Lutter pour la santé mentale des sportifs, un travail d’équipe

« Nos échecs ne nous définissent pas et notre vulnérabilité n’est pas une faiblesse. » Ces mots sont ceux de la judokate française Madeleine Malonga. Avec force, la vice-championne olympique de judo aux JO de Tokyo en 2021 n’hésite pas à parler de la santé mentale des sportifs. Depuis quelques années, la parole se libère, souvent suivie de décisions radicales. À l’instar de la gymnaste américaine Simone Biles qui avait déclaré forfait sur certaines épreuves des Jeux olympiques de Tokyo pour « préserver sa santé mentale ».

Selon une enquête en 2020 du comité Éthique et Sport sur la santé mentale de plus de 1 200 sportifs (de 15 à 40 ans), dont 28 % de sportifs de haut niveau, 80 % d’entre eux ont déjà ressenti de la tristesse, un manque de confiance, de force ou d’énergie. « Le sportif de haut niveau est souvent vu comme une personne qui fait des choses exceptionnelles, il y a une demande d’exigence, de performances, mais, malheureusement, nous ne sommes pas des machines. C’est cela qui fait que notre santé mentale est mise à rude épreuve », analyse Madeleine Malonga.

À LIRE AUSSISport de haut niveau : ces méthodes « cruelles » qui ne passent plusLa judokate, qui a débuté à 8 ans, nous explique avoir connu des passages compliqués, notamment en période post-JO, après avoir été battue en finale (– 78 kg) par la Japonaise Shori Hamada. « Au retour des JO de Tokyo, cela a été difficile. J’ai repris machinalement, car j’ai toujours fait ça. Et lors des championnats d’Europe 2022, à un moment donné, mon corps a lâché. Cela a été au point de se demander ce que je faisais là, pourquoi je faisais ça. Cela n’a pas été évident. »

« Une charge de travail énorme »

Un corps qui dit stop, des doutes, un phénomène inévitable pour l’athlète ? Elise Anckaert, psychologue du sport à l’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance), nous éclaire : « C’est inévitable, mais en fonction des situations, cela peut être salvateur. Cela peut permettre aux sportifs de comprendre leurs besoins, de poser des limites […] ils sont exposés à une charge de travail et émotionnelle énorme. Ce qui est important, c’est de ne pas être seul face au flot émotionnel que peut connaître un sportif lié aux attentes, à la performance, aux blessures, à la médiatisation, etc. »

À LIRE AUSSIL’impact positif du sport sur l’estime de soiUn accompagnement primordial que l’Insep ne néglige pas. Pépinière de futurs champions, l’Institut met en place des ateliers de sensibilisation sur la question de la santé mentale. Si un bilan psychologique annuel est obligatoire, à la suite d’un décret du 16 juin 2006 – une spécificité française –, les athlètes peuvent, à leur demande, avoir un suivi sur un temps plus long. « L’Insep est une institution qui a une culture d’établissement où les gens travaillent en équipe et où la veille de la sécurité psychologique est importante. Beaucoup de sportifs de haut niveau ont été sensibilisés de l’intérieur sur ces questions », indique la psychologue.

Un sujet qui tient également à cœur à Fabien Canu, directeur de l’Insep. L’ancien double champion du monde de judo (en 1987 et en 1989) veille sur ses sportifs comme un parent sur ses enfants.

« Nous avons ici 600 sportifs qui s’entraînent tous les jours, on voit bien que le mal-être est, à un moment donné, contre-productif et nous ne sommes pas là pour faire des gens malheureux […] Le sportif est avant tout un être humain, c’est la tête qui fait gagner. L’idée, ici, est effectivement d’avoir des temps d’échanges pour que chacun réfléchisse à sa manière de faire. »

Un accompagnement pour Paris 2024

Si l’ambiance olympique règne déjà à l’Insep, on pense aussi à l’après-JO : « Nous serons très attentifs à cette période, car cela sera très difficile pour ceux qui rateront leur compétition. On doit également penser à ceux qui arrêteront leurs carrières après Paris 2024. Sans oublier, en amont, ceux qui ne seront pas sélectionnés. J’ai commencé à sensibiliser les fédérations et la ministre des Sports, pour qu’il y ait cet accompagnement tant dans l’aspect reconversion que psychologique », précise le directeur de l’Insep.

Un temps d’écoute et un travail d’équipe qui donnent la possibilité aux sportifs d’aborder la compétition olympique sous un autre angle. Madeleine Malonga avance, sereine, vers les jeux parisiens. « À Tokyo, j’ai couru jusqu’au sommet sans m’arrêter et sans regarder une fois le paysage autour. Cette fois, pour la montagne de Paris, je vois le sommet, j’avance et, en même temps, je regarde la vue. Il y a des moments où je m’arrête, d’autres où je redescends, mais après je remonte et je prends le temps. Mais je sais que j’arriverai en haut de cette montagne, peu importe comment. »

Qu’est-ce que la santé mentale ?
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la santé mentale est un « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ».

dmp

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