L’intelligence artificielle transforme toujours plus films, séries et émissions

L’émission Hôtel du Temps, diffusée sur France 3, est nommée dans la catégorie Divertissement non scénarisé aux Emmy Awards 2024, une cérémonie qui récompense aux États-Unis les meilleurs programmes TV. Cette émission a été arrêtée mais elle n’en reste pas moins une prouesse technique. Son producteur Thierry Ardisson a choisi de faire revivre des personnalités comme Dalida, Coluche et Jean Gabin, grâce à l’intelligence artificielle.

Pour recréer le visage de ces stars, la technologie du « Face Retriever », une sorte de « masque numérique », a été utilisée. Elle a été développée par Mac Guff, une entreprise française basée à Paris. Elle travaille pour la télévision le cinéma, les plateformes. Pourtant, en témoigne la  longue grève à Hollywood, cette IA se développe dans un contexte de méfiance du monde audiovisuel à son égard.

Le Reportage de la Rédaction

8 min

Une technologie de plus en plus réaliste

Dans la mini-série Tapie, Mac Guff a rajeuni un acteur de 20 ans, sans aucun maquillage grâce à l’IA, sur deux heures de programme, soit sur plus de 1 000 plans. Des protagonistes ont été rajeunis dans la série Le Bureau des Légendes. L’IA a aussi permis de grimer l’acteur Omar Sy dans Lupin. Mac Guff a également créé le visage d’une fillette, boursouflé à cause de la cortisone, pour la fiction Tout va bien.

« Quand on parle d’intelligence artificielle, on parle d’un modèle auquel on donne des données et à partir desquelles, un résultat doit sortir et qu’on espère le plus juste possible », explique le co-fondateur de Mac Guff Rodolphe Chabrier. Et d’ajouter : « Pour faire un remplacement de visage comme pour cette fillette, on doit nourrir le modèle en lui apprenant ce qu’est un visage de fillette, gonflé à la cortisone. On a donc fait travailler des maquilleurs et des prothésistes. Ils ont réalisé, une seule fois, le visage que le réalisateur souhaitait. Et on a filmé la fillette comme ça pendant une heure pour nourrir notre modèle d’intelligence artificielle. Ensuite, elle a pu tourner tous ses plans normalement, sans passer trois heures au maquillage. On a récupéré les images, et on a recollé le visage que l’on avait créé sur le sien ».

L’outil du « Face Retriever » « ajoute une couche de réalisme », indique Philippe Sonrier, également co-fondateur de l’entreprise. « La prothèse, cela reste figé. Dans des très bonnes séries, comme ‘Sambre’, qui sont sur de très longues durées, quand les comédiens sont âgés, les prothèses marchent beaucoup moins bien. On sent presque l’intrigue prendre du poids parce que le visage ne bouge pas parfaitement alors que l’IA, je pense, aide la narration et facilite les capacités dramatiques de la narration ».

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Cette technologie a beaucoup évolué ces dernières années. Elle est de plus en plus réaliste, naturelle. Elle est plus rapide à appliquer et elle coûte également moins cher qu’avant. « Le champ des possibles s’élargit pour les metteurs en scène et pour les scénaristes », souligne Rodolphe Chabrier.

Malgré tout, plus elle progresse, plus elle inquiète. Les acteurs notamment ont peur d’être moins appelés, d’être remplacés par l’IA et de disparaître. « On a besoin du comédien, assure Rodolphe Chabrier. On a besoin de son visage, de son langage corporel pour le rajeunir et le vieillir. Malgré tout, quand on sait faire ça, on peut prendre un comédien et le mettre sur le corps de quelqu’un d’autre, donc quelqu’un d’autre peut jouer à sa place. Les publicitaires vont demander ça parce qu’ils veulent certaines vedettes, très chères et qui ont un agenda chargé. Ils vont donc prendre quelqu’un d’autre et lui ‘coller’ la tête de la vedette. Malgré tout, on n’aura pas le jeu ou la façon de bouger de Ronaldo. Mais même ça, ça évolue, c’est-à-dire qu’on va pouvoir assez rapidement travailler le jeu, l’attitude, le langage corporel comme des éléments qui peuvent être modélisés et intégrés à un modèle d’intelligence artificielle ».

Un accord provisoire au niveau européen

L’intelligence artificielle qui remplacerait totalement l’acteur, c’est le point de désaccord entre les deux hommes. Pour Philippe Sonrier, « l’IA ne fait que répliquer le réel et ne crée rien. Elle mixe, elle mélange mais elle ne va pas répliquer aussi génialement que l’humain. Un acteur peut surgir parce qu’il fait exister des subtilités qui n’existaient pas avant. Une machine ne va pas faire ça. Jamais de la vie. Elle va tenter des choses mais cela restera du mixage ». « Pas tout de suite en tout cas, complète Rodolphe Chabrier. Mais à long terme, on pourra se poser la question ».

Tout cela sera bientôt encadré par une loi européenne sur l’IA.  Un accord provisoire a déjà été trouvé, avec des garanties concernant les droits d’auteur et la rémunération. « Une réglementation va interdire des choses. Elle va permettre de répartir, si on y arrive, des gains. On voit une réglementation émerger, notamment aux États-Unis où des comédiens devraient pouvoir être rémunérés si leur image est utilisée. Mais ce n’est pas là que se trouve l’enjeu principal. Selon moi, le problème, ce sont toutes les datas qui viennent nourrir les IA. Comment va-t-on pouvoir les tracer ? Qui va pouvoir les consulter et comment ? », s’interroge Philippe Sonrier.


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