C’est le tout premier traitement de thérapie génique autorisé à faire usage du système CRIPSR-Cas9 qu’on appelle souvent des ciseaux moléculaires. Un outil qui permet de venir couper des morceaux d’ADN. Et s’il a reçu cette autorisation de l’agence de santé britannique, c’est en partie parce que la drépanocytose est une maladie courante : elle concerne environ 30 000 personnes en France et 300 000 naissances chaque année à travers le monde.
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Des traitements temporaires et peu efficaces
L’unique mutation génétique entraîne une déformation des globules rouges : au lieu d’être arrondis, ils prennent une forme de faux. En premier lieu, cela conduit à leur destruction et donc à une anémie. Ensuite parce qu’ils sont plus rigides, ils se déplacent moins bien dans les plus petits vaisseaux sanguins, obstruent les organes et provoquent d’intenses douleurs. Les traitements disponibles sont surtout symptomatiques. Les transfusions sanguines permettent de remplacer les cellules anormales, mais ce traitement n’est pas curatif, il doit donc être renouvelé tous les 15 jours. Le seul qui soit définitif c’est la greffe de moelle osseuse, où tout est affaire de compatibilité et nécessite donc d’avoir un donneur. Avant d’être autorisé, ce nouveau traitement nommé Casgevy, développé par la société CRISPR Therapeutics a été testé chez des patients.
Annarita Miccio est directrice de recherche Inserm à l’institut Imagine : « C’est relativement simple, on va prendre les cellules des patients et on va faire des trous dans les cellules afin que le système CRISPR-Cas9 puisse rentrer dans les cellules. Une fois qu’il est rentré dans les cellules, il va modifier les génomes et les cellules sont corrigées. 1:43 et après que les séductions sont corrigées, on peut les donner aux patients. Donc c’est la première thérapie génique avec système CRISPR-Cas9. Je dois dire que les résultats cliniques sont vraiment spectaculaires. Donc avant les traitements, les patients drépanocytaires étaient toujours transfusés, ils avaient tous les symptômes, et surtout les patients drépanocytaires avaient beaucoup de douleurs, de crises douloureuses. La plupart des patients n’ont plus de crise douloureuse. Ils ne doiventt plus recevoir des transfusions de globules rouges. Donc je dois dire que ça c’est la cible qu’on a quand on fait une thérapie génique. »
Tous ces résultats n’ont pas encore été publiés. Le traitement de deux patients a bien fait l’objet d’une publication en 2020 mais ces résultats plus récents, menés sur 70 autres malades n’ont pour l’instant été présentés que lors du grand congrès d’hématologie et de thérapie génique. Et ces essais cliniques se poursuivent au Royaume-Uni, en France, Allemagne et Italie.
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De la paillasse aux essais cliniques en moins de 11 ans
Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’aspect exceptionnel de cette annonce ne tient pas tant aux résultats, qu’au fait que la technique CRISPR-Cas9 est très récente – la première publication la concernant date seulement de 2012… Il n’aurait donc fallu que onze ans pour qu’un transfert technologique s’opère, avec au passage un prix Nobel de chimie pour Jennifer Doudna et la française Emmanuelle Charpentier. Mais cela ne signifie pas pour autant que les recherches sur d’autres stratégies de thérapie génique doivent s’arrêter – notamment parce que ces traitements, avec ou sans les ciseaux moléculaires, sont encore très lourds.
Annarita Miccio : « Il y a beaucoup, beaucoup de patients, donc c’est pour ça qu’on doit continuer à développer des thérapies. Mais c’est vrai que la thérapie, c’est encore très lourde. Ça veut dire que les patients, ils doivent venir plusieurs fois à l’hôpital pour récolter toutes les cellules qu’on doit après modifier. On doit récolter beaucoup, beaucoup de cellules. Il doit recevoir aussi une chimiothérapie parce qu’on doit faire de l’espace pour les cellules qu’on a génétiquement modifiées. Et donc c’est vraiment un traitement très lourd. Donc ce qu’on essaie maintenant c’est plutôt de développer des protocoles qui sont moins lourds pour les patients et pour les cellules. Donc l’idée plutôt pour le futur c’est de développer quelque chose, un vecteur, un particule. Comme ça, ça veut dire que ça va être plutôt une injection ou une pilule, on peut dire, qu’on peut envoyer dans tout le monde aussi, par exemple dans des pays comme dans l’Afrique où, encore une fois, c’est pas possible de faire des greffes de cellules des patients, parce qu’il n’y a pas les structures pour faire ça. »
Des thérapies innovantes encore très chères. Le prix de Casgevy n’a pas encore été révélé mais il devrait largement dépasser le million d’euros. Seul levier d’action qui ne coûte pas une fortune : le dépistage, qui permet de traiter très tôt et donc de prévenir les complications et symptômes de la maladie.
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