Il aura fallu peu de temps pour qu’on passe des balbutiements de l’informatique au royaume parfois oppressant du tout numérique. Aujourd’hui, les produits et services high-tech sont au cœur de notre quotidien.
Et si cette surabondance technologique, sous couvert de nous aider et de nous faire gagner du temps, était en fait une nouvelle forme d’aliénation ? C’est le point de vue de ceux qu’on appelle les Low-Tech. Un courant qui n’a rien d’un rejet de la technologie, mais qui prône plutôt un usage pondéré de cette technologie afin de préserver nos ressources, d’arrêter de surconsommer et de surdépenser. Puisque aujourd’hui, dès qu’un appareil ne fonctionne plus, on le remplace au lieu de le réparer.
Zoom donc sur le mouvement Low-Tech. Que revendique-t-il exactement ? La société dans son ensemble peut-elle aller vers le Low-Tech ? Est-ce que la Low-Tech, c’est une bonne manière de nous désintoxiquer de la High-Tech ? Est-ce que c’est une bonne façon de devenir raisonnable sans se déconnecter ?
Avec Adrien Bellay, réalisateur. Il a réalisé le documentaire L’éveil de la permaculture, en 2017, et Low-Tech, Les bâtisseurs du monde d’après, en salles depuis le 7 juin.
De quand date la Low-Tech ?
Le 26 mars 1811, c’est la première rébellion contre des machines. Les luddites – troupes du général Ludd – décident de casser des machines. On les connaît en effet pour avoir brisé les premières machines à tisser industrielles entre 1810 et 1816, dans les Midlands, au centre de l’Angleterre. Cette rébellion va très mal se passer et les luddites seront sévèrement réprimés.
Ces idées vont réapparaître à la faveur des penseurs et des écologistes dans les années 70, avec notamment des livres popularisant les idées qui portent la Low-Tech, par exemple Small is beautiful, de Ernst Friedrich Schumacher, publié en 1973.
La Low-Tech, c’est en fait une réaction à l’omniprésence des technologies modernes et à notre dépendance à ces technologies. Terminée les successions d’iPhone, place aux solutions simples, durables et accessibles. Des solutions qui répondent à nos besoins et qui minimisent l’impact sur l’environnement. La Low-Tech avait d’ailleurs un autre nom avant : Appropriate Technology, la technologie appropriée.
Adrien Bellay explique : « Depuis les années 1960-70, il y a eu des courants techno-critiques et cela réapparaît peut-être aujourd’hui parce qu’on est submergé par les High-Tech et par tout ce que ça convoque derrière puisque finalement les téléphones portables, et tout l’univers du numérique derrière, c’est de la pollution, ce sont des déchets qu’on ne sait pas forcément recycler, qu’on ne sait pas traiter et surtout des problèmes de dépendance, d’aliénation et puis aussi de modification des comportements humains. On devient de plus en plus individualiste en utilisant le téléphone, les applications. Et aujourd’hui, avec l’arrivée des intelligences artificielles, il y a peut-être de nouvelles ruptures technologiques qui promettent peut-être encore des bouleversements sociologiques encore plus conséquents. »
La Low-Tech trouve donc un fort écho aujourd’hui. Elle nous propose des alternatives concrètes et pragmatiques face aux technologies complexes et coûteuses.
La Low-Tech, un état d’esprit
Adrien Bellay explique que la Low-Tech, c’est une démarche qui vise la sobriété, l’économie de matière et d’énergie, la recyclabilité, la durabilité des objets. Mais on peut tout de même être connecté et Low-Tech. Pour notre invité : « On évolue dans des systèmes extrêmement technologiques. Il est difficile de faire la part entre le Low-Tech et le High-Tech. Par exemple, on peut dire qu’un vélo, c’est un objet Low-Tech. Dans son usage, on peut le réparer facilement. C’est assez accessible comme technologie. Mais finalement, on se rend compte qu’il faut aussi faire appel à la métallurgie, à des technologies très complexe, pour le créer cet objet. »
Une démarche exigeante, mais possible
Selon Adrien Bellay : « C’est rarement discuté démocratiquement cette question de la technique. C’est aussi du lobbying. C’est des grandes entreprises qui proposent de nouvelles technologies et nous, en tant que citoyens, on se sent un peu impuissant, désemparé face à nos questions. »
Ça peut être un peu difficile d’aller vers moins de technologies individuellement mais c’est néanmoins possible. Selon notre invité, il y a plusieurs portes d’entrée et différents degrés d’application des Low-Tech. Le vélo est un objet Low-Tech. Passer le balai plutôt que l’aspirateur est Low-Tech. Le téléphone à touches, type Nokia, qui permet d’appeler et d’envoyer des messages, est le téléphone Low-Tech par excellence. Il explique qu’il y a la possibilité d’aller fréquenter les ateliers de réparation, les tiers-lieux, toute cette dynamique autour du faire soi-même. C’est accessible et appropriable.
De plus, pour lui, cela peut apporter beaucoup de joie et de fierté, être empouvoirant « de fabriquer ses propres objets ou ses outils de production. Ou par exemple pour les entrepreneurs de développer des modèles qui sont plus vertueux, qui sont plus sobres en énergie et qui s’inscrivent dans ce monde de la décroissance qui est plus en accord aussi avec les limites planétaires. » Et cela peut aussi créer du lien social, des échanges, des discussions.
Concernant l’obsolescence programmée, il y a des associations comme par exemple Halte à l’obsolescence programmée, qui lutte sur ce front-là. Il y a aussi une loi qui a été votée et qui est entrée en application en 2020, obligeant les industriels, avec des indices de réparabilité et de durabilité, à concevoir des objets qui soient plus modulables, plus réparables. Mais pour notre invité, on en est encore un peu loin.
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Qui sont les Low-Tech ?
Il semble plus facile d’être Low-Tech à la campagne, où plus d’initiatives sont mises en place mais cela est aussi possible en ville. Adrien Bellay prend l’exemple d’une designer, Andréane Valot, qui a témoigné de huit mois passés dans un petit studio parisien de quinze mètres carrés et qui montre qu’il est possible d’adapter la démarche Low-Tech en milieu urbain : « Elle a proposé à ses colocataires, aux locataires de l’immeuble, d’aller vers plus de partage des objets, donc une armoire à don avec le prêt d’outils par exemple, puis aussi d’électroménagers. Et un système de jardins partagés, de gestion des déchets, etc. Et l’adaptation de petites technologies à l’échelle de son intérieur, de son habitat, par exemple un petit compost, des aérations. Elle a un peu tunné son réfrigérateur. Voilà une expérimentation menée sur huit mois qui prouve que c’est aussi possible, même si on habite à Paris par exemple. »
Qui réfléchit à la Low-Tech ? Adrien Bellay : « Ce sont les ingénieurs qui sont à la manœuvre puisqu’en fait, ce sont eux qui sont amenés aussi à réfléchir, à conceptualiser nos objets. Donc ils sont en première ligne et en même temps, ils ont accès à un savoir, à des connaissances, justement, à tous ces livres techno-critiques des années 60-70. Et puis ils ont accès aussi peut-être aux documents du GIEC, etc. Donc il y a toute une bibliographie accessible et peut-être que oui, ce sont ceux qui ont fait des études supérieures en premier qui s’investissent.«
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L’Édito éco
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Le site du film
La soirée ciné-débat LOW-TECH avec la présence du réalisateur Adrien Bellay et Arthur Keller intervenant du film – spécialiste des risques systémiques et des stratégies de résilience – Cinéma Espace Saint Michel – 7 place Saint-Michel 75005 Paris – jeudi 29 juin – 20h
Pour aller plus loin…
Le site du Low-Tech Lab
Le livre de Philippe Bihouix
« L’âge des Low Tech »
Le site de l’Atelier Paysan
Crédit: Lien source


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