Le rapport du groupe d’experts des Nations unies sur Haïti publié le 18 octobre a exposé les multiples raisons de l’insécurité grandissante dans le pays, parmi elles le financement des gangs armés par des membres influents de la politique et du secteur économique, la facilitation du trafic de drogue par des figurent des deux secteurs cités avant et le trafic d’armes à feu en provenance notamment des Etats-Unis et de la République Dominicaine.
Dans la partie du rapport des experts des Nations unis traitant des routes du trafic d’armes en Haïti, l’ONU informe que selon des recherches menées par le Groupe d’experts ainsi que de ses observations sur place en Haïti que la majorité des armes à feu et des munitions en circulation dans le pays sont fabriquées ou achetées à l’origine aux États-Unis.
« Elles arrivent en Haïti directement depuis les États-Unis ou via la République dominicaine. On a constaté également des tendances moins courantes, comme la présence de fusils de type AK retrouvés en Haïti, détournés d’un pays d’Amérique du Sud et probablement introduits dans le pays à la faveur du trafic de drogue ou importés de la République dominicaine, où des saisies récentes ont permis de trouver des armes en provenance d’Amérique du Sud. », peut-on lire dans le rapport onusien.
Le document consulté par la rédaction de Loop informe que les gangs les plus importants et les plus riches essaient de se fournir directement aux États-Unis pour certains types de matériel spécifiques, par exemple des armes de plus gros calibre, comme des fusils anti-matériel de 12,7 x 99 mm, des mitrailleuses légères et les munitions correspondantes ou d’autres calibres peu courants, alors que d’autres gangs achètent des armes de poings, des fusils à pompe et des fusils semi-automatiques de 5,56 mm ainsi que les munitions correspondantes, sur le marché illicite haïtien ou en République dominicaine.
« Le manque de ressources de l’administration douanière et les niveaux élevés de corruption dans le département sont des facteurs clés qui favorisent le trafic d’armes à destination d’Haïti. Au vu des saisies signalées depuis 2020, la plupart des ports d’entrée en Haïti – terrestres, maritimes ou aériens – sont exposés au trafic d’armes et de munitions. », souligne le rapport.
Trafic d’armes en provenance des États-Unis
Selon l’ONU, les États-Unis sont une source de matériel intéressante pour les détenteurs d’armes en Haïti, étant relativement proches du pays avec des prix bas et des contrôles limités sur les achats des armes et la présence d’une diaspora haïtienne importante aux USA. « La grande majorité des saisies faites par les autorités américaines ont eu lieu à Miami, l’un des principaux points de départ des conteneurs de marchandises vers Haïti et également le seul endroit aux États-Unis d’où partent des bateaux transportant vers Haïti des biens de seconde main en vrac. Ces bateaux, qui peuvent servir au trafic d’armes et de munitions à destination d’Haïti, partent de docks situés sur la Miami River, que le Groupe d’experts a visités. », ont fait ressortir les experts onusiens.
En effet, entre janvier 2020 et juillet 2023, le Bureau des douanes et de la protection des frontières des États-Unis a saisi 15 938 munitions de différents calibres ainsi que 35 carcasses et 59 armes, dont 45 armes de poing, 1 fusil de chasse, 12 fusils et 1 mitrailleuse, grâce au renforcement des contrôles par les autorités américaines. Au cours de cette période, « le Groupe d’experts a confirmé la présence d’armes à feu de fabrication privée, connues sous le nom d’ « armes fantômes » (ghost guns), et a documenté, dans des saisies récentes, plusieurs carcasses manufacturées ou fabriquées par machine a fraiser CNC, utilisées dans l’assemblage de ce type d’armes. ».
Qualifiant cette tendance de préoccupante et relativement nouvelle, l’ONU souligne que cette situation pose un grave problème au contrôle des armes aux États-Unis et dans les Caraïbes car les armes fantômes peuvent être fabriquées de manière relativement simple en achetant des pièces auprès de fournisseurs en ligne, les soustrayant ainsi au contrôle qui s’applique aux armes à feu fabriquées de manière classique, ajoutant que ces armes sont intraçables puisqu’elles n’ont pas de numéro de série.
Trafic d’armes en provenance de la République Dominicaine
La plupart des cas de trafic d’armes en provenance de la République Dominicaine passe par le poste- frontière de Belladere, par lequel la plupart des marchandises officielles en provenance de la République dominicaine entrent en Haïti, selon le document des Nations unies, précisant qu’une grande partie du trafic passe sous le radar, bien que les autorités dominicaines et haïtiennes ont effectué plusieurs saisies récentes de part et d’autre de la frontière.
« Les affaires concernent souvent du matériel acheté à l’origine aux États-Unis et acheminé vers le marché illicite de la République dominicaine. », souligne le rapport ajoutant que l’achat de matériel sur le marché illicite dominicain reste intéressant, bien que moins lucratif que les importations directes en provenance des États-Unis. « Un fusil semi-automatique de 5,56 mm coûtant entre 500 et 700 dollars aux États-Unis peut se vendre environ 2 500 dollars en République dominicaine ou deux à trois fois plus en Haïti. ».
A en croire le document rédigé par des experts de l’ONU, des gangs armés, particulièrement 400 Mawozo dirigé par « lanmò 100 jou » s’approvisionne en armes à feu et munitions en ayant recours à des trafiquants dominicains, compte tenu de la proximité avec la frontière dominicaine du territoire qu’il contrôle.
« Le Groupe d’experts a enquêté sur d’autres cas montrant des réseaux passant par des responsables corrompus, notamment des policiers, des fonctionnaires et des proches des autorités locales, qui facilitent le passage de matériel illicite. », précise ce rapport dont des sections montrent l’implication des autorités politiques, des agents économiques et même des policiers dans l’approvisionnement des gangs en armes à feu et munitions.
Trafic d’armes à feu en provenance d’Haïti
Selon l’ONU, le trafic historique de marijuana de la Jamaïque vers Haïti par la voie maritime s’est transformé, au fil du temps, en un échange d’armes contre de la drogue (ganja). Les données de certaines sources de sécurité régionales enquêtant sur la question, citées dans le rapport des Nations unies, font état d’échange d’une arme de poing contre 18 kg de marijuana estimé à 2 000 dollars américains « ce type d’armes à feu étant particulièrement demandé en Jamaïque ».
« Le trafic d’armes et de munitions vers Haïti est l’un des principaux moteurs de l’expansion du contrôle territorial des gangs et des niveaux extrêmes de violence armée dans le pays, et représente une menace pour la stabilité régionale. », a fait remarquer le groupe d’experts des Nations unies dans le rapport, exhortant les autorités haïtiennes et les États Membres de la région a tout mettre en œuvre pour mettre fin au flux d’armes et de munitions dans le pays, et que les dispositions relatives à l’embargo sur les armes ciblé soient renforcées de toute urgence et de manière stricte
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