les jeunes déscolarisés disposés à s’investir dans le maraichage mais…(rapport d’étude)

Vue partielle des participants à l’atelier de dissémination des résultats de l’étude

Au Bénin, quelles conditions doivent réunir pour impliquer les jeunes déscolarisés vivant en zones périurbaines et urbaines dans la filière du maraîchage durable ? Les conditions de travail dans la filière du maraîchage, les rémunérations, la sécurité et la protection des droits des travailleurs sont-elles adéquates ? Quelles autres mesures doivent être prises pour lever les obstacles qui limitent l’implication des jeunes dans cette filière ? Quelle est la situation actuelle des maraîchers par rapport aux migrations professionnelle et illégale ? Ce sont entre autres les questions qu’aborde une étude intitulée « Insertion des jeunes dans l’agriculture et l’élevage durables en zone urbaine et périurbaine : Etat des lieux, barrières et pistes d’amélioration ». Menée par le Mouvement des Fédéralistes Sahélo Guinéen (MFSG) avec l’appui de Friedrich Ebert Stiftung (FES) dans le cadre du projet JEUNES-ACTIONS-IMPULSION-MARAICHAGE (JAIM), l’étude s’est focalisée sur les jeunes déscolarisés du pôle de développement agricole 7.

 

Ce pôle couvre les départements de l’Atlantique, l’Ouémé, le Mono et la commune de Cotonou. « La majorité des jeunes âgés de 18 à 35 ans ont choisi le maraîchage durable comme domaine d’insertion professionnelle. Ces jeunes sont ceux susceptibles de s’investir dans la filière du maraîchage durable », révèlent les résultats de l’étude dont la dissémination a servi de cadre au lancement du projet JAIM, le 24 août au siège de la FES à Cotonou. Selon l’étude, les jeunes déscolarisés susceptibles de s’investir dans la filière du maraichage durable sont entre autres les ceux n’ayant aucune situation professionnelle (44%) et ceux en situation professionnelle d’aide maçon (2%), les aide maraichers (16%), couture (2%), vitrier (4%), commerçante (7%).

 

Toutefois, les conditions de travail et de rémunération dans le secteur ne sont pas motivantes. « Rémunérations insignifiantes par rapport aux risques qu’encourent les aides-maraîchers, utilisation des produits phytosanitaires et des fientes de volailles avec exposition à toutes les formes de contamination, travail purement temporaire et ne garantissant aucune norme de sécurité ni de protection des droits de ces ouvriers », informent les principaux résultats. En plus, les « exploitations maraîchères ne respectent pas encore les normes de sécurité de travail en vigueur en République du Bénin. Le travailleur, même permanent, est automatiquement remplacé quand il souffre d’une maladie. Les travailleurs ne sont ni déclarés à la CNSS et ne bénéficient d’aucun congé pour se reposer dans l’année et aucun contrôle ou bilan de santé n’est initié au profit du travailleur. »

 

Entre migration et conditions favorables

 

Ces jeunes sont pourtant nombreux à émigrer vers le Togo et le Nigeria. Ils quittent le Bénin pour des raisons professionnelles (44%), raisons familiales (38%) et d’autres raisons (18%). La migration leur permet l’insertion professionnelle (51%) et l’augmentation de revenu (41%). « Conformément à la déclaration des jeunes rencontrés au Togo et au Nigéria, l’écoulement des produits maraîchers constitue une autre raison motivant les migrations des jeunes maraîchers », renseigne l’étude.

 

Mais tout n’est pas rose. Les jeunes migrants interviewés lors de l’étude citent comme inconvénients de leur déplacement vers le Togo et le Nigeria, les revenus faibles et l’accès difficile aux marchés d’emplois.

 

L’étude se penche aussi sur les conditions nécessaires à l’implication des jeunes déscolarisés vivant en zones périurbaines et urbaines dans la filière du maraîchage durable. Ce sont notamment la formation ou renforcement de capacités des jeunes ; la facilitation de l’accès au financement (mise en relation avec les IMF);la facilitation de l’accès sécurisé au foncier et coaching continu dans la production maraîchère durable et la création d’autres marchés dédiés au produits du maraichage durable, avec le suivi-appui-conseil, l’accès aux innovations agricoles, aux crédits agricoles adaptés, la promotion de la certification des produits et la limitation des pertes subis par les producteurs.

 

Appuyer des jeunes dans une phase pilote

 

En plus de cette étude sur l’état des lieux, les barrières et pistes d’amélioration pour de l’insertion des jeunes dans l’agriculture et l’élevage durables en zone urbaine et périurbaine, le projet JAIM va appuyer plusieurs jeunes maraichers, dont 9 dans sa phase pilote.  « Nous avons engagé trois (3) déscolarisés et un encadreur qui va les former dans un processus accéléré de 6 mois. Après cette période, ces trois bénéficiaires vont à leur tour superviser chacun deux nouveaux jeunes de sorte qu’à la fin de l’année on puisse se retrouver à neuf (9) jeunes déscolarisés déjà capables de produire », a expliqué Edgard Gnansounou, coordonnateur du MFSG. Aussi, a-t-il ajouté, le projet a pour principe de générer de revenus pour la poursuite des activités dans le temps. Cette approche contribuera à créer plusieurs autres sites afin de pérenniser l’expérience. Le coordonnateur apprend que le site pilote est installé dans la commune de Kpomassè.

 

Le représentant du ministre de l’agriculture Gaston Dossouhoui à l’atelier de lancement du projet JAIM a rappelé l’importance de l’agriculture pour le développement du Bénin. « Nous ne pouvons pas nous développer si nous tournons dos à l’agriculture et l’insertion des jeunes dans le secteur », a martelé le responsable du ministère de l’agriculture. Cette problématique, rassure-t-il, constitue une priorité pour le gouvernement qui a développé plusieurs stratégies pour la promotion et l’insertion des jeunes dans le secteur agricole.

 

La place de l’agriculture et les perspectives dans le secteur encouragent la Fondation Friedrich Ebert (FES) à appuyer davantage les jeunes. Iris Nothofer, représentante résidente de la FES au Bénin souligne que la mise en œuvre du projet JAIM est une contribution de la Fondation pour « une société libre et solidaire » qui fait avancer la justice sociale et le travail pour tous.

 

Les bénéficiaires produiront des légumes et fruits biologiques. « Il s’agit spécifiquement, en ce qui concerne les légumes fruits, de la tomate, le piment, le poivron et la pastèque. Pour les légumes feuilles, le projet investit dans la production de la grande morelle et la laitue », précise Mathias, encadreur sur le site d’exploitation pilote. Bénéficiaire du projet, Merveille ne compte pas seulement profiter de la bourse offerte. Elle est déterminée à faire carrière dans l’agriculture notamment le maraîchage. « Je ne suis pas là seulement pour bénéficier de la bourse, mais d’être formée et après créer mon propre site », s’est-elle engagée.

 

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