Avant le coup d’Etat, le Niger était déjà l’un des pays les plus pauvres du monde, victime des violents effets du changement climatique et luttant contre la présence régionale de groupes armés.
Les Nigériens les plus vulnérables, souvent éloignés de la capitale où se joue le futur du pays, risquent de pâtir encore davantage de cette instabilité politique. En tant que directeur de l’International Rescue Committee (IRC) au Niger, j’en suis gravement préoccupé, ainsi que par la réponse de la communauté internationale à ce coup d’Etat.
Pourtant, des progrès avaient été accomplis : la croissance du produit intérieur brut (PIB) a été de 7,2 % en 2022 et devrait atteindre près de 12 % en 2024. Les attaques des groupes armés contre les civils ne cessaient de diminuer, à tel point que des plans concrets étaient en cours pour le retour dans leurs foyers des 350 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays. Ces avancées sont désormais menacées, et les besoins humanitaires risquent d’exploser si la réponse néglige de prendre en compte la vulnérabilité des civils.
En réponse au coup d’Etat du 26 juillet, la communauté internationale a réagi de trois manières principales :
– L’organisation régionale de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a imposé des sanctions économiques sévères et des fermetures de frontières ;
– elle a menacé d’intervenir militairement pour rétablir l’ordre constitutionnel ;
– et les pays bailleurs de fonds ont suspendu, à des degrés divers, leur aide au Niger.
Toutes ces décisions pourraient entraîner des conséquences humanitaires catastrophiques pour les personnes que mon organisation sert.
Insécurité alimentaire
Avant même la crise actuelle, environ 3,3 millions de personnes, soit 13 % de la population, vivaient en insécurité alimentaire. Dans la semaine qui a suivi l’annonce des sanctions, le prix moyen du riz a augmenté de 20 %. Les agriculteurs et les éleveurs locaux voient leurs moyens de subsistance s’amenuiser en cette période critique où les greniers sont vides à l’approche des récoltes.
Ils dépendent fortement du commerce régional, et ces mois-ci sont traditionnellement riches en échanges commerciaux transfrontaliers. Les fermetures de frontières ne font qu’aggraver la crise, empêchant les livraisons humanitaires vitales d’atteindre les communautés qui en ont le plus besoin. Près de 820 tonnes de biens pour la sécurité alimentaire sont bloquées à la frontière nigéro-béninoise.
Des organisations comme l’IRC ne peuvent plus acheminer les stocks vitaux. Nous attendons des suppléments nutritionnels pour 2 300 enfants, mais nous ne savons pas quand nous les recevrons. Nous disposons de réserves, mais elles menacent cruellement de s’épuiser.
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