Les portefeuilles de Roland Laskine : les choix d’investissement dans la technologie se révèlent limités en Europe – 08/03/2024 à 11:33
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Le 8 mars 2024
Difficile de faire mieux ! Le CAC 40 a franchi ce jeudi la barre des 8.000 points. Un plus haut absolu, que nombreux analystes visaient pour la fin de l’année. Ce sommet a été atteint après que la présidente de la BCE a confirmé que l’inflation ralentissait plus rapidement que prévu en Europe. Christine Lagarde mise désormais sur un taux d’inflation de 2,3% cette année et prévoit de parvenir en 2025 aux 2% qui restent l’objectif de la BCE. Cette perspective ouvre la porte à une baisse prochaine des taux directeurs dans la zone euro. Pourquoi pas à la fin juin, si le reflux de la hausse des prix à la consommation n’est pas remis en cause d’y là ? Le même scénario semble se dessiner aux Etats-Unis, où Jerome Powell a déclaré cette semaine que la Fed pourrait baisser ses taux directeurs « à un moment donné cette année », à condition que l’économie évolue comme prévu.
Ces déclarations sont très favorables aux actions, surtout lorsqu’elles s’accompagnent d’une détente des rendements sur le marché obligataire. Ces nouvelles libèrent les marchés d’un poids considérable, mais les investisseurs ne peuvent se nourrir de la seule perspective d’une détente monétaire pour mettre en place une stratégie d’investissement pertinente. Les déclarations de Christine Lagarde et Jerome Powell vont être rapidement intégrées dans les cours, certains observateurs font déjà remarquer qu’il ne s’agit là que de la confirmation d’une attente qui n’est pas nouvelle.
En même temps que la BCE confirmait ses prévisions optimistes sur l’évolution des prix à la consommation dans la zone euro, ses experts ont révisé cette semaine à la baisse leurs perspectives de croissance pour la zone euro à 0,6% cette année, contre 0,8% auparavant, soulignant d’atonie de la demande étrangère, notamment dans le secteur industriel. L’Allemagne est la plus touchée par la contraction du commerce mondial et par la faiblesse de la consommation interne. Le célèbre institut IFO a ainsi revu à la baisse ses prévisions de croissance à 0,2% pour 2024, contre 0,7% en janvier. Ce ralentissement de la croissance constitue un signal encourageant sur les perspectives d’évolution de l’inflation, mais il risque d’avoir un impact défavorable sur les résultats des entreprises européennes. Les dernières estimations en provenance des différents bureaux d’analyse financière font état d’une anticipation de croissance comprise entre 3 et 4% pour les sociétés européennes de l’indice Stoxx 600, comparé à des attentes supérieures à 10% pour celles de l’indice S&P 500 aux Etats-Unis.
Les graphiques ci-dessus montrent que nos portefeuilles ne parviennent pas à suivre le rebond des l’indice CAC 40 qui a gagné 6,5% sur les trois derniers mois. Les sélections de fonds ISR/PEA et d’ETF Monde progressent respectivement de 5,3% et 3,6% sur la même période. Sur six mois, ils affichent des performances supérieures à 10% comparables aux indices. Nos deux portefeuilles d’actions détenues en direct sont plus en retard, avec des gains limités à 2,3% sur les trois derniers mois. Le portefeuille Défensif géré de façon très prudente, avec un souci de grande diversification des risques, est mal placé dans le contexte d’euphorie que connaissent aujourd’hui les marchés.
Le portefeuille Offensif conduit de façon plus agressive a subi de plein fouet la chute de l’action Teleperformance. Le groupe spécialisé dans la gestion des services à la clientèle a publié cette semaine des résultats tout à fait satisfaisants, mais il a subi de vives attaques suite à des analyses publiées par plusieurs brokers faisant état de la montée en puissance de l’intelligence artificielle qui exerce déjà une forte pression concurrentielle sur les acteurs traditionnels, comme Teleperformance. La position a été soldée le 29 février. STMicroelectronics, très dépendant des commandes d’Apple, et Dassault Systèmes, qui représentent deux positions importantes au sein de notre portefeuille Offensif, n’ont par ailleurs pas du tout profité de l’engouement que suscitent aux Etats-Unis les producteurs de puces électroniques et les producteurs de logiciels, notamment engagés dans la montée en charge des prestations liées à l’intelligence artificielle. Ce jeudi, nous avons initié une première prise de position sur BNP Paribas (150 titres achetés) et sur AXA (300 actions acquises) dans l’optique de bénéficier de la détente obligataire qui s’est mise en place depuis les récentes déclarations des dirigeants de la BCE.
Quelle stratégie pour les semaines à venir ?
La probabilité de voir la BCE procéder à une première détente de sa politique monétaire avant l’été (lors de la réunion du comité monétaire du 6 juin ou lors de celle du 18 juillet) a fortement gagné en crédibilité auprès des économistes de marché. Cette perspective va continuer de soutenir les indices européens, mais elle ne suffira pas à les porter à elle seule vers de nouveaux sommets. Nous préférons ne pas céder à l’euphorie. Ceci nous conduit à continuer de privilégier une stratégie de diversification de nos actions, même si celle-ci nous vaut, à court terme, quelques points de retard sur l’évolution des grands indices. Un examen rapide de la cartographie des pondérations au sein du CAC 40 permet de comprendre à quel point notre indice est dépendant de quelques valeurs. Les huit premières (LVMH, Hermès International, L’Oréal, TotalEnergies, Aribus, Schneider Electric, Sanofi et Air Liquide, dont les capitalisations dépassent les 100 milliards d’euros) représentent à elles seules 57% de la valeur total de l’indice. Elles sont donc incontournables, la plupart figurent d’ailleurs dans nos portefeuilles à l’exception TotalEnergie, Sanofi et Schneider Electric. Le luxe d’un côté (avec LVMH et Hermès), et Air Liquide de l’autre, constituent le socle de notre portefeuille Défensif. Nous avons toutefois pris en début d’année une partie de nos bénéfices sur ces trois valeurs. Les positons sur Air Liquide ont été intégralement reconstituées. Nous n’excluons pas dans les prochains jours de revenir sur Hermès International et L’Oréal aujourd’hui sous-représentées dans le portefeuille.
La structuration de notre sélection Offensive est devenue plus délicate. A la différence de notre portefeuille de valeurs américaines sur lequel nous avons misé avec succès sur le secteur technologique, le « choix des possibles » est plus limité sur le marché européen. Le fabricant d’équipements pour la production de semi-conducteurs, le néerlandais ASML, nous donne pleine satisfaction, mais ce n’est pas le cas de nos champions français STMicroelectronics et Dassault Systèmes. Notre stratégie va consister à poursuivre nos recherches dans ce secteur en Europe, en sachant que nos choix sont contraints par notre postulat de départ ayant consisté à ne sélectionner que des valeurs éligibles au PEA. Or, celles-ci ne sont pas légion sur le Vieux continent, il s’agit trop souvent de sociétés très petites, donc plus vulnérables. Le secteur financier, par ailleurs très faiblement valorisé, nous paraît aussi bien placé pour profiter de la baisse des taux d’intérêt.
Bonne lecture et bon week-end à tous,
Roland Laskine
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