l’interview de Jordan Bardella fait débat sur la liberté de la presse – EURACTIV.fr

Cinq élus français de Guadeloupe et deux chefs de file européens ont exprimé leur mécontentement ce week-end (9 et 10 décembre) après que le groupe Radio Caraïbe International (RCI) a décidé de suspendre la journaliste Barbara Olivier-Zandronis suite à son interview du président du Rassemblement national, Jordan Bardella.

Lors d’un voyage (5 à 8 décembre) en Martinique et en Guadeloupe, deux régions ultrapériphériques de l’UE, Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national (RN, Identité et Démocratie) aux élections européennes de juin 2024, a été interviewé par la journaliste guadeloupéenne Barbara Olivier-Zandronis au micro de Radio Caraïbe International (RCI) Guadeloupe, le 8 décembre.

Au cours de l’interview, M. Bardella a réagi sèchement aux questions de Mme Olivier-Zandronis.

« Si vous êtes agressive, à ce moment-là, je m’en vais », a-t-il tancé.

Le leader du Rassemblement national a également dit à Mme Olivier-Zandronis qu’elle devrait arrêter de lire ses notes, puis a déclaré que les écoles de journalisme « n’étaient plus ce qu’elles étaient ». Il lui a finalement demandé : « Vous avez votre carte dans quel parti politique, Madame ? ».

Suite à cette interview, la direction de RCI Group a décidé de l’écarter pour un temps du journal de 13h.

« Il est profondément troublant de constater que l’engagement de Barbara Olivier-Zandronis envers une information juste et sa volonté d’exercer son métier en conscience, aient été punis [par son retrait du journal de 13 heures], alors même que c’est monsieur Jordan Bardella qui aurait dû être sanctionné pour son comportement », ont réagi par une lettre ouverte trois députés et deux sénateurs guadeloupéens, dont l’ancien ministre des régions ultrapériphériques, Victorin Lurel.

La lettre demande que Mme Olivier-Zandronis soit rétablie dans ses fonctions, au nom de la liberté de la presse et de la protection des journalistes.

Les chefs de file aux élections européennes des écologistes (Les Verts/ALE), Marie Toussaint, de Renaissance (Renew Europe), Stéphane Séjourné et le leader de La France Insoumise (The Left), Jean-Luc Mélenchon, ont également exprimé leur soutien à la journaliste dimanche (10 décembre).

Questions sur la campagne de l’UE liées à la Guadeloupe

Durant son journal, Mme Olivier-Zandronis a interrogé le soutien des régions ultrapériphériques françaises au parti de M. Bardella. Elle a rappelé au chef de parti qu’historiquement ni Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national – aujourd’hui rebaptisé Rassemblement national – ni sa fille Marine Le Pen n’ont été les bienvenus dans les Antilles françaises.

M. Bardella a fait valoir que son parti avait obtenu près de 70 % des voix lors du second tour des élections présidentielles de 2022 en Guadeloupe, ce que Mme Olivier-Zandronis a rappelé avoir été « tout de même considéré par de nombreux spécialistes comme un vote contestataire ».

Ensuite, Mme Olivier-Zandronis a suggéré que les députés RN au Parlement européen ne soutiennent pas les Guadeloupéens lorsqu’ils votent. Elle a notamment cité l’inscription de l’écocide dans la liste des crimes de l’UE, le renouvellement de la flotte de pêche et le scandale du chlordécone, un pesticide dangereux pour la santé, utilisé en Guadeloupe jusqu’en 1993 et responsable de nombreuses maladies sur l’île.

M. Bardella a défendu la ligne politique de son parti en affirmant qu’il était en faveur d’un « patriotisme » économique, de la fin des accords commerciaux négociés par l’UE et que son parti ne votait pas des textes en contradiction avec les « intérêts des pêcheurs ».

Le travail de Jordan Bardella au Parlement européen en question

Mme Olivier-Zandronis a commencé par demander au président du RN pourquoi posait-il souvent des questions orales au Parlement européen, mais n’avait à son actif qu’une seule proposition de résolution.

M. Bardella a répondu qu’il disposait d’un des meilleurs taux de présence, à 92 %.

Lors de la réunion du parti européen Identité et Démocratie (ID) qui s’est tenue à Florence la semaine dernière, M. Bardella a déclaré : « L’Europe ne peut pas devenir une auberge cinq étoiles pour l’Afrique ». Mme Olivier-Zandronis lui a alors demandé : « Est-ce que vous estimez que les trottoirs parisiens, les campements de fortune de Calais ont des points communs avec les auberges ? »

M. Bardella a répliqué qu’il était contre l’Aide Médicale d’État (AME), qui fournit des soins médicaux à toutes les personnes sur le territoire français, arguant que l’AME coûte chaque année plus d’un milliard d’euros et qu’elle fournit aux migrants des soins de santé gratuits sans que ceux-ci cotisent.

Enfin, Mme Olivier-Zandronis a rappelé à M. Bardella que ses collègues avaient voté contre la reconnaissance par l’UE de l’esclavage comme crime contre l’humanité en 2020, et lui a demandé d’expliquer sa position personnelle.

M. Bardella a répondu qu’il considérait personnellement l’esclavage comme un crime contre l’humanité, mais que ce n’était pas le rôle de l’UE d’interférer dans la gestion de ces dossiers.


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