Lionel Mpasi (République démocratique du Congo) : « Nous n’avions pas le droit d’être une sélection qui ne gagne pas »

Lionel Mpasi, gardien de but de Rodez (Ligue 2), va officiellement participer à sa première Coupe d’Afrique des Nations, avec la République démocratique du Congo. Dans une entrevue, il partage son début de carrière difficile, sa progression à Rodez, et ses objectifs en Côte d’Ivoire.

Befoot : Vous vous êtes installé comme numéro un à Rodez, et maintenant en sélection avec la République démocratique du Congo. Quel est le secret de cette montée en puissance ?

Lionel Mpasi : Je pense qu’il n’y a pas de secret, c’est le travail. C’est un peu l’histoire de ma carrière. J’ai commencé par intégrer le centre de formation du PSG. Je n’ai jamais été le plus talentueux, et j’en étais conscient. J’évoluais avec Mike (Maignan) et Alphonse (Areola), je savais parfaitement qu’il y avait beaucoup de talents que moi.

Quand je suis arrivé à Toulouse, c’était pareil. Je me suis toujours battu pour jouer. À Rodez, c’était encore la même histoire, j’ai dû me battre pour arriver à ce poste de numéro un, aujourd’hui. J’ai toujours cru en moi, j’ai continué à travailler. Lorque on m’a laissé ma chance, j’ai essayé de la saisir, et c’est ce qui s’est passé à Rodez, comme avec la République démocratique du Congo.

Vous vous apprêtez à défendre les couleurs de la République démocratique du Congo dans une Coupe d’Afrique des Nations. Comment vivez-vous le fait de faire votre première fois dans une grande compétition avec votre pays ?

C’est incroyable, cela sera une expérience folle. J’ai toujours regardé cette compétition à la télévision, et maintenant, je vais y participer. Je suis vraiment impatient et excité. Nous allons jouer contre des joueurs de haut niveau et représenter notre pays. Les supporters de la République démocratique du Congo sont nombreux sur terre, et quand nous gagnerons un match, nous rendrons fier tout le pays. Pour l’instant, je ne réalise pas vraiment. Mais quand j’arriverai en Côte d’Ivoire, je prendrai conscience de l’ampleur des choses.

Vous êtes tombé dans la poule du Maroc, demi-finaliste historique de la dernière Coupe du Monde. De quel œil voyez-vous cette rencontre ?

Nous avons justement joué contre eux lors des qualifications pour la Coupe du Monde (4-1 ; 1-1). Nous avons un peu une revanche à prendre contre eux. En l’absence de qualification pour nous, ils ont obtenu leur ticket pour cette compétition. C’est un petit défi. En tant que sportif de haut niveau, tu es forcément compétiteur. Nous allons assister à une belle rencontre !

Quatre ans que la République démocratique du Congo n’a pas été en phase finale d’une compétition majeure. Quel est l’objectif que vous vous êtes fixés avec Sébastien Desabre.

Là pour la compétition, notre objectif est d’atteindre au moins les quarts de finale. Depuis son arrivée, Sébastien Desabre nous avait donné comme objectif de nous qualifier pour le Mondial et pour la CAN 2023. Avec cette qualification pour la compétition en cours, nous sommes déjà en avance. Cela lui donne du crédit et démontre que nous travaillons bien avec lui. Nous allons continuer à travailler, car nous avons une belle génération. J’espère que nous irons le plus loin possible dans cette compétition.

« Notre objectif est d’atteindre au moins les quarts de finale. Nous devrions être du niveau du Sénégal, du Maroc… »

Alors, les mauvais jours en sélection pour la République démocratique du Congo sont-ils définitivement derrière elle ?

Je l’espère. C’est ce que le sélectionneur nous a dit dès son arrivée. Pour un pays comme la République démocratique du Congo, nous n’avions pas le droit d’avoir une sélection qui ne gagne pas. Nous devrions être du niveau du Sénégal, du Maroc… C’est pourquoi Sébastien Desabre est venu avec une philosophie, un cadre, et pour le moment, ça fonctionne. Nous sommes en train de nous reconstruire petit à petit.

Individuellement, chacun a ses objectifs. Combien de clean sheet pensez-vous réaliser lors des trois premiers matchs des phases de poules ?

Les 3. Trois matchs, trois clean sheets. Cela serait incroyable de ne prendre aucun but avec la République démocratique du Congo pendant les phases de poules.

La République démocratique du Congo fait-elle partie des favoris ?

Non, je pense que nous ne faisons pas partie des favoris, car comme nous venons de l’évoquer, nous sortons d’une période difficile. Cependant, vu la façon dont nous travaillons en continuant à respecter le plan de jeu du coach, nous pouvons rapidement devenir des outsiders, une sélection capable de perturber les grandes nations. En Afrique, nous avons encore beaucoup à prouver, et nous espérons redonner un élan au football congolais.

Quitter son club en plein milieu de la saison pour sa sélection fait parler. Le comprenez-vous ?

Oui, je comprends les clubs, les présidents… Ils ont l’absence d’un élément pendant plus d’un mois et c’est handicapant. Quand j’ai prolongé à Rodez cet été, cela faisait partie des clauses de mon contrat : mon absence pendant environ un mois. D’autant plus que le mois de janvier est crucial pour notre saison à Rodez. La prochaine Coupe d’Afrique des nations au Maroc va résoudre pas mal de problèmes.

Vous êtes d’ailleurs sur une bonne dynamique avec le RAF (9e de Ligue 2 avec 27 points, ndlr). Quel est le secret de cette réussite ?

Nous réalisons un bon début de saison. Si nous avions été plus efficaces dans les deux surfaces, nous aurions pu récolter encore plus de points. Nous formons un groupe très solide, nous nous projetons davantage vers l’avant, et par conséquent, nous créons logiquement plus de situations. Nous marquons également plus de buts (30). C’est plaisant, car lorsqu’ils viennent au stade, les supporters s’identifient à notre style de jeu. C’est ce que le coach (Didier Santini) a apporté, son identité de jeu. Tout le monde adhère à son projet, et cela se ressent pendant les matchs. Nous allons essayer de continuer.

Après l’épisode de Bordeaux, l’an dernier, et ce maintien acquis lors de la dernière journée avec cet incident dont a été victime Lucas Buades, la presse a beaucoup parlé des trois clubs concernés (avec Annecy). En tant que joueur, comment l’avez-vous vécu ?

Nous sommes restés très calmes. En réalité, nous avons subi les conséquences plus qu’autre chose, ne comprenant pas tout sur le moment. Une fois le match arrêté, nous savions que la rencontre n’allait pas reprendre. Ensuite, toute l’équipe est partie en vacances sereinement, personne ne nous a demandé de rester pour continuer à nous entraîner. La seule chose qui nous tenait en haleine, c’était la décision qui allait être prise.

Au début de la saison, cet épisode trottait-il encore dans vos têtes ?

Non, le coach n’en a jamais reparlé. Le président l’a fait une seule fois. Son discours était simple : servez-vous de ce moment qui a soudé toute l’équipe pour la saison qui arrive. En fait, cela a soudé tout le monde à tous les niveaux, même jusqu’aux partenairer. Maintenant, c’est derrière nous, et nous allons de l’avant.

À presque 30 ans, vous n’avez évolué qu’à Rodez tout au long de votre carrière en professionnel. De quelle manière expliquez-vous ce parcours ?

Moi, j’ai plutôt eu la carrière d’un joueur qui accède tardivement au haut niveau et qui réalise une bonne carrière. J’ai toujours pensé être numéro deux, comme certains l’ont étaient. Mais j’ai toujours cru en moi. J’ai la carrière d’un travailleur, de quelqu’un qui se bat quand c’est difficile. On n’est pas toujours le meilleur, mais on va chercher les choses. Je suis content, à 29 ans, de pouvoir jouer en Ligue 2 et avec la République démocratique du Congo.

Le RAF et vous, c’est une histoire d’amour qui dure depuis 2016. Est-ce que vous vous voyez finir votre carrière dans ce club ?

Je ne sais pas ce que demain nous réserve. J’ai prolongé cet été jusqu’en 2025, voire 2026. Tout le monde sait que je me sens bien ici. Nous avons vécu des expériences incroyables, notamment avec deux montées (de National 2 à National, et de National en Ligue 2), et c’est ce qui m’a fait rester toutes ces années ici. Je prends ce qu’il y a à prendre. Je suis content, je suis à Rodez, je joue en Ligue 2. Le plus important pour moi, c’est d’être sur le terrain. Je me sens bien ici.

Un championnat de première division, que ça soit en Ligue 1 ou en Europe, cela ne vous fait-il pas de l’œil ?

Comme je l’ai dit, je ne sais pas de quoi demain sera fait. Quand je suis arrivé en 2016 à Rodez, jamais je n’aurais pensé être appelé pour la Coupe d’Afrique des nations avec le Congo. C’est la beauté de ce sport : si tu crois en toi et que tu continues à travailler, tu progresseras. On verra où cela me mène, mais bien sûr, en tant que joueur, j’aimerais évoluer en première division, que ce soit en France ou en Europe.

Propos recueillis par Achille Mourgues

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