Dans un musée on ne va pas voir uniquement les œuvres qui datent des dizaines, des centaines et des milliers d’années. C’est le meilleur endroit par excellence pour réaliser pratiquement au moins trois choses à la fois. On visite, on se promène et on peut aussi bien apprendre du guide et discuter avec un proche.
« Donne-moi un musée et je le remplirai », disait Pablo Picasso dans l’une de ces citations les plus célèbres. Dans un musée on peut tout trouver. C’est le meilleur endroit cosmopolite pour représenter toutes les facettes, les dimensions, les expressions, les créations, les animations, les connaissances, les compétences et les cultures du monde.
Donner rendez-vous à une fille pour une visite au musée, n’est-ce pas une façon très romantique pour la courtiser ou la séduire par les choses de l’esprit et du patrimoine universel, pour mieux élever les niveaux de la conversation et des débats trop réduits ces derniers temps dans les ébats. Même Eddy Murphy dans son rôle « Akim », dans le film à succès : Un prince à New York, ne dira pas le contraire. D’ailleurs c’est lors d’une visite au musée qu’il a eu à embrasser Lisa pour la première fois. Attention, toutes les salles des musées disposent des caméras de surveillance, en dehors des guides et des gardiens du patrimoine.
De la vision de présenter les archives et la mémoire pour les générations futures, en passant par la valorisation de l’existence humaine, des créations de l’homme et des fragments de la nature, le musée, plus qu’une bibliothèque, d’une salle de spectacle ou de cinéma s’impose comme une véritable arme de séduction massive en ce nouveau millénaire qui vient de franchir sa deuxième décennie.
Dommage que le président des États-Unis a été dans ses menaces, jusqu’à menacer des pans importants de la culture iranienne. On se souvient de la destruction du musée de Bagdad lors de l’invasion américaine en 2003. Heureusement que la directrice générale de l’UNESCO n’a pas pris trop de temps pour rappeler à l’ordre les États-Unis, pratiquement sur les nombreux accords internationaux signés pour protéger les sites culturels même en temps de guerre. Des souvenirs des sites culturels, dont les vestiges de Palmyre, en grande partie détruits en Syrie par les troupes de l’État islamique, qui reviennent tristement à l’esprit derrière ces menaces.
Dans le même temps, ils étaient environ 9, 6 millions de visiteurs en 2019, à traverser les portes du Musée du Louvre, pour découvrir les œuvres et les récits qui alimentent les expositions et attirent autant de curieux dans le monde. «Les musées sont les endroits les plus vivants du monde. On dirait une concentration d’humanité », nous rappelait Fernand Oullette.
Dans le cas d’Haïti, si les hauts lieux historiques comme Pont-Rouge ou la ville des Gonaïves paraissent trop éloignés par les officiels Haïtiens, c’est grâce aux décors et au symbolisme qui animent les somptueuses salles souterraines de l’ancien mausolée des Peres fondateurs de la patrie, le musée du Panthéon national haïtien (MUPANAH), que les dirigeants et les politiciens peuvent certainement se recueillir lors des grandes occasions.
De plus en plus de pays conscient du rôle majeur et stratégique des industries culturelles dans cette jungle de la mondialisation décident d’investir dans la création des musées comme institution culturelle, à la fois défensive, participant dans la conservation de la mémoire, mais surtout offensive, par sa capacité de pénétration des autres culturelles.
Difficile pour un touriste qui visite pour la première fois un pays, qui ne désire visiter au moins un musée à la fois historique et culturel. Dommage pour la diaspora haïtienne, qui de génération en génération va totalement perdre ses repères traditionnels et ancestraux, à défaut d’investir dans la création de musées communaux pour garder en vie l’arbre généalogique de leurs parents, ou de créer dans le futur, des musées de la diaspora haïtienne dans les grandes villes en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Europe et d’autres coins du monde, pour raconter l’histoire des haïtiens d’origine et rapprocher les descendants des familles haïtiennes.
Des musées pour sauver la mémoire, des musées pour sauvegarder le patrimoine, des musées pour séduire les générations actuelles et futures, grâce à des œuvres qui interpellent la grandeur, la dignité, la vérité et l’authenticité des hommes et des femmes qui continuent de forger l’histoire et les institutions.
De quel ministre haïtien de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), viendra l’arrêté ou les circulaires qui vont déclarer obligatoire la visite d’au moins d’un musée par les écoliers haïtiens ? Dans quels sens le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales (MICT) va encourager les mairies à gérer et exploiter de manière rationnelle le patrimoine de la ville ? Quelle législature va enfin voter les lois-cadres du ministère de la Culture et de la Communication pour ainsi réguler et encourager l’organisation des activités muséales et programmations muséologiques en Haïti ?
Des musées à visiter pendant la fête de l’indépendance nationale le 1er janvier de chaque année. Des musées à visiter pour la fête des amoureux le 14e jour de février, ainsi que des musées à visiter pour honorer la mémoire des femmes dans l’histoire d’Haïti en mars. À chaque date festive, historique et symbolique, il nous faut ces espaces de mémoire pour stimuler la curiosité des enfants, pour réveiller la mémoire des parents et rapprocher les générations et les classes sociales. Il nous faut lancer tôt ou tard l’année des musées en Haïti !
Dans chaque « Lakou » en Haïti, il est possible d’aménager un véritable musée qui serait visité par les écoliers et les touristes en dehors des célébrations des lwa. Un musée dédié à chacun des lwa (musée Ogou, musée Dantor, musée Zaka, musée Gedé, musée Simbi, musée Danmballa, musée Ayizan, etc.). N’est-ce pas une belle manière d’exploiter économiquement et rationnellement ces esprits ancestraux à travers les produits dérivés et les services culturels et touristiques.
De l’ancien ministre de la Culture français, André Malraux, on retient cette phrase :
Le musée est des lieux qui donnent la plus haute idée de l’homme ». N’est-ce pas une belle façon pour nous justifier notre plaidoyer pour la création de nouveaux musées en Haïti, qui doivent contribuer à la redéfinition de l’homme haïtien, condamné à s’armer de sa culture et de son éducation comme bouclier pour pouvoir survivre et exister en toute dignité dans la mondialisation.
Dominique Domerçant
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