« Les géants de la technologie sont aussi des acteurs politiques, idéologiques, militaires »

Asma Mhalla publie l’essaie « Technopolitique » aux éditions du Seuil. Selon la chercheuse, « ce qui est en train de se jouer actuellement, c’est une symétrie de la brutalisation de la conflictualisation du monde traditionnel dans ce qu’on appelle le cyberespace, où les États se livrent une guerre hybride, ou cyberhybride« . C’est-à-dire une guerre dont les deux armes principales sont d’une part les cyberattaques, et d’autre part les luttes informationnelles, « toutes les campagnes, opérations de cyber-déstabilisation des États, en l’occurrence des démocraties occidentales« .

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Selon Asma Mhalla, cela pose la question de la place des géants technologiques : « Elon Musk, Sam Altman, Google, Meta, Amazon, ce ne sont pas simplement des entreprises privées, ce sont d’abord des entités hybrides, qui sont aussi des acteurs politiques, idéologiques, géopolitiques et militaires« , explique-t-elle. Or, selon la chercheuse, on a eu tort de penser qu’ils ont remplacé les États. « Ce n’est pas ce qu’on observe du tout, c’est le retour des États forts« , qui créent des alliances avec ces entreprises gigantesques de la tech.

Vers une « hyperpersonnalisation de masse »

La chercheuse établit que l’une des ruptures de l’époque, c’est la fin des démocraties, « les démocraties de masse, celles du XXe siècle, de la production de masse, consommation de masse, éducation de masse, médias de masse, c’est terminé« , dit-elle, et « la démocratie est en train de muter » vers une « hyperpersonnalisation de masse, où ce qui est en train d’être brutalisé, ce sont nos liens communs, c’est ce qui fait projet de société, on n’en a plus, on est dans un vide politique, idéologique même, qui est total est complet« .

C’est comme si l’on était systématiquement en retard, et particulièrement les Européens, dans la réaction et non dans l’anticipation. On le voit aujourd’hui avec l’entrée en application du Digital Services Act, le texte européen de régulation des plateformes. « En démocratie c’est toujours très important d’avoir des marqueurs, d’essayer de fact-checker, d’identifier ce qui est vérifiable. C’est primordial, mais ce n’est pas opérant : vous ne convaincrez jamais quelqu’un qui est convaincu de l’inverse que vous avez raison. C’est une question non pas de coercition ni de loi, mais de de désir, le désir de croire, de faire société, de garder un lien« , explique Asma Mhalla.

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L’ouvrage est sous-titré « Comment la technologie fait de nous des soldats » : « On est pris de vitesse, tous, collectivement : et donc, quand le monde s’emballe – et il ne s’accélère pas, il s’emballe – on est pris là-dedans, on n’a plus le temps de penser les choses. Quand ça s’emballe, il faut faire précisément le contraire de ce qu’on est en train de faire, il ne faut pas s’agiter, il faut décélérer pour penser« . D’autant que les pensées, les cerveaux, sont les champs de bataille du XXIe siècle : « Ces technologies de l’hypervitesse sont à la fois civiles et militaires : quand vous êtes sur TikTok, sur Twitter, on sait qui vous êtes, dans vos failles, dans votre intime, mais l’intime est politique« , explique-t-elle.


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