les gangs étendent leur emprise et la transition se fait attendre

« Au cours des derniers jours, les gangs ont avancé dans de nouvelles zones de la capitale », a déclaré jeudi 21 mars Ulrika Richardson, coordinatrice humanitaire de l’Onu pour le pays, lors d’un point presse vidéo depuis Haïti. Elle décrit une situation « extrêmement alarmante ».

Le quotidien des habitants est fait de « barrages routiers, coups de feu, et beaucoup de tension dans les rues », a-t-elle dit, ajoutant qu’« un très grand nombre de personnes ont dû fuir leur quartier » à mesure que les gangs avancent.

Ces bandes armées contrôlaient déjà 80 % de Port-au-Prince en 2023 selon l’Onu et sont accusées de nombreuses exactions : meurtres, viols, pillages et enlèvements contre rançon. La police nationale haïtienne (PNH) a annoncé dans la soirée jeudi la mort du chef de gang Delmas 95 Ernst « Ti Grèg » Julmé, qui s’était évadé de prison début mars.

Dans l’attente d’un conseil présidentiel de transition

Haïti, qui vivait déjà une profonde crise politique et sécuritaire, est en proie à un regain de violences depuis le début du mois, lorsque plusieurs gangs ont uni leurs forces pour attaquer des lieux stratégiques de Port-au-Prince. Très contesté, le premier ministre Ariel Henry n’a pas pu regagner son pays après un déplacement au Kenya au début du mois. Il a accepté de démissionner le 11 mars.

Le même jour, plusieurs pays et organisations comme la Communauté des Caraïbes (Caricom) s’étaient réunis d’urgence en Jamaïque. Un futur conseil présidentiel de transition, qui doit notamment être composé de représentants de partis politiques haïtiens, avait été annoncé à l’issue de la réunion.

Après plusieurs jours de négociations tumultueuses, chaque groupe s’est accordé jeudi sur un choix de représentant. Aucune annonce formelle n’a toutefois été effectuée.

Ce conseil doit tenter de remettre le pays, dont des pans entiers sont aux mains des gangs armés, sur le chemin de la stabilité. Le secrétaire général de l’Onu a salué le fait que « les parties prenantes haïtiennes aient toutes choisi leur représentant », selon son porte-parole adjoint Farhan Haq.

Haïti reste pour l’heure sans président ni parlement. Le dernier chef d’État, Jovenel Moïse, a été assassiné en 2021. Le pays n’a connu aucune élection depuis 2016.

Une grave crise humanitaire

En attendant, la capitale est confrontée à une grave crise humanitaire. « En raison de l’avancée des gangs, 5,5 millions de personnes sur une population de 11,4 » ont désormais besoin d’aide humanitaire, a déclaré la coordinatrice de l’Onu pour le pays. Or, l’acheminement de cette aide se fait difficile, l’aéroport de Port-au-Prince restant fermé, et une partie du port « étant toujours attaquée », a-t-elle précisé.

« Moins de la moitié des établissements de santé de Port-au-Prince fonctionnent normalement », a par ailleurs indiqué jeudi le chef de l’OMS, évoquant des pénuries de médicaments et de produits sanguins. « L’épidémie de choléra […] pourrait reprendre si la crise se poursuit », a-t-il mis en garde. Le pays a connu fin 2022 un regain épidémique de choléra, qui avait fait plus de 10.000 morts entre 2010 et 2019 après avoir été introduite par des Casques bleus.

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