Ce jour de janvier 2006, attablée au Grill de l’Hôtel de Paris avec le directeur commercial de Virgin Galactic, Namira Salim appose sa signature en bas du contrat le plus enivrant de son existence: un vol touristique dans l’espace avec cette société américaine aérospatiale.
Deux mois plus tard à Dubaï, cette résidente monégasque d’origine pakistanaise rencontre son fondateur, le milliardaire britannique Richard Branson, qui l’introduit à la presse mondiale comme « la première astronaute fondatrice de Virgin Galactic ».
Comprendre: la première cliente féminine. « À travers moi, il a montré que le tourisme spatial serait une réalité, ce qui a permis de lever 380 millions de dollars pour la société », se souvient Namira Salim, jointe au téléphone.
« À travers moi, Richard Branson (à droite) a montré que le tourisme spatial serait une réalité, ce qui a permis de lever 380 millions de dollars pour la société », se souvient Namira SalimPhoto DR.
Ce statut hors-norme a un prix: 200.000 dollars le billet aller-retour.
Au fil des années, le prix a été progressivement augmenté et 800 personnes ont déboursé jusqu’à 450.000 dollars pour s’aventurer au-delà de l’atmosphère et goûter à la sensation d’apesanteur.
Depuis cet été, dix-sept années plus tard donc, le vaisseau aux allures de jet privé a opéré trois vols commerciaux, en dehors des tests.
En juin, d’abord, avec des hauts gradés de l’armée de l’air italienne rodés à ce milieu, puis en août et septembre avec ses « vrais » premiers touristes, notamment une mère et sa fille victorieuses d’un tirage au sort et un ancien athlète olympique de 1972 diagnostiqué de la maladie de Parkinson.
« Dix-sept ans, c’est le temps qu’il a fallu à Richard Branson pour obtenir une licence sur la technologie du premier vaisseau spatial qui a remporté l’Ansari X Prize, doté de 10 millions de dollars. Il a, ensuite, construit la première ligne privée du monde vers l’espace. Ce fut un long voyage pour tester et construire un véhicule de tourisme spatial commercialement viable. »
À noter que le programme avait aussi pris du retard après le crash, en 2014, d’un vaisseau test et la mort de son pilote.
Avant son vol dans l’espace, Namira Salim a effectué une formation de trois jours.Photo DR.
Une formation de 3 jours
Ce vendredi, aux côtés d’un publicitaire britannique et d’un professeur d’astronomie américain, Namira Salim sera l’une des trois passagères de la quatrième mission, baptisée « Galactic 4 ».
Arrivée en début de semaine au Nouveau-Mexique aux États-Unis, où se situe l’aéroport pour l’espace de Virgin Galactic, l’ancienne consule honoraire du Pakistan à Monaco a passé avec succès des examens médicaux et physiques. Avant d’amorcer une formation de trois jours simulant l’expérience de ce vol imminent.
« La sensation des G, l’allumage du moteur de la fusée, le flottement en apesanteur, la rentrée dans l’atmosphère, liste Namira Salim. Nous nous sommes aussi habitués à nos sièges faits sur mesure, à leur utilisation, au mécanisme des ceintures de sécurité. Notre combinaison de vol spatial est équipée d’un parachute que nous pouvons déployer en cas d’urgence. »
3 à 5 minutes d’apesanteur
Pas de surprise, donc, pour ces privilégiés qui décolleront à 9h du matin, heure locale. Le vaisseau mère dit « porteur », baptisé au nom de la mère de Richard Branson, transportera le vaisseau spatial VSS Unity jusqu’à 15km d’altitude avant de le larguer.
« Le moteur de la fusée s’allumera pour nous propulser dans l’espace [à plus de 80km d’altitude, N.D.L.R.]. Nous resterons ensuite en apesanteur pendant quelques minutes et nous pourrons observer l’espace et la planète Terre depuis les fenêtres installées un peu partout dans la cabine, s’enthousiasme déjà Namira Salim. C’est un vol suborbital, nous ne faisons pas le tour de la Terre.Le vaisseau redescendra ensuite en toute légèreté, sans puissance moteur, comme un volant de badminton. Il rentrera lentement dans l’atmosphère avant d’atterrir comme un avion sur la piste. »
Le vol spatial durera 1h et 10 minutes pour, seulement, 3 à 5 minutes d’apesanteur. « Il s’agit d’une expérience luxueuse car les autres vols de ce type ne reviennent qu’au bout de neuf minutes », précise-t-elle. Allusion à peine voilée à la société Blue Origine du milliardaire Jeff Bezos, concurrente directe de Virgin Galactic dans l’industrie du tourisme spatial.
Le vol spatial durera 1h et 10 minutes pour, seulement, 3 à 5 minutes d’apesanteur.Photo DR.
Une aventurière dans l’âme
Après avoir sauté en parachute en tandem au-dessus de l’Everest, rallié le Pôle Nord et le Pôle Sud en 2007 et 2008, la créatrice de bijoux artistiques, sauf aléas majeurs, cochera une nouvelle case de sa bucket list. « C’était une façon de tester mes limites, comme un entraînement, avant d’aller dans l’espace. Je savais que ce vol prendrait du temps avant de se concrétiser », sourit-elle.
Ce vendredi dans l’espace, elle brandira fièrement le drapeau du Pakistan, mais aussi celui de Monaco, « sa patrie de cœur ». Première femme de ces deux pays à aller dans l’espace, Namira Salim aura forcément une pensée pour la petite fille passionnée d’astronomie qu’elle fut jadis, qui voulait approcher l’étoile polaire dont son défunt père lui parlait si souvent.
Bio express
Naissance à Karachi au Pakistan.
Juillet 1997
Elle s’installe à Monaco.
Janvier 2006
Elle signe le contrat au Grill de l’Hôtel de Paris pour aller dans l’espace avec Virgin Galactic.
2007
Elle rallie le pôle Nord
2008
Elle rallie le pôle Sud et saute en parachute (tandem) au-dessus du mont Everest.
Août 2011 à décembre 2013
Elle occupe le poste de consul du Pakistan à Monaco.
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