Mélanie Joly veut pacifier Haïti sans y aller

«Pour des raisons historiques, la République dominicaine ne peut participer à aucune initiative qui l’engage à mener des actions directes en Haïti.» C’est la rebuffade que le ministre dominicain des Affaires étrangères, Roberto Alvarez, a servie à la nôtre, Mélanie Joly. Elle avait annoncé sans consulter le pays qu’Ottawa allait y installer une «cellule conjointe de coordination de sécurité» pour Haïti. 

«Le gouvernement dominicain confirme qu’il n’a pas discuté, convenu ou accordé aucune autorisation pour l’installation sur notre territoire d’un bureau de coordination du soutien à la police nationale haïtienne, comme l’indiquent les informations des médias canadiens», a insisté Alvarez dans un tweet qui a été republié par le ministère des Affaires étrangères de Saint-Domingue.

Il faut le faire! Quelle outrecuidance. Décider d’installer une base politico-policière dans un pays étranger sans l’en avertir. Joly avait blablablatéré des lieux communs insignifiants sur les médias sociaux, disant que cette cellule en République dominicaine favorisera un environnement durable pour la paix et la sécurité à long terme en Haïti.

Hey! Si tu veux restaurer la loi, l’ordre et la tranquillité en Haïti, tu t’installes en Haïti. Pas dans le pays d’à côté. Le Canada s’engageait à fournir 13 millions de dollars d’aide au développement et à la lutte contre la criminalité. À bonne distance de l’action.

Et bonne chance! Toutes les missions internationales pour rétablir un semblant de gouvernement stable et une apparence de paix sociale dans ce pays se sont terminées avec Haïti retombant immanquablement, tôt ou tard, dans l’anarchie et la zizanie. Tout cela étant tragiquement amplifié par des catastrophes naturelles et climatiques récurrentes. En Haïti, c’est toujours de désespérants retours à la case départ.

Non aux interventions étrangères

Deux exemples. L’ONU a mis fin à sa mission de maintien de la paix de 15 ans en octobre 2019, sans grand résultat, mais y laissant d’épouvantables séquelles. Des Casques bleus népalais y ont introduit le choléra, infectant quelque 800 000 Haïtiens et en tuant plus de 10 000. D’autres soldats onusiens exigeaient des services sexuels à des Haïtiennes en échange de nourriture et de médicaments. En 1915, alors que la violence et le chaos embrasaient le pays, Washington y a envoyé les Marines. Les Américains y sont restés 19 ans avant de jeter l’éponge.

C’est pourquoi Joe Biden, à ne pas en douter, a demandé à Justin Trudeau de s’embarquer dans cette mission impossible. Il ne voulait pas mettre les pieds dans ce guêpier.

Le pays a pratiquement toujours été dominé par des gangs criminels. Parfois autour d’un dictateur qui réussissait à monopoliser la violence, la rendant moins flagrante.

Haïti entre l’anarchie et la tyrannie

Haïti n’a actuellement pas de gouvernement représentatif. Le président par intérim actuel, Ariel Henry, avait été choisi pour occuper le poste de premier ministre par l’ancien président Jovenel Moïse en 2021, peu de temps avant son assassinat non encore résolu.

Tout au long de sa pathétique histoire, le pays a oscillé entre l’anarchie et la tyrannie. La situation actuelle y est plus désespérante que jamais.

À mon avis, un des problèmes insolubles du pays est la fuite de ses élites éduquées vers l’étranger, en particulier les États-Unis, le Québec et la France. Je ne vois pas comment on pourrait l’endiguer. 


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