Des torrents de boues qui traversent des maisons, des champs entiers inondés… Si la décrue est bien amorcée, les stigmates des récentes inondations persisteront longtemps dans les quelque 205 communes du Nord et du Pas-de-Calais placées en état de catastrophe naturelle. « La France n’est pas prête à faire face aux conséquences de l’évolution du climat, on le voit avec les inondations », conclut Guillaume Dolques, chercheur en adaptation au changement climatique, à l’Institut de l‘économie pour le climat (I4CE).
« Avant 1995, les gens pouvaient construire à peu près n’importe où, ce qui a augmenté le stock de bâtiments et d’activités économiques à risque parce que placés dans des zones submersibles », détaille-t-il. Certes, des plans de prévention de risques d’inondation (PPRI) ont été mis en place en 1995, permettant d’interdire les constructions dans les zones les plus à risque. « Mais la plupart sont obsolètes car ils se basent sur les aléas du passé. Or, le climat a changé depuis et va continuer de changer », estime le chercheur.
« Sur nos littoraux, on peut parler de maladaptation »
Même les digues construites il y a plusieurs décennies ne sont plus forcément les meilleurs outils. Dans le Pas-de-Calais, plusieurs ont été endommagées ou menacent de céder partiellement. « Sur nos littoraux, on peut parler de maladaptation parce qu’on a eu tendance à urbaniser derrière des digues, à y construire des activités économiques, des maisons », selon Guillaume Dolques. « Mais les digues ont été dimensionnées à un instant T et pas pour un climat qui change comme actuellement, ce qui laisse craindre des effets dramatiques derrière. »
L’adaptation est d’autant plus nécessaire qu’avec le réchauffement climatique, « les pluies deviennent de plus en plus intenses dans une grande partie des régions du monde. Les inondations devraient devenir plus fréquentes et plus graves », alerte Yves Tremblay, hydroclimatologue et directeur de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement. D’après le Giec, l’intensité des épisodes de précipitations extrêmes augmenterait de 7 % pour chaque degré d’augmentation de température. Le nombre de Français exposés aux inondations (17,1 millions en 2021 selon le ministère de la Transition écologique) est lui aussi amené à augmenter.
Moins cher de s’adapter que de ne rien faire
Selon le Giec, les inondations sont amenées à être plus fréquentes dans presque toutes les régions de France. Mais les adaptations doivent avant tout se faire au niveau local, rappellent les spécialistes. « Par endroits, s’adapter va signifier déconstruire pour reconstruire. Ailleurs, il y a peut-être seulement besoin de prévention auprès des habitants », explique Guillaume Dolques. Dans les zones urbaines, où « le risque est maximal car tout bétonné et s’il pleut, l’eau ne peut pas s’infiltrer », selon Yves Tremblay, il s’agit surtout de « désimperméabiliser et construire plus d’espaces verts pour éviter le ruissellement ».
Le secteur agricole, lourdement touché dans le Pas-de-Calais lors des récentes inondations, peu lui aussi s’adapter : « Un champ enherbé où on laisse les mauvaises herbes pousser aura beaucoup plus de facilité à laisser l’eau s’infiltrer qu’un champ labouré », pointe Yves Tremblay.
Dans son rapport 2023, la Caisse Centrale de réassurance avait mis en lumière le coût de la vulnérabilité de la France : d’ici 2050, le coût moyen annuel des inondations devrait augmenter de + 38 % (soit + 370 millions d’euros par an) du fait de l’aléa et de l’évolution des enjeux assurés. Mais qu’il s’agisse de travaux ou de simples mesures organisationnelles ou de prévention, « le coût de l’adaptation sera toujours moins cher que les coûts humains et matériels si on ne s’adapte pas », assure Guillaume Dolques.
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