« moderniser notre SI tout en l’ouvrant à nos clients »

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Meriem Riadi, directrice IT, data et digital de Veolia Eau France : La performance de l’IT est un de nos objectifs clefs. Pour le tenir, nous misons notamment sur le Lean Management. (Photo : Bruno Lvy)


Dans un mtier de la gestion de l’eau trs mature, la donne et le numrique deviennent de plus en plus des composantes clefs de l’offre. Et demain une partie de l’offre elle-mme ? C’est la tendance qu’esquisse Meriem Riadi, la DSI de Veolia Eau France, qui dirige un dpartement regroupant l’IT, mais aussi la data et le digital.

PublicitTransfuge de Suez dont elle a t la chief data officer pendant plus de 4 ans, Meriem Riadi a pris la tte de la filire technologique de Veolia Eau France dbut 2022. Une quipe d’environ 180 personnes – auxquelles s’ajoutent des prestataires – en charge de l’ensemble des sujets IT (dont la cyberscurit et l’informatique industrielle), du digital et de la data. Cette DSI augmente, dnomme Digital Business & Technology (DB&T) en interne, mise sur une dmarche Lean pour transformer ses pratiques et a pour ambition de s’intgrer de plus en plus l’offre propose par la socit aux collectivits. Notamment grce son quipe digitale qui participe aux oraux des appels d’offre et sillonne les rgions pour comprendre les attentes des collectivits. Cette quipe, trs en prise avec le terrain, les appels d’offre et les partenaires, nous permet d’tre au plus prs des attentes de nos clients , dit Meriem Riadi.

Veolia Eau France compte quelque 15 000 personnes pour un chiffre d’affaires avoisinant les 3 Md€. Le groupe franais, auquel appartient l’entit en charge de la gestion de l’eau, a fait ds le milieu des annes 2010 le choix du cloud. Aujourd’hui, une trs large majorit de l’environnement IT est hberg sur AWS (le solde reposant sur GCP, le cloud de Google).


45% des abonns Veolia bnficient de la tlrelve, ce qui reprsente environ 3 millions de compteurs connects. (Photo : Mdiathque Veolia / Christel Sasso/Capa Pictures)

Voil un peu plus de deux ans que vous tes arrive la tte de la DSI de Veolia Eau France. Quels taient alors vos priorits et votre mandat ?

Meriem Riadi : Quand j’ai rejoint Veolia Eau, la recentralisation des moyens technologiques tait dj accomplie. Mes priorits allaient de proccupations assez classiques pour un DSI, autour de la livraison de quelques programmes clefs touchant le SI client et le SI oprations, des ambitions plus spcifiques. Comme la dfinition d’une ambition digitale. Pour ce faire, nous sommes repartis des besoins de nos clients, les collectivits, dans un contexte de monte de leurs attentes en matire de data et de numrique dans les appels d’offres. Plusieurs axes d’volution en ont merg, autour d’une politique proactive de partenariats avec des acteurs des technologies ou des start-up, autour du marketing de nos offres technologiques ou encore autour de la donne. ces chantiers, s’ajoutait un objectif de performances du SI et de responsabilisation des quipes, structur autour du Lean management. Une exprimentation sur ce sujet existait au sein de la DSI, mais nous voulions acclrer et placer cette approche au coeur de toutes nos pratiques managriales, en gnralisant l’amlioration continue ou le management visuel. Il s’agit d’un projet d’entreprise, port par la direction gnrale, au sein duquel la DSI est prcurseure.

PublicitLe premier mtier de votre entreprise dans le cycle de l’eau, c’est l’amont, avec la captation et le traitement de la ressource. Quelles sont les ambitions de la DSI sur ce terrain ?

La priorit va avant tout la prservation de la ressource, notamment via la recherche de fuites. Nous utilisons beaucoup d’IoT et de capteurs pour les localiser de faon prcise, mais aussi des technologies d’analyse de signaux acoustiques bases sur l’IA. Et, au plus prs des consommateurs, grce aux compteurs communicants et la tlrelve, nous mettons des alertes en cas de soupon de fuite, reposant sur des anomalies de consommation (entre 15 000 et 20 000 alertes de ce type sont mises chaque mois par l’entreprise en direction des particuliers, NDLR). Le numrique et la technologie sont donc essentiels la prservation de la ressource et au rendement du rseau. Ce sont des cas d’usage aujourd’hui assez prouvs.

C’est aussi sur ces mtiers que les partenariats avec des entreprises de technologies font le plus de sens. Quelle est votre politique en la matire ?

En tant que leader du secteur, nous avions dj un certain nombre d’exprimentations avec des partenaires technologiques. Mais nous voulions aller plus loin, en renforant leur structuration et en tant plus proactifs sur ce terrain, auprs des fonds de capital-risque ou d’cosystmes locaux. Par exemple, nous avons sign un partenariat avec Purecontrol (une start-up rennaise, NDLR), en prenant une participation dans cette socit, en nous engageant au dploiement de leur solution sur un nombre significatif de sites et en co-dveloppant des cas d’usage avec cette socit. Cette logique de co-construction, un facteur important de motivation de nos quipes, illustre notre volont de nous positionner trs en amont, pour dpasser la seule logique d’achat de solutions technologiques.


Nous voulons proposer un SI trs modulaire et trs ouvert, afin d’tre en mesure de proposer une continuit d’exploitation en fin de contrat. (Photo : Bruno Lvy)

Cela rejoint d’ailleurs la politique de marketing de l’offre que vous avez mentionne parmi vos priorits…

Nous investissons beaucoup sur nos systmes d’information, que ce soit sur le cloud, via l’acquisition de solutions SaaS ou via le dveloppement de solutions spcifiques sur des socles technologiques modernes. La DSI veut donc tre plus prsente pour rpondre aux questions des collectivits en amont des appels d’offres, sur la technologie, la data ou l’IA, pour mieux valoriser nos savoir-faire. Au sein de la DSI, cela signifie proposer un SI trs modulaire, capable de s’adapter aux besoins spcifiques de telle ou telle collectivit, et trs ouvert, afin d’tre en mesure de proposer une continuit d’exploitation en fin de contrat. Ce sont des projets de modernisation sur lesquels nous travaillons.

Sur l’aval, soit la distribution et la relation client, comment voluent les attentes des mtiers et des collectivits ? Quels sont les projets IT qui en dcoulent ?

Quand on analyse les besoins des collectivits, on voit ressortir des attentes autour des donnes – leur accs, leur comprhension -, de la cyberscurit et de l’innovation, en particulier lie l’IA. Car les collectivits considrent qu’alimenter un cosystme local autour de la data et de l’IA constitue une manire de renforcer l’attractivit d’un territoire. Sur la cyberscurit, nous avons structur une offre : sur la base d’une grille d’valuation de maturit d’un site, nous avons slectionn une palette de solutions pour en renforcer la scurit. Les collectivits sont accompagnes sur ce terrain par nos experts en cyber, mais aussi nos quipes en rgion, qui ont t pralablement formes. L’accs aux donnes et la fluidit de cet accs sont aujourd’hui des basiques, intgrs par dfaut nos offres. Pour les sujets relatifs l’IA, notre dmarche a consist regrouper les quipes travaillant sur ces sujets et de focaliser les projets sur trois catgories de cas d’usage : la satisfaction client – que l’on parle de la collectivit ou du consommateur -, la performance et la durabilit. Nous y avons greff une mesure de la valeur, ce qui nous engage les dployer de bout en bout, dans une logique d’industrialisation et non plus de prototypes.


Une station de dpollution des eaux uses ct de Redon, dans le Morbihan. (Photo : Mdiathque Veolia / Jrme Sevrette / Andia)

Quels sont les cas d’usage de l’IA dans la gestion d’un contrat d’eau ?

On retrouve des cas d’usage autour de la planification des interventions, en utilisant la donne pour optimiser les tournes. Avec la solution Purecontrol, la donne et l’IA sont exploites pour conomiser de l’nergie dans les stations d’puration, en particulier sur l’aration. Nous dployons aussi des applications ciblant l’optimisation des parcours de contact avec les consommateurs ou l’accompagnement des consommateurs dans la sobrit hydrique. Par exemple, sur le contrat de Lille, que nous avons remport rcemment, les objectifs de sobrit sont intgrs dans le modle.

Comment volue votre SI de gestion de ces contrats ?

D’abord, nous partons d’un SI relativement moderne, le groupe Veolia ayant fix ds 2014 l’ambition de passer sur le cloud. En 2018, le projet de migration de Veolia Eau tait finalis, associ une feuille de route de modernisation des applications. En parallle, un programme de monte en comptences de nos quipes sur les services manags – notamment sur AWS – a t mis en place. L’tape d’aprs, sur laquelle nous travaillons, consiste nous focaliser sur l’ouverture des applications, en particulier celles construites en interne. Notre ambition, c’est de nous transformer en une forme d’diteur interne sur quelques applications clefs. Cette approche, entame il y a 18 mois un an, nous permet de moderniser notre SI tout en l’ouvrant au march, sur des composants valeur ajoute. En ralit, il s’agit d’une pratique qui prexistait en fonction de la demande de tel ou tel client, mais nous en avons fait une politique d’entreprise.

Comment est constitu ce SI de gestion des contrats, central dans votre activit ?

La politique de Veolia consiste privilgier les solutions du march et les complter par des dveloppements spcifiques pour nos besoins les plus pointus. En la matire, la migration vers le cloud a t un vecteur de modernisation de ces applications maison, qui ont t largement replateformes cette occasion.


Dans la data, la DSI est responsable des processus et des moyens, mais le succs de la dmarche dpend de la bonne structuration du binme avec le mtier. (Photo : Bruno Lvy)

Vous avez mentionn l’omniprsence de la data dans vos mtiers. Quelle dmarche avez-vous entreprise pour mieux l’exploiter ?

Les sujets techniques et d’infrastructure – la plateforme, la gouvernance, la documentation des objets mtiers – avaient t largement traits avant mon arrive. Mais il fallait enrichir la vision stratgique, et la mesure de l’impact des solutions. Il y a un an, nous avons rassembl toutes les quipes data, et avons cr un poste de directeur data et IA. Ce qui a abouti la construction d’une feuille de route data pour Veolia Eau France, en lien avec les mtiers et les rgions. En somme, un travail collgial de remise plat de ce qui avait t fait et de convergence autour de priorits partages. Nous nous sommes ainsi focaliss sur quelques thmatiques, que nous portons de bout en bout et dont nous mesurons la valeur. La DSI est responsable des processus et des moyens, mais le succs de la dmarche dpend de la bonne structuration du binme avec le mtier.

Comment sont structures vos relations avec la DSI du groupe ?

Le groupe se positionne sur des fonctions rgaliennes de dfinition des architectures, d’animation de la communaut IT au sein du groupe et de recherche de synergies entre les diffrentes entits. La DSI groupe joue galement un rle d’claireur, par exemple sur l’IA gnrative, avec le lancement trs rapide d’une application SecureGPT qui sert de socle notre politique d’acculturation au sein de la filiale. Sans oublier le pilotage contractuel des grands fournisseurs, sur lequel nous interagissons frquemment.

Quels sont vos principaux enjeux budgtaires ?

La performance de l’IT est un de nos objectifs clefs. Pour le tenir, nous misons sur des leviers techniques, bass sur des logiques FinOps, sur les achats, avec une ambition releve, sur le Lean Management, qui place les quipes au centre des dcisions et des questionnements, et sur un rquilibrage de notre mix interne/externe, avec des recrutements prvus sur la cyberscurit, sur des profils tech et sur la data. Nous nous inscrivons, par ailleurs, dans une logique de dcommissionnement d’applications. Il s’agit l d’un indicateur important pour nous, mme on parle ici forcment d’un travail de longue haleine. L’architecture a un rle jouer pour parvenir cette simplification du parc applicatif.

Quelles sont vos priorits pour l’anne qui vient ?

Tout d’abord, nous avons un objectif de livraison de projets majeurs, sur la refonte du SI oprations et sur celle du SI clients. Ce dernier, bas sur la modernisation et la gnralisation d’une solution jusqu’alors dploye sur deux rgions, tant la plus grosse refonte applicative inscrite sur notre feuille de route actuelle, elle-mme assez charge en la matire. Par ailleurs, notre ambition est d’tre au rendez-vous des objectifs de performances du SI, grce en particulier au Lean. Enfin, nous voulons progresser sur les usages de la data et de l’IA gnrative en interne.

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