Pissevin, au sud-ouest de Nîmes, une ex-ZUP de 15 000 habitants plombée par la pauvreté, l’insalubrité et le trafic de stupéfiants. C’est là que Fayed, 10 ans, a trouvé la mort ce lundi 21 août au soir, à quelques rues de la barre d’immeubles où il avait appris à marcher. Sa famille, originaire de Mayotte, s’était installée il y a quelques années dans la tour Li Bécarut, juste au-dessus de la galerie marchande Wagner, reconvertie depuis bien longtemps en supermarché du shit et de la cocaïne.
Ce mardi, quelques bouquets de fleurs ont été déposés en hommage du jeune garçon au pied du bâtiment d’une vingtaine d’étages. Juste à côté, reste une affichette avec les tarifs des produits stupéfiants (drogue « douce », drogue dure et drogues de synthèse), signe visible de ce commerce illégal et tellement juteux qui aiguise les appétits et déchaîne la violence. « À Pissevin, la configuration des lieux offre une multiplicité de coins, de recoins et de postes d’observation qui facilitent l’essor du trafic », observe Me Fahd Mihih, avocat nîmois habitué des dossiers « stups ».
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Mais ce n’est pas tout. Au-delà des questions architecturales, le quartier est surtout situé à proximité d’un péage de l’autoroute A9, celle que les auteurs de go-fast empruntent lorsqu’ils remontent d’Espagne, principale porte d’entrée en Europe du cannabis venu du Maghreb et la cocaïne importée depuis l’Amérique du Sud.
« Une sorte de centrale d’achat »
« La drogue arrive par centaines de kilos chaque semaine à Pissevin et Valdegour (le quartier voisin), expliquait Éric Morel, l’ex-procureur de la République de Nîmes au moment de son départ l’été dernier. Ce département est une plaque tournante, une sorte de centrale d’achat pour la drogue qui est rediffusée dans tout le couloir rhodanien (jusqu’à Lyon) et jusqu’en Corse. »
Sur ce marché en pleine expansion, les acteurs locaux se sont multipliés ces dernières années, se livrant une concurrence féroce. « Il existe dans ce quartier de Pissevin une tension de tous les instants entre réseaux qui se battent parfois pour gagner seulement une rue, voire un point de deal, reprend l’avocat Fahd Mihih. Sans compter les interférences avec des réseaux marseillais qui cherchent à étendre encore un peu plus leur emprise. »
Dans ce contexte, une quinzaine de règlements de comptes sur fond de trafic de stupéfiants auraient eu lieu à Nîmes en 2020 et 2021, selon le décompte d’Éric Maurel. Ils auraient fait onze victimes.
Ces derniers jours, des heurts violents étaient déjà survenus entre les quartiers voisins de Valdegour et de Pissevin. D’abord des coups de feu en l’air, puis, dans la nuit de dimanche à lundi, à Valdegour, un adolescent de 14 ans avait été grièvement blessé par balles. Un commando armé lui avait tiré dessus à la kalachnikov, l’atteignant au dos, à l’omoplate et au bras.
« La réalité, c’est que la majorité des habitants est captive »
L’enquête ouverte à la suite de la mort de Fayed devra déterminer s’il s’agissait lundi soir d’une opération de représailles « à l’aveugle » sur le terrain adverse de Pissevin. En attendant, le quartier se cloître dans le silence. « La réalité, c’est que la majorité des habitants est captive et n’a pas les moyens de partir ailleurs, résume Alain Lorgeas, président du comité de quartier de Pissevin depuis près de quarante ans. Ils ont peur des trafiquants et préfèrent ne rien dire. »
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