Moussa, tisseur de liens entre la Guinée et Marseille

« Mes pieds ne touchent toujours pas le sol ! » Et c’est vrai qu’elle était irréelle, cette séquence qui a fait le tour du monde : le 22 septembre, devant le monument érigé en mémoire des disparus en mer, le Pape François étreignait les mains de bénévoles et de jeunes exilés. Parmi eux, un garçon au sourire doux portant le t-shirt bleu marine de SOS Méditerranée : Moussa Camara a 27 ans et une histoire qui entre directement en résonance avec le message du souverain pontife. En 2016, L’Aquarius, le premier navire de l’ONG, lui portait secours en mer, alors que le Zodiac sur lequel l’avaient embarqué des Libyens quelques heures plus tôt, avait déjà commencé à couler. Les mois précédents, Moussa avait été réduit en esclavage, comme d’autres jeunes Guinéens, par un réseau criminel local. « Ces gens nous ont gardés jusqu’à ce qu’on soit si malades et faibles, presque morts, qu’on ne leur servait plus à rien. Alors ils nous ont jetés à la mer. »

La suite, pour l’adolescent, c’est le débarquement à Trapani, en Sicile, les foyers à Bari puis la longue remontée vers la France, « un pays dont, au moins, je parlais la langue« . Il a 16 ans lorsqu’il arrive à la gare Saint-Charles, dont le parvis sera son seul abri durant plusieurs jours ; à sa jambe, une grave blessure n’en finit plus de suppurer.

« Une dame m’a pris en pitié et m’a accompagné à l’association Imaje santé, à Noailles : là, ils ont appelé les pompiers et j’ai été hospitalisé trois semaines à la Timone.« Dans l’attente de la reconnaissance de sa minorité, c’est le réseau solidaire composé par le collectif El Manba qui va l’héberger. « C’est comme ça que j’ai rencontré ma famille.« Ces Marseillais sont aujourd’hui devenus ses véritables parents adoptifs. Toutes ces années, ils ont veillé sur lui, lui ont permis de passer son CAP électricien, lui ont ouvert le cercle de leurs amis : « Mais parmi ceux qui arrivent, tout le monde n’a pas cette chance« , sait le jeune homme. C’est pour les aider à s’intégrer qu’il a créé « Guinée à Marseille », une association qui propose un accompagnement administratif et des hébergements solidaires, mais aussi des sorties au cinéma, pique-nique entre Guinéens et Marseillais qui « favorisent le contact, cassent les préjugés de part et d’autre« .

La fête de « Guinée à Marseille », demain à partir de 16 heures au 2, traverse de la Marbrerie (8e). Expo, concert, DJ set, repas franco-africain (10 euros).

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