site internet de divulguer de fausses informations. Selon eux, cette campagne a pour but d’assombrir l’image du prince afin d’éviter un remaniement gouvernemental qui était prévu pour novembre 2021. Le site « Les Dossiers du Rocher » est désactivé et en réponse à ce « lanceur d’alerte », deux journalistes, Lucie Tollon et Frédérique Amaoua créent « Les vrais dossiers du Rocher », dans lequel elles relatent les faits et dénoncent une campagne mensongère et « des attaques calomnieuses et infondées ».
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Les médias s’emparent de l’affaire
Mais la source anonyme n’a pas dit son dernier mot. Afin de donner une dimension internationale à cette affaire, elle n’hésite pas à inonder la boîte mails des journalistes afin qu’ils s’emparent de l’affaire. Mais les reporters ne mordent pas à l’hameçon alors le corbeau passe à la vitesse supérieure. Deux journalistes travaillant pour « Le Monde », Gérard Davet et Fabrice Lhomme retrouvent un sac à dos, sous une table dans une brasserie. À l’intérieur ils découvrent les documents utilisés pour le site « Les Dossiers du Rocher ». Ce qui a surpris le duo c’est l’organisation et la rigueur du corbeau. En effet, les dossiers sont « classés par chemise, par opération immobilière, par personnage. Donc on se dit qu’évidemment, il y a une volonté d’instrumentaliser les journalistes », explique Gérard Davet dans l’émission « Complément d’enquête » diffusée en mai dernier sur France 2.
Plusieurs autres médias tels que, « Ouest France », « Le Parisien » et « Mediapart », reçoivent eux aussi des documents de la part du corbeau, mais par mail. Les journalistes y retrouvent des papiers confidentiels du « G4 » : « Ces gens-là, sont accusés dans les « Dossiers du Rocher », d’avoir créé une sorte de cordon sanitaire autour du prince Albert pour se répartir les postes importants, et également, gagner de l’argent sur des opérations immobilières qui se déroulent à Monaco », confirme Gérard Davet.
Une guerre immobilière ?
Quelques mois après avoir récupéré ce sac à dos, « Le Monde » publie en mars 2022 une enquête détaillant les dessous du scandale et interroge plusieurs protagonistes. « Les échangent de mails prouvent l’existence d’une amitié intéressée entre les quatre hommes. Tout indique qu’ils usent de leur influence pour se répartir les nominations en Principauté, au fil des dîners », rapporte « Le Monde ». Et pour cause. Dans une première vidéo, publiée par le corbeau, ce dernier accusait Thierry Lacoste d’utiliser son influence et ses relations afin de faire des bénéfices importants concernant des opérations immobilières à Monaco, où le prix du mètre carré est estimé à 51 000 euros. Dans les mails publiés, Claude Palmero aurait rapporté à Thierry Lacoste que son monopole sur le marché aurait fortement agacé Patrice Pastor, célèbre promoteur immobilier du Rocher.
Pas doute donc pour le « G4 », la personne derrière ce cyber-harcèlement n’est autre que l’homme d’affaires. Selon plusieurs sources à Monaco, Patrice Pastor n’aurait pas supporté que le prince Albert fasse appel à d’autres entreprises de construction pour ses projets immobiliers. Depuis plusieurs années, Albert de Monaco confie les chantiers monégasques aux sociétés italiennes, Caroli et Marzocco. « Le fond du sujet, tout le monde le connaît : les méthodes d’un petit groupe qui monte des affaires en profitant du prince. Et moi je gêne, car je suis le meilleur à Monaco », se défend-il dans les colonnes du journal, niant toute implication dans l’affaire. Il a également porté plainte pour diffamation. Pour le moment, aucune preuve n’inculpe Patrice Pastor.
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Une affaire qui a de quoi faire trembler le prince Albert. Et pour cause, l’époux de la princesse Charlène, passe aux yeux du monde pour quelqu’un de naïf, facilement trompé. Après la révélation du site « Les Dossiers du Rocher » il avait pris la parole : « Avec la plus grande énergie, je condamne cette campagne diffamatoire et anonyme de rumeurs mensongères et de calomnies qui cible plusieurs serviteurs de la Principauté. Il est évident qu’à travers ces personnalités, c’est à l’État de Monaco et à ses institutions que l’on s’attaque », avait-il déclaré à « Monaco-Matin ».
Une partie du « G4 » renvoyé
Cependant, deux ans après le scandale, « Les Dossiers du Rocher » continuent de ternir Monaco et le souverain compte bien en finir avec cela. En juin dernier, Claude Palmero, l’administrateur des biens du prince Albert, était renvoyé. Il occupait ce poste depuis plus de vingt ans. Une décision difficile à digérer pour l’expert-comptable qui demande réparation pour « son immense préjudice moral, corporel et les troubles dans les conditions d’existence qu’il subit ». Il a réclamé la somme d’un million d’euros et sa réintégration. Une demande qui a été refusée. « Quand la confiance n’est plus là et lorsqu’il n’y a pas de réponse claire aux questions posées, il convient de prendre des décisions. Il faut aller de l’avant. Ce qui a été appelé « Dossiers du Rocher » a fait déborder le vase », déclarait le prince Albert en juillet dernier au « Figaro ».
Un mois après cet événement, la justice monégasque effectuait une série de perquisition chez les membres du « G4 ». La police serait désormais en possession de plusieurs documents afin d’éclaircir cette affaire de détournement de fonds. Du côté du corbeau, ce dernier n’a plus donné signe de vie et son identité reste toujours un secret. Une chose est sûre, il aura bel et bien fissuré le Rocher.
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