La doyenne des victimes de cette équipe de voleurs chevronnés avait 103 ans. Les autres, en moyenne 86 ans. Parce que comme le dit clairement Dominique D. depuis le box des prévenus du tribunal correctionnel de Nanterre ce mardi, « c’est plus facile avec les personnes âgées ». « Avec un gaillard de 2 m qui fait 100 kg, ben, c’est pas pareil… » complète cet homme de 37 ans, jugé pour plus de cinquante vols par ruse. Des cambriolages à domicile, en présence des victimes, qu’il faut avoir trompées au préalable.
Dominique D. est un homme de l’art, déjà condamné à cinq ans de prison pour une précédente série de vols. Toujours le même stratagème. Celui qu’il maîtrise. « Le faux Veolia », parfois « le faux policier ». Très simple. « On sonne à la porte, si la personne ouvre (et qu’elle n’est pas toute jeune), on dit qu’on est des employés des eaux et on entre », poursuit le prévenu.
Ainsi a-t-il procédé avec Kevin D. , son complice, également dans le box des prévenus, à Neuilly-sur-Seine, le 10 mai 2021, en sonnant chez une femme de 96 ans. Elle ouvre. Les deux hommes se présentent comme des plombiers et annoncent que les travaux dans la rue vont la priver d’eau. Alors il faut vite remplir bassines et casseroles d’eau. Le premier aide la vieille dame à la cuisine, puis l’invite à la prudence à cause des cambriolages dans le quartier. Il faut vite vérifier le coffre. En un éclair, Dominique D. le vide et le duo se carapate, avec deux lingots d’or d’un kilo chacun, deux bagues en diamant brut et d’autres bijoux en or et pierres précieuses. Il y en a pour 100 000 euros.
Un butin d’au moins 180 000 euros
C’est cette affaire qui a lancé les investigations de la police judiciaire des Hauts-de-Seine, qui a remonté la cinquantaine de vols en suivant les traces que les malfaiteurs ont laissées de leur passage un peu partout. Le Renault Kadjar filmé par la vidéosurveillance de la ville mène à celle qui l’a loué, une femme de Colombes, compagne de Marcello D., cousin de Dominique D. Tous deux vivent « au camp de gens du voyage de Boulogne-sur-Mer ». D’ailleurs, c’est ainsi que se présente d’emblée Dominique. « Je suis un gens (sic) du voyage, dans le camp, j’ai une maison et une caravane. »
La voiture étant équipée d’un système de géolocalisation, les enquêteurs retracent son parcours les dix jours précédents : à Colombes, où une femme de 85 ans est victime d’un vol similaire, à Paris dans les XIe et XIVe arrondissement, où deux victimes de 85 et 91 ans sont dépouillées selon le même mode opératoire et même Orléans (Loiret), où le scénario est le même pour une femme de 80 ans, dont le bracelet en forme de serpent serti de diamant lui a été subtilisé, avec d’autres bijoux et des montres.
Dans les fichiers d’un hôtel de Nanterre, les enquêteurs trouvent trace du passage des malfaiteurs, pistent leurs téléphones, dont les déplacements correspondent à ceux de la voiture.
De véritables périples à travers la France
Avant le Kadjar, Dominique D. et sa bande ont utilisé deux Scenic. Là encore, en retraçant les trajets des voitures et des téléphones des suspects, rapprochés aux vols commis là où ils se trouvaient, ils remontent à sur des faits commis entre décembre 2020 et août 2021, lors de cinq périples à travers la France. On les trouve d’abord en région lyonnaise, dans l’Ouest où ils enchaînent sept vols en quatre jours, de Trouville à Vannes en passant par Cholet, Tours et Rennes où ils dépouillent une femme de 89 ans de vingt louis d’or, sans compter les bijoux. Puis dans le sud du pays et la région centre. Pour un butin global évalué – seulement en ce qui concerne l’or – à près de 180 000 euros.
« Il y a un côté quasi industriel, ça enchaîne », relève la présidente du tribunal, Marie Leymarie. « Non, c’était un peu comme des road-trips », tempère Dominique D. « Pour les enquêteurs, ça s’appelle des raids, il y a des victimes », recadre la juge qui veut savoir comment le prévenu choisissait ses victimes. « Le prénom sur la boîte aux lettres ? Il y a peu de chances que Ginette et Georgette soient des adolescentes. » « Non non, on sonne, c’est tout », maintient Dominique. Et pour entrer dans les immeubles : « On marche. Quand quelqu’un entre ou sort et que la porte se referme, on se faufile. »
S’il reconnaît la grande majorité des 54 vols reprochés, Dominique D. réfute être celui qui, face à certaines victimes, a prétendu qu’elles risquaient une intoxication au mercure et qu’il fallait protéger les bijoux en les mettant dans le congélateur. « Le faux Veolia, le faux policier, oui. Le mercure, non », répond-il sans détour à une question de son avocat, Me Quentin Lebas.
Le procès se poursuit ce mercredi avec l’interrogatoire de Kévin D., puis celui des trois autres prévenus, recrutés pour faire les chauffeurs, selon les explications de Dominique D.
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