Les quatre grands chantiers que va entreprendre le nouveau président Faye

Le changement, c’est maintenant. Mais cette fois, c’est au Sénégal que ça se passe. A 44 ans, Bassirou Diomaye Faye est devenu le cinquième président du Sénégal, et aussi le plus jeune. Chef de file avec son mentor Ousmane Sonko d’une nouvelle génération d’hommes politiques en Afrique de l’Ouest, il présente son projet comme celui de la « rupture ». Les défis qui l’attendent sont nombreux.

Restaurer la démocratie, pierre angulaire du programme

Sur le plan intérieur, Bassirou Diomaye Faye a indiqué que ses « chantiers prioritaires » seraient « la réconciliation nationale », la « refondation des institutions » et « l’allègement sensible du coût de la vie ». « Les gens ont soif de changement quand on voit ce qui se passe dans ce pays en matière de corruption, de non-respect du droit, et celui qui incarnait le plus ce changement, c’est Ousmane Sonko », l’opposant qui a adoubé Bassirou Diomaye, explique à l’AFP El Hadji Mamadou Mbaye, enseignant-chercheur à l’université de Saint-Louis.

Le nouveau président assure vouloir lutter contre « l’hyperprésidentialisme », qui a engendré une « mainmise de l’exécutif sur le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire » et a conduit ces dernières années, selon lui, à une « instrumentalisation de la justice » pour traquer les opposants et les emprisonner.

Le prochain chef de l’Etat promet de limiter les pouvoirs du président, susceptible de destitution, de créer un poste de vice-président, d’interdire le cumul des mandats électifs, de lutter contre la corruption et d’instituer des peines alternatives à l’emprisonnement.

Se réapproprier les richesses énergétiques

Il se veut le candidat d’un « panafricanisme de gauche ». Son programme insiste sur le rétablissement de la « souveraineté » nationale, bradée selon lui à l’étranger. Il a promis de mieux répartir les richesses et s’est engagé à renégocier les contrats miniers, gaziers et pétroliers conclus avec des compagnies étrangères. Le Sénégal pourrait commencer à produire du gaz et du pétrole en 2024.

« Que personne ne nous fasse croire qu’on ne peut pas incarner notre propre souveraineté. Nous serons désormais un Etat souverain, indépendant, qui collaborera avec tout le monde mais dans des partenariats gagnant-gagnant », a déclaré le charismatique Ousmane Sonko lors du dernier meeting de campagne de son candidat.

Il souhaite également réévaluer les accords de pêche avec les acteurs étrangers, alors que les ressources halieutiques qui font vivre environ 600.000 familles s’amenuisent, pillées selon eux par des chalutiers européens et asiatiques. Il met aussi l’accent sur la nécessité de développer le secteur primaire pour garantir la sécurité alimentaire et se rapprocher d’une autosuffisance, sur le riz notamment.

En finir avec le franc CFA

Le nouveau dirigeant sénégalais promet également une réforme monétaire, voire la création d’une monnaie nationale, le Sénégal, à la place du franc CFA hérité de la colonisation dans plusieurs pays africains. Il a souligné durant la campagne que cette mesure, vue avec appréhension dans les milieux économiques, ne serait pas immédiate et ne s’effectuerait que sous certaines conditions strictes.

Dans un entretien au journal Le Monde, il a précisé sa pensée. Pour sortir du franc CFA, « l’idéal serait de le faire dans le cadre de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avec l’éco », le projet de monnaie unique ouest-africaine qui tarde à aboutir.

« Nous pourrions avoir soit une monnaie nationale arrimée à une monnaie communautaire, soit une monnaie commune », explique-t-il. Si le projet n’aboutit pas, « nous devrons envisager de prendre seuls notre souveraineté ».

Rééquilibrer les partenariats internationaux

« Le Sénégal restera le pays ami et l’allié sûr et fiable de tout partenaire qui s’engagera avec nous dans une coopération vertueuse, respectueuse et mutuellement productive », a-t-il affirmé dans une déclaration devant la presse. Le nouveau dirigeant sénégalais veut rééquilibrer ses partenariats internationaux, et renouveler sa relation avec la France, l’ex-puissance coloniale, qui est son premier partenaire commercial.

Ousmane Sonko a annoncé une « ère de rééquilibrage de nos relations avec le monde ». « Ce qu’ils veulent, c’est une politique gagnant-gagnant, c’est du patriotisme économique », explique à l’AFP Babacar Ndiaye, analyste politique du think-tank Wathi.

Le nouveau président souhaite enfin renforcer les missions diplomatiques du Sénégal en Afrique, promouvoir l’intégration régionale et proposer une réforme de la Cedeao renforçant le rôle du Parlement et de la Cour de justice.

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