La crainte d’une révolte des fidèles de Napoléon Bonaparte et d’éventuels troubles dans une France politiquement fragile maintint le dirigeant d’origine corse en exil jusqu’à sa mort. Dix-neuf ans s’écoulèrent avant que sa dépouille ne soit rapportée en France. À l’arrivée du corps, une foule curieuse se pressa dans les rues pour apercevoir le cercueil tiré par des chevaux. La dépouille de Napoléon Bonaparte se trouve aujourd’hui dans l’Hôtel national des Invalides.
Si le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe en 1802 marqua un tournant dans la Révolution haïtienne, il en fut de même pour la capture de son chef, Toussaint Louverture, mort dans la solitude d’une froide prison française.
En tant que colonie française, Saint-Domingue comptait la plus grande population d’esclaves des Caraïbes, dont beaucoup étaient soumis à des passages à tabac brutaux et à d’autres actes de violence. Y vivaient également des Métis et des Noirs libres qui, sans être réduits en esclavage, étaient soumis à un système de castes rigide et se voyaient refuser la citoyenneté par les dirigeants blancs de l’île. Les troubles furent exacerbés par la Révolution française et, en 1793, pour apaiser le conflit, la France mit fin à l’esclavage dans la colonie. L’année suivante, il fut aboli dans tous les territoires français.
L’idée de voir Saint-Domingue redevenir une colonie où les Noirs étaient réduits en esclavage et les Métis soumis à un système de castes, comme en Guadeloupe et en Martinique, qui venaient de revenir sous le pavillon français après avoir quitté celui des Britanniques, était impensable.
« La mission de Napoléon, avec le déploiement de Charles Victoire Emmanuel Leclerc, était de ramener Saint-Domingue à ce qu’elle était avant 1794, avant le début de la révolution », explique Pierre Buteau, historien et auteur haïtien. « Ils ont conclu que la seule façon pour eux de reprendre le contrôle de Saint-Domingue était d’éliminer tous les grands meneurs de la révolution. »
Ces derniers n’étaient toutefois pas les seules cibles. Dans une lettre à Napoléon Bonaparte, Charles Victoire Emmanuel Leclerc écrivit que le mouvement abolitionniste était si fort que la reprise du pouvoir à Saint-Domingue devrait passer par une mesure drastique : l’élimination de toute la population noire adulte, incluant les enfants de plus de douze ans.
« Une guerre d’extermination allait avoir lieu. C’est elle qui a conduit à la bataille de Vertières », indique Pierre Buteau à propos de la dernière grande bataille de la révolution, qui conduisit à la perte du pouvoir de la France sur l’île.
La répression devint brutale. Charles Victoire Emmanuel Leclerc et son second, le général Donatien-Marie-Joseph de Vimeur, comte de Rochambeau, lâchèrent de féroces chiens sur les hommes, noyèrent les Noirs en mer et firent défiler les têtes des rebelles en guise d’avertissement.
« La plupart des images célèbres de la Révolution haïtienne des 18e et 19e siècles montrent des Noirs avec des têtes de Blancs », explique Marlene Daut. « C’est très intéressant, parce qu’en réalité, c’était l’inverse. »
« Les exemples proviennent des colons blancs, car c’est exactement ce qu’ils ont toujours fait », poursuit-elle. « Toute personne libre qui revendiquait des droits ou se plaignait de préjugés se voyait couper la tête, la mettre au bout d’une pique et la faire défiler dans toute la ville, littéralement. »
Certains spécialistes estiment que la Révolution haïtienne, qui reste la seule révolte d’esclaves réussie de l’histoire, ne devrait pas être considérée comme l’une des défaites de Napoléon Bonaparte car il n’y était pas et que son corps expéditionnaire était dirigé par des généraux.
D’autres estiment qu’il est grand temps que des pays à prédominance blanche comme la France et la Grande-Bretagne, dont l’histoire est marquée par l’esclavage, fassent un récit plus complet sur l’histoire de leurs empires.
Napoléon Bonaparte déploya plus de 60 000 soldats sur l’île mais perdit tout de même. La révolte mit également un terme à ses projets d’expansion vers l’ouest des États-Unis, ce qui conduisit à l’achat de la Louisiane. Elle coûta à la France le principal joyau d’un empire qui s’étendait jusqu’en Afrique et dans les Caraïbes.
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