les perspectives 2024 sont bonnes pour l’Europe, selon un rapport – Euractiv FR

Un rapport publié mardi (30 janvier) par trois grandes entreprises spécialisées dans les technologies quantiques met en lumière plusieurs tendances dans le domaine pour 2024, soulignant la croissance constante des investissements dans les start-ups européennes spécialisées dans ces technologies.

Le rapport sur l’« état de la technologie quantique 2024 » (« State of Quantum 2024 »), qui s’appuie sur des données fournies par HSBC, Dell, Federal Reserve, Citi et Moderna, révèle que l’Europe est la seule région à avoir connu une croissance constante en matière d’investissements en capital-risque pour des entreprises actives dans le domaine de la technologie quantique.

Le rapport, publié par IQM Quantum Computers, OpenOcean et Lakestar, trois entreprises quantiques de premier plan, en association avec le média The Quantum Insider, analyse les investissements en capital-risque, les financements publics et les stratégies nationales en matière de technologies quantiques.

Les investissements en capital-risque dans les start-ups quantiques ont chuté de près de 50 % dans le monde. En 2022, les investissements mondiaux s’élevaient à 2,2 milliards de dollars, alors qu’en 2023, ils n’atteignaient plus que 1,2 milliard de dollars.

La région EMEA (Europe, Proche-Orient et Afrique) est la seule à avoir connu une croissance, de l’ordre de 3 %, selon le rapport. La région Asie-Pacifique a pour sa part enregistré une baisse de 17 %, et les investissements en capital-risque aux États-Unis ont chuté de 80 %.

« L’une des raisons est que l’Europe est un peu plus stratégique en ce qui concerne l’informatique quantique pour le moment. Elle est moins susceptible de connaître de grandes fluctuations », a expliqué à Euractiv Ekaterina Almasque, associée générale chez OpenOcean, soulignant que ses analyses étaient subjectives et spéculatives à ce stade.

« En gros, l’Europe a commencé plus lentement à investir, mais en réalité les investissements augmentent de manière constante, alors qu’aux États-Unis, ils ont commencé très rapidement et ont ensuite diminué avec une baisse générale du financement en capital-risque », a ajouté Mme Almasque.

Tendances et perspectives

Selon Mme Almasque, le rapport prévoit de manière générale un « essor régulier de l’ère quantique ».

Cet essor comprend l’introduction de programmes universitaires portant sur les technologies quantiques afin d’assurer la disponibilité sur le marché de l’emploi de talents dans ce domaine à l’avenir, ainsi qu’un plus grand nombre de feuilles de route mises à disposition sur les technologies quantiques, ce qui contribuera à la transparence dans le domaine.

Bien qu’il soit encore difficile à ce stade d’améliorer les compétences de la main-d’œuvre dans le domaine de l’informatique quantique, davantage d’entreprises souhaitent former leur personnel pour qu’il soit « quantiquement prêt » en travaillant sur des problèmes d’optimisation des activités en 2024.

Dans le même ordre d’idées, le rapport prévoit que l’informatique quantique « pure » ne viendra que plus tard. Le fossé est désormais comblé par ce que l’on appelle les « solutions hybrides ».

« On parle de solutions hybrides lorsque vous exécutez une partie des calculs sur une architecture de microprocesseur traditionnelle et [une autre partie sur] une architecture quantique », a expliqué à Euractiv Stephen Nundy, associé et directeur de la technologie chez Lakestar.

Les experts espèrent que les systèmes hybrides permettront de réaliser des avancées en termes d’avantages informatiques pour des utilisations spécifiques.

Cependant, le rapport prévoit également des défis à relever. L’un d’entre eux concerne l’accès sur site à l’informatique quantique via le cloud. En effet, les utilisateurs finaux devront s’accommoder des règlementations en matière de sécurité des données et de protection de la vie privée.

Un autre obstacle à l’investissement dans la technologie quantique est le « coût par heure utile », qui limite l’expérimentation. Le rapport souligne qu’une heure sur un système de processeur graphique (Graphics Processing Unit, GPU) très performant a plus de valeur qu’une heure sur un ordinateur quantique moyen.

Même si les technologies quantiques présentent de nombreux avantages, la cryptographie post-quantique sécurisée reste un défi.

Les entreprises et les gouvernements doivent faire évoluer leurs protocoles de sécurité vers des systèmes sécurisés post-quantiques. « En attendant, nous devons partir du principe que tout ce qui a été partagé en privé jusqu’à ce moment-là sera décrypté », a ajouté M. Nundy.

Stratégies quantiques et financement public

De plus en plus de gouvernements et d’entreprises prennent conscience des risques encourus à se laisser distancer dans le domaine des technologies quantiques. Le rapport révèle ainsi que 33 gouvernements ont promis un financement public de 40 à 50 milliards de dollars au niveau mondial pour la période 2024-2034. Vingt d’entre eux ont même formulé des feuilles de route et des stratégies en matière de technologies quantiques.

Parallèlement, le rapport souligne que les laboratoires nationaux et les centres d’informatique quantique ont multiplié les applications pratiques de ces technologies en créant des pôles spécialisés en informatique quantique. Ceux-ci sont principalement disséminés en Europe et en Amérique du Nord. Le document de 80 pages recense des laboratoires aux Pays-Bas, en Suisse, au Royaume-Uni, en Finlande et en Pologne.

« Il existe une forte corrélation entre le nombre de start-ups dans ces régions et la présence de laboratoires nationaux, comme le démontre un certain nombre de start-ups en Pologne, en Finlande et aux Pays-Bas », a expliqué Mme Almasque.

« Le développement des talents est une initiative stratégique du gouvernement. C’est donc une partie intégrante de cette initiative qui nous aide à développer un avantage stratégique », a-t-elle ajouté.

[Édité Anne-Sophie Gayet]


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