Niger-Aucun signe de l’ambassadeur de France, dont Macron a annoncé le rapatriement – 26/09/2023 à 18:58
par John Irish
PARIS, 26 septembre (Reuters) – Deux jours après que le
président français Emmanuel Macron a déclaré que l’ambassadeur
au Niger serait rapatrié dans les prochaines heures, une
décision annoncée simultanément à celle de la fin de la
coopération militaire avec Niamey, un flou persistait mardi sur
la localisation de Sylvain Itté.
Dans un revirement inattendu, Emmanuel Macron a fait savoir
lors d’un entretien télévisé dimanche soir que les quelque 1.500
soldats français basés au Niger se retireraient du pays d’ici la
fin de l’année, mettant fin à une querelle de près de deux mois
avec les militaires ayant mené un coup d’Etat le 26 juillet.
Paris, qui a continué depuis lors de soutenir le président
démocratiquement élu Mohamed Bazoum, refusant de reconnaître la
junte militaire comme autorité légitime au Niger, a accusé
celle-ci de retenir en otage son ambassadeur dans le pays.
Les officiers ayant pris le pouvoir à Niamey ont rompu des
accords de coopération militaire avec la France et révoqué
l’immunité diplomatique de Sylvain Itté auquel il a été ordonné,
il y a près d’un mois, de quitter le pays – une demande
initialement jugée comme irrecevable par Paris.
Alors qu’Emmanuel Macron a assuré que le retrait militaire
français du Niger se ferait « de manière ordonnée », en
coordination avec la junte à Niamey, le porte-parole de celle-ci
a déclaré lundi soir que le départ des soldats et de
l’ambassadeur français devait se dérouler dans un cadre négocié,
avec un accord conjoint.
Des sources diplomatiques françaises ont toutefois dit
penser que les putschistes nigériens utilisaient l’ambassadeur
et son équipe diplomatique comme un moyen d’humilier Paris
autant que possible.
La France avait déjà dû retirer ses troupes du Mali et du
Burkina Faso, deux pays voisins de la région ouest-africaine du
Sahel, à la suite de coups d’Etat menés par l’armée. Elle n’a
plus d’ambassadeurs à Bamako et Ouagadougou.
Sylvain Itté, diplomate de carrière qui avait occupé par le
passé un poste de lutte contre la désinformation en Afrique, a
vu les conditions progressivement se détériorer à l’ambassade de
France au Niger.
« ILS PEUVENT FAIRE CE QU’ILS VEULENT »
L’ambassade se trouve en confinement depuis plusieurs
semaines, du fait de manifestations sporadiques autour du
bâtiment pour demander le départ du plus haut diplomate français
dans le pays, sur fond de ressentiment croissant à l’égard de la
France, ancienne puissance coloniale.
D’après les sources diplomatiques, les accès à l’électricité
et à l’eau ont été coupés à l’ambassade, dont le personnel
utilise depuis lors des rations militaires.
Il n’y avait mardi aucun signe apparent d’une activité
anormale autour de l’ambassade française à Niamey.
Interrogée sur la situation de Sylvain Itté, la porte-parole
du ministère français des Affaires étrangères a refusé de
s’exprimer sur les modalités de retour de l’ambassadeur, niant
de quelconques problèmes.
Anne-Claire Legendre n’a par ailleurs pas voulu dire si le
diplomate était toujours à Niamey et combien de membres de la
mission diplomatique française se trouvaient encore à
l’ambassade.
« Il ne s’agit pas, pour nous, d’être pris en otages des
putschistes », a-t-elle déclaré lors d’un point de presse
quotidien.
Les diplomates ont fait savoir que les ambassades dans la
région disposaient de réserves ainsi que d’un générateur de
secours, mais que provisions et carburant viendraient à manquer,
accentuant la pression sur Paris pour trouver un compromis avec
Niamey.
« Les Nigériens veulent sans aucun doute le voir partir la
queue entre les jambes, et que tout cela soit filmé », a déclaré
une source diplomatique française à propos de Sylvain Itté.
« Etant donné qu’il ne dispose plus de l’immunité diplomatique,
ils peuvent faire ce qu’ils veulent de lui. »
Paris rejette l’affirmation de la junte selon laquelle son
ambassadeur au Niger n’est plus protégé par l’immunité
diplomatique.
En dépit de son retrait du pays, la France « poursuit ses
efforts » pour rétablir l’ordre constitutionnel au Niger et la
libération du président Mohamed Bazoum, a déclaré Anne-Claire
Legendre.
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ANALYSE-Les Occidentaux perdent le Sahel de vue avec le
retrait français du Niger
(Reportage John Irish à Paris, rédigé par Jean Terzian)
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