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Lorsqu’il décroche son téléphone à presque 6 000 kilomètres de la France ce mercredi, il est 8 heures du matin, heure locale et Bakary Meïté a déjà commencé sa journée depuis belle lurette. « Cela fait 10 jours que je suis en Côte d’Ivoire et je dors 4 heures par nuit. » nous dit-il d’un ton calme et posé.
L’objet de ce rythme effréné est l’organisation, samedi, d’un événement qu’il assure dans son pays d’origine. Un moment qui s’annonce déjà historique puisque ce sera ni plus ni moins que le premier festival de rugby 100% féminin en Côte d’Ivoire.
De joueur de rugby pro à président du club d’ORCAS en Côte d’Ivoire
« Qu’est-ce qui m’a pris de me lancer dans un truc pareil ? » écrivait-il plus tôt dans la semaine sur X, où il est particulièrement actif. Une question à laquelle l’ancien troisième ligne centre, qui a connu la Pro D2 à Massy, Béziers et Carcasonne et le Top 14 le temps d’une saison au Stade français, a tâché de répondre pour Actu Rugby.
En recontextualisant, tout d’abord. Fin 2022, « Baky » a répondu à l’appel d’Hermann Yao, ancien talonneur et coéquipier en sélection de Côte d’Ivoire. Ce dernier lui demandait depuis des années de lui filer un coup de main pour développer le club de rugby qu’il avait crée en 2016 dans la commune d’Abobo, au nord de la capitale ivoirienne Abidjan.
À l’origine, une promesse faite à ses filles
C’est ainsi que Meïté est devenu, un an après sa retraite de joueur professionnel, président de l’Olympique Rugby Club Abobo Sogephia. Un engagement fort qui l’amène a s’envoler pour l’Afrique de l’Ouest trois à quatre fois par an pour piloter des projets et tenter de récolter des fonds pour couvrir les dépenses du club, qui ne fait pas payer les licences à ses adhérents. Dont la plupart sont d’ailleurs des adhérentes, puisque 90 des 140 licenciés de l’ORCAS sont des licenciées.
C’est en amenant ses propres filles sur un terrain multisport flambant neuf de la commune d’Abobo, dit agora, inauguré durant la dernière Coupe d’Afrique des Nations, que l’idée a germé en lui de faire évoluer le tournoi mixte annuel du club en un festival 100% féminin.
Une option qui a fini par s’imposer naturellement malgré l’étonnement et quelques réticences. « Le rugby féminin est dans l’ADN du club. On est hyper engagé dans la promotion du genre, l’égalité des sexes et la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. On a des filles de la catégorie U8 aux Seniors. De voir toutes ces jeunes filles s’engager dans ce sport mineur en Côte d’Ivoire qu’est le rugby m’a donné envie de faire quelque chose pour elles. Elles ont fini par me convaincre avec tout ce qu’elles y mettent. »
« Il y a un vrai projet social derrière »
Un défi sur lequel « Baky » planche depuis des semaines, pour accueillir au mieux les quelques 450 filles qui sont attendues pour le tournoi, des U12 aux Seniors. Mais le projet se veut dans la continuité de l’ambition portée par l’ancien numéro 8 pour « ses » filles.
« Abobo est peut-être la commune la plus populaire de la zone d’Abidjan. Il y a un déterminisme qui fait que c’est très compliqué d’en sortir. On essaye de notre côté de proposer à ces jeunes gens le rugby comme levier social pour les emmener vers plein d’autres choses. Il y a un vrai projet social derrière. »
Un projet d’élévation par le rugby et d’ouverture qui sera pleinement incarné lors de ce festival, avec les venues de figures du sport ivoirien comme la championne de taekwondo Mariama Cissé et le boxeur Paul Kouamé, d’une photographe et d’une poétesse reconnues, mais aussi la tenue d’un atelier culturel mettant en valeur la Côte d’Ivoire.
Une première qui en appelle d’autres
La perspective d’une grande fête populaire placée sous le signe de la femme où sont également attendus les ambassadeurs de France et des Pays-Bas.
« On est dans une société relativement machiste en Côte d’Ivoire, plus encore que ce qu’on peut voir en France. Nous, on essaie de convaincre les filles que ce que fait un garçon, une fille aussi peut le faire et qu’elle peut accomplir de grandes choses. On a travaillé très dur pour pouvoir mettre sur pied ce festival, les choses ne se font pas facilement mais je sais pourquoi je le fais et j’espère que cette première se passera bien pour ouvrir plus facilement les portes pour les années suivantes. » Pour sûr tout le mal qu’on lui souhaite.
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