Mali, Burkina Faso et Niger forment une confédération

Ouvrant le sommet de l’Alliance des États du Sahel (AES) à Niamey, samedi dernier, le général Abdourahamane Tiani, qui commandait la garde présidentielle jusqu’en juillet de l’année dernière et avait personnellement arrêté le président nigérien Mohamed Bazoum lors du putsch de l’été dernier, a donné le ton de la réunion en affirmant que les trois peuples présents ont « irrévocablement tourné le dos à la Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ».

Prolixe, le général félon, accompagné de ses homologues burkinabé et malien, le capitaine Ibrahim Traoré et le colonel Assimi Goïta – qui ont pris le pouvoir entre 2020 et 2022 –, a insisté sur sa volonté de créer une « alternative à tout regroupement régional factice en construisant une communauté souveraine des peuples, une communauté éloignée de la mainmise des puissances étrangères ».

Accusant la France de tenir la Cedeao dans sa main – laquelle a pris des sanctions économiques à l’encontre du Niger pour protester contre le coup d’État de juillet dernier et menacé d’une intervention militaire qui ne s’est jamais produite –, les trois régimes militaires ont d’abord créé l’AES en septembre 2023, puis quitté la Cedeao au mois de janvier, une décision qui ne pourra être juridiquement entérinée qu’à l’expiration d’un délai d’un an.

Rhétorique anti-« colonisation » et projet de monnaie commune

Vitupérant contre ce qu’il appelle une « colonisation » et souhaitant recouvrer la pleine souveraineté de son pays, le général Tiani, président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie et nouvel homme fort du pays, a également fait part de sa volonté de créer une monnaie commune aux trois États, baptisée le « Sahel », et, de fait, de sortir du franc CFA, bien que ce dernier point ne soit pas évoqué, probablement eu égard à sa faisabilité, dans le communiqué publié à la suite du sommet.

Outre une force militaire commune pour lutter contre les organisations djihadistes, les membres de la confédération du Sahel souhaitent mutualiser leurs politiques publiques dans les domaines de l’agriculture, de l’eau, de l’énergie ou des transports.

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Selon Jean-Marc Gravellini, spécialiste du Sahel, « cette décision est dans l’ordre des choses, les trois pays ayant besoin des autres pour assurer leur sécurité, le Mali étant d’ailleurs récemment intervenu, avec l’aide de l’Africa Corps russe, pour prêter main-forte à Ibrahim Traoré au Burkina Faso ».

Dimanche dernier à Abuja, la capitale du Nigeria, s’est ouverte également une réunion à huis clos des pays de la Cedeao, donnant l’occasion au nouveau président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, d’invoquer les mânes des pères fondateurs du panafricanisme pour éviter la désintégration de l’organisation ouest-africaine. Le président de la Commission de la Cedeao, Omar Alieu Touray, a quant à lui menacé les principaux intéressés de perdre des millions d’euros d’investissements et de bloquer la délivrance de visas pour les ressortissants des trois nations.

Enclavés, les pays de l’AES ne représentent que 8 % du PIB des États membres de l’organisation ouest-africaine et ont un besoin pressant d’avoir un accès au littoral et au golfe de Guinée s’ils veulent continuer à commercer avec le reste du monde. L’oléoduc flambant neuf Bénin-Niger, construit par la société chinoise CNPC, est par exemple censé permettre à ce dernier d’exporter 90 000 barils de brut par jour.

Au-delà, la véritable question est de savoir si le Mali, le Niger et le Burkina Faso sont prêts à quitter l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) qui leur donne accès à une zone de libre-échange, des tarifs extérieurs communs et, via le franc CFA, aux marchés financiers internationaux, faisant courir le risque de l’impossibilité du recours à l’emprunt, de l’inflation et de l’éviction des investisseurs étrangers.

Le Burkina, le Mali et le Niger se sont résolument engagés dans une rhétorique anti-occidentale

Privilégiant les rapports avec ce qu’ils appellent des partenaires sincères, c’est-à-dire essentiellement la Russie, la Turquie et l’Iran, les membres de l’AES se sont résolument engagés dans une rhétorique anti-occidentale. Le Niger a ainsi mis fin à la présence de bases militaires françaises et américaines sur son sol, de même que le Mali avec la force onusienne, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma).

Selon Jean-Marc Gravellini, les pays de l’AES ont toujours vécu grâce au soutien de la communauté internationale et, « s’ils vont au bout, ils ne pourront faire illusion que quelque temps : créer une monnaie propre en se coupant de la locomotive ivoirienne supposerait de compter surtout sur les ressources de leur sous-sol, l’or, l’uranium ou le pétrole, et de voir cette monnaie se déprécier rapidement ». Les chefs d’État putschistes ont, en effet, surtout besoin de se confronter aux autres dans leurs discours sans aller jusqu’au suicide économique, car « en Afrique, on n’insulte jamais définitivement l’avenir ».

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