Les Invictus Games à Düsseldorf, processus de reconstruction par le sport pour l’équipe de France militaire
Le rendez-vous est fixé à 9 h. À Fontainebleau, à près de 70 km de Paris, l’armée dispose du Centre national des Sports de la défense, l’équivalent de l’Insep. C’est ici, notamment, que se trouve l’école interarmées des sports (EIS). En ce jeudi de la fin août, c’est ici que se sont retrouvés les militaires, anciens militaires ou affiliés blessés, pour leur dernier stage de préparation avant la sixième édition des Invictus Games, qui ont débuté ce dimanche à Düsseldorf (Allemagne, jusqu’au 16 septembre).
Des éclats de rire à n’en plus finir, du chambrage : l’ambiance est au beau fixe dans le gymnase ou les membres de l’équipe de France peaufinent les derniers réglages en volley assis, sous les yeux de Jérôme Dumas, spécialiste de la discipline. « On travaille la technique, ils ont besoin de se rassurer, c’est important de travailler sur le talent, de leur montrer qu’ils sont capables, souligne l’entraîneur du Puc Volley, venu les encadrer pendant trois jours. Ils ont tendance à se sous-estimer. » Leurs blessures peuvent être physiques et diminuer leurs capacités motrices, ou psychiques et invisibles.
22 participants français, 21 nations au total
Capitaine de l’équipe, l’adjudant Brice est dans ce cas. Victime d’une attaque en Afghanistan en 2008, il a perdu « 10 frères d’armes », n’a pas de handicap visible mais doit depuis supporter un lourd syndrome post-traumatique. « Je voulais forcer, ne pas m’arrêter, mais le corps et la tête ne suivaient plus. On n’a plus envie de sortir, on n’a la boule au ventre, on ne veut plus rien faire. »
« En tant que militaire, chuter c’est pas normal, il y a de la honte vis-à-vis de nous, poursuit Frédéric, victime lui d’une attaque en 2012. J’ai commencé à avoir des phases où je revivais des scènes, je devenais agressif, mon comportement changeait totalement. Mes collègues ont alerté le service médical, je ne voulais pas me rendre compte. C’était l’enfer, je me suis renfermé pendant plus de six mois, j’ai coupé les ponts avec mes enfants qui n’ont pas supporté. » Frédéric participe à ses deuxièmes Invictus Games, après la Haye en 2021.
En comptant Brice et lui, 22 blessés, militaires, vétérans et civils du ministère des Armées et de la gendarmerie nationale défendent à Düsseldorf les couleurs de la France dans 10 disciplines parmi lesquels l’athlétisme, le rugby fauteuil, le basket fauteuil, le volley assis ou encore la natation. Chacun des 22 blessés pouvant être accompagné par deux proches.
Cette compétition, initiée en 2014 par le prince Harry, ancien officier copilote artilleur en Afghanistan, regroupe plus de 550 blessés provenant de 21 nations, avec une philosophie qui a évolué au fil des ans. Au-delà des résultats sportifs érigés en priorité les premières années, le but affiché est désormais davantage la reconstruction par le sport.
Pour cette édition, l’armée française a donc lancé un processus de détection depuis mai 2022, puis une sélection parmi 60 volontaires dès juillet de la même année, et a ensuite entamé la préparation dès septembre, avec des stages d’une semaine au CNSD toutes les six semaines.
« On retrouve la cohésion qu’on avait à l’armée et humainement c’est deux fois plus fort. J’ai découvert ce qu’était l’humain. »
Frédéric, vétéran de l’armée
Chacun des membres de l’équipe de France doit participer à deux sports collectifs et au moins une activité individuelle. « Lors des stages, on a travaillé les sports collectifs, détaille le commandant Erwan Lebrun, chef du Département des blessés militaires et sport au CNSD, mais chacun devait faire l’effort de s’inscrire dans un club, chez lui pour l’activité individuelle. Cela fait partie du processus de reconstruction. » Au programme lors des stages, 4 à 8 heures de sport par jour et un accompagnement psychologique et médicale en fonction des besoins.
« Le plus dur, ça a été de faire le premier pas, avoue Brice, mais après on relativise et surtout, grâce à ça, on se rend compte qu’on est pas tout seul. » « On s’élève mutuellement, abonde Frédéric, on retrouve la cohésion qu’on avait à l’armée et humainement c’est deux fois plus fort. J’ai découvert ce qu’était l’humain. »
À quelques centaines de mètres du gymnase, au stand de tir à l’arc, Michel Vuillerminaz s’est improvisé entraîneur. Cet ancien gendarme, projeté contre un arbre par une voiture lors d’une opération d’escorte, a perdu une partie d’un de ses genoux. « Pour moi, ces invictus Games sont la récompense d’une année de travail. J’arrive à faire des choses que je ne pensais pas pouvoir refaire après l’accident. Mais attention, prévient-il, ce n’est pas la marche ultime, c’est une des marches qui va vous permettre de continuer à faire des choses après »
Même si ce n’est pas l’ambition première, la France qui avait obtenu 14 médailles avec 14 athlètes en 2021 à la Haye, a bon espoir d’améliorer son bilan cette année.
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